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Célébrations nationales
2004
>> 1804,
L’Empire
La musique sous l’Empire
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programme des manifestations
Jusqu’à une date récente on a pensé que les
premières années du XIXe siècle avaient peu d’intérêt
sur le plan musical, comme si, de Gluck à Berlioz, la création
était restée quelque peu en sommeil. Depuis quelques années,
les perspectives ont heureusement changé : on sait aujourd’hui
que, même s’il manque incontestablement à la musique
française du Consulat et de l’Empire une forte personnalité
qui s’impose comme chef de file un peu ce que fut Chateaubriand
en littérature , elle n’en fut pas moins d’une richesse
exceptionnelle et décisive : c’est alors en effet que s’accomplit
discrètement et sans heurt la grande mutation qui conduira quelques
années plus tard à l’éclosion du romantisme.
Les différentes institutions musicales connaissent sous l’Empire
une période prospère. Le tout nouveau Conservatoire, qui
jouit de l’appui de l’Empereur, forme des instrumentistes
de très haut niveau. Les concerts réguliers qu’il
organise sous le titre modeste d’Exercices
publics d’élèves, sont
le rendez-vous de l’élite des amateurs parisiens. À
partir de 1807, on y entend pour la première fois en France des
symphonies de Beethoven, dont la grande Symphonie
héroïque (1813 et 1814).
Trois théâtres lyriques se partagent, sous l’Empire,
la faveur des Parisiens : l’Académie impériale de
musique (Opéra), l’Opéra-Comique et le Théâtre-Italien.
Ce dernier, qui a ouvert ses portes en 1801 et qui restera à Paris
jusqu’en 1874, est le théâtre lyrique favori de l’Empereur,
grand amateur de l’opéra italien. C’est à cette
troupe italienne que revient l’honneur d’avoir fait entendre
pour la première fois à Paris les trois grands chefs-d’œuvre
de Mozart dans leur version originale : Le Nozze
di Figaro (1807), Così
fan tutte (1809), Don
Giovanni (1811).
En 1802 enfin, Bonaparte, imitant en cela les souverains de l’Ancien
régime, ouvre une chapelle consulaire aux Tuileries ; à
l’heure de la restauration du culte, cette chapelle va vite devenir
le centre d’un renouveau de la musique religieuse en France. Messes,
motets, oratorios latins s’y succèdent, obtenant un succès
qu’on qualifierait presque de mondain
; la musique religieuse se veut aimable, décorative, la foi se
poétise sous l’influence, entre autres, du tout nouveau
Génie du Christianisme.
Les compositeurs ne se regroupent pas en école : chacun tente sa
voie de son côté, sans manifeste bruyant, sans déclaration
intempestive. Méhul, Cherubini, Le Sueur, qui sont les figures
de proue du temps, sont les précurseurs évidents du romantisme.
Entre leurs mains, l’orchestre classique, celui de Haydn et de Mozart,
se transforme insensiblement. Les symphonies de Méhul, les ouvertures
de Cherubini, les pages lyriques de Le Sueur prennent par instant une
couleur beethovénienne qui annonce déjà le grand
orchestre symphonique du XIXe siècle.
Au moment de la fondation de l’Empire, le compositeur Le Sueur fait
représenter sur la scène de la toute nouvelle Académie
impériale de musique son opéra Ossian
ou Les Bardes
: c’est un triomphe, le grand succès de l’opéra
jusqu’en 1815. Exploitant le thème ossianique alors à
la mode, Le Sueur fait passer un frisson nouveau sur la scène lyrique.
La scène célèbre du Songe
d’Ossian (1) ouvre toutes grandes les
portes du fantastique et du rêve. Quantité d’autres
œuvres importantes vont suivre, chacune d’elles apportant une
tonalité nouvelle sur la scène de l’Opéra.
Du même Le Sueur on peut encore citer La
Mort d’Adam (1809), sujet biblique qui
introduisait le personnage de Satan dans l’opéra français
et, en 1813, de Cherubini, Les Abencérages,
poétique évocation de l’Espagne mauresque et andalouse.
Un monde nouveau, celui de la sensi-bilité, était en train
de naître.
Jean Mongrédien
professeur émérite à la Sorbonne

Le Songe d’Ossian
Jean-Auguste-Dominique Ingres, plume, encre grise, lavis gris,
aquarelle, mine de plomb - vers 1812
Louvre D.A.G. - © RMN / C. Jean
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