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Célébrations nationales
2004
>> 1804,
L’Empire
Les mythes de Napoléon
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programme des manifestations
Si le XIXe siècle est le siècle du romantisme, c’est
entre autres parce que plane sur lui l’ombre de l’épopée
et de la légende napoléoniennes. Le Consulat et l’Empire
ont eu une portée bien plus grande que ne le laisse attendre a
priori un épisode finalement bien court. Ces années ont
en effet donné naissance à des mythes puisqu’il y
a eu fabulations, déformations et interprétations objectivement
récusables du réel.
Les mythes nés de l’Empire révèlent les traces
que ce régime a laissées dans la mémoire des Français
mais aussi des Européens. Si Napoléon a connu autant de
succès posthume, c’est parce qu’il a incarné
aux yeux de beaucoup, en France comme à l’étranger,
non seulement le fils de la Révolution (1), mais aussi l’homme
de la modernité, exprimée notamment dans le Code civil.
Pour les Français, plus spécifiquement, il est aussi celui
qui a fait flotter au travers de l’Europe entière un drapeau
tricolore victorieux. Il est également celui qui a laissé
le souvenir d’un souverain proche de son peuple, issu de lui et
sachant manifester son amour des Français.
Enfin, sa personnalité même a
nourri la légende d’un chef d’État suscitant
l’admiration pour sa formidable ascension et pour son génie
multiforme, lui permettant la maîtrise de la guerre comme l’intelligence
de la politique et l’art de l’efficacité administrative.
Mais ces mythes ont été initialement fabriqués du
vivant même de Napoléon : dès la première campagne
d’Italie, les journaux diffusés dans son armée et
dont il contrôle la rédaction le présentent précisément
sous le jour d’un chef aux capacités extraordinaires. Sous
le Consulat, la propagande s’emploie à rappeler comment la
deuxième campagne d’Italie s’inscrit dans la continuité
des guerres de la Révolution, puis elle souligne l’intense
travail fourni par le nouveau maître de la France pour mener son
œuvre administrative. Sous l’Empire, les rares journaux qui
subsistent restent dans ce ton tandis que l’art est tout entier
mis au service de la célébration de la gloire des armées
et de leur chef.
Après 1815, chansons et littérature
populaires, jusqu’aux pièces de théâtre, mettent
l’accent sur l’homme de guerre proche de ses soldats et remportant
victoire sur victoire au profit de la Révolution, contre des souverains
européens despotiques. Dès 1823, date de la première
publication du Mémorial, les diverses facettes de la légende
apparaissent clairement : le jeune héros, le maître du monde,
le proscrit. Les romantiques, avec, en 1827, le ralliement de Victor Hugo,
leur donnent un écho tout particulier, tandis que, dans les villes
comme dans les villages, il a existé des vétérans
qui, comme les personnages du Médecin de campagne de Balzac, ont
contribué à entretenir dans les populations la mémoire
d’un temps où la France était gouvernée par
un homme assurant la prospérité et apportant la gloire :
la légende s’enrichit alors de ces souvenirs souvent recomposés
et embellis. Après quoi elle est enracinée par le culte
officiel célébré sous la Monarchie de Juillet, particulièrement
à l’occasion du retour des Cendres le 15 décembre
1840, puis, plus encore, sous le Second Empire, où le 15 août,
date anniversaire de la naissance de Napoléon Ier, devient une
véritable fête nationale.
Et si la défaite de Sedan a relancé durant quelques années
la légende noire, la mythologie napoléonienne est finalement
utilisée par les manuels de Lavisse dans le but de nourrir les
petits Français, soldats du lendemain, de l’admiration pour
la gloire que la France a connue sous Napoléon. En 1921, le maréchal
Foch lui-même rend hommage à l’empereur, à l’occasion
du centenaire de sa mort, en soulignant qu’il est l’un des
artisans de la victoire de 1918. Finalement, la légende se nourrit
des excès mêmes du personnage, qui a osé aller jusqu’à
conquérir Moscou, mais aussi de son aptitude à incarner
le héros romantique par excellence, dans l’amour comme dans
la solitude hélénienne, par exemple.
Aujourd’hui encore, le nom de Napoléon est évocateur
de plus de mythes que de réalités : l’histoire de
la période qu’il a dominée demeure « un passé
qui ne passe pas », que l’on ne sait généralement
qu’encenser ou mépriser, si bien que l’histoire peine
encore à prendre en toute sérénité la mesure
de ce qu’ont signifié réellement ces années
pour ceux qui les ont vécues puis qui en ont porté la mémoire.
Et si l’historiographie actuelle met en évidence les aspects
despotiques de son pouvoir en même temps que l’entêtement
du chef militaire peu enclin à ménager le sang de ses soldats,
cela n’empêche pas que son tombeau aux Invalides soit toujours
l’un des monuments les plus visités de France.
1. Voir l’article de Maurice Agulhon, p. 64-66.
Natalie Petiteau
professeur à l’Université de Poitiers

Retour des cendres de Napoléon 1er le 15 décembre 1840 :
le char funéraire passant sous l’Arc de Triomphe de l’Étoile
sépia rehaussé de gouache sur papier - XIXe siècle
Châteaux de Versailles et de Trianon
© RMN / C. Jean
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