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Célébrations nationales
2004
>> 1804,
L’Empire
Napoléon et les Muses
> programme des manifestations
Il n’est pas simple de présenter et de caractériser
les productions des arts dans des périodes de troubles et de profond
bouleversement comme furent celles de la Révolution et de l’Empire.
C’est pourquoi sans doute Napoléon, soucieux de savoir si
son règne ferait époque en ce domaine, voulut que les tableaux
historiques sur les progrès des sciences, des lettres et des arts
depuis 1789, commandés par le gouvernement à l’Institut
en 1802, soient enfin achevés. Cinq rapports lui furent remis en
1808 : sur les sciences mathématiques par J.-B. Delambre, sur la
chimie et les sciences de la nature par C. Cuvier, sur la littérature
française par M.-J. Chénier, sur l’histoire et la
littérature ancienne par B.-J. Dacier, sur les beaux-arts par J.
Le Breton (1).
Ce vaste bilan offre certes une nomenclature
assez complète et une topographie précise des connaissances,
mais il pèche par une trop grande prudence académique qui
interdit une évaluation rigoureuse si bien que tout apparaît
un peu trop sur le même plan. L’Empereur aurait manifestement
préféré que les lignes de force soient plus nettement
marquées, lui qui, selon Villemain, prétendait « stimuler
les travaux de l’esprit sur une échelle qu’on n’avait
jamais vue depuis Louis XIV » et « être le chef de file
d’une époque glorieuse pour l’esprit humain ».
Napoléon ne cessa d’exprimer un goût très personnel
pour les arts en se montrant beaucoup plus passionné que Louis
XV ou Louis XVI qui adoptèrent sur ce point une distance toute
monarchique. Il était très amateur de théâtre
comme en témoigne la correspondance de Talma et il aimait s’entretenir
-longuement avec les peintres. Joséphine fit du château de
Malmaison à la fois un salon et un véritable musée.
Napoléon et ses frères s’illustrèrent dans
l’épopée et le roman. Parmi les proches de l’Empereur
nombreux furent les hommes de lettres (comme Fontanes) ou les artistes
(comme Denon, Fontaine, Visconti etc.). Le Premier consul se plaisait
à rappeler son élection à l’Institut qui devait
consacrer son alliance avec l’élite savante et artistique.
Monarque éclairé impatient d’établir des palmarès
et de distribuer des médailles, il a créé la Légion
d’honneur en 1802 pour associer dans une même forme de récompense
les talents civils et le mérite militaire. Protecteur des sciences
et des arts auxquels il promettait une bienveillance très paternelle,
il a voulu aussi les régenter au point que son autoritarisme a
souvent produit des effets contraires à son attente.
Ainsi la réorganisation brutale de l’Institut en 1803, conçue
pour faire disparaître la turbulente classe des sciences morales
et politiques, ne suffit-elle pas à faire rentrer dans le rang
un personnel académique constamment en -querelles et très
susceptible quant à l’indépendance de l’homme
de lettres. De là l’échec des prix décennaux
qui révélèrent un désaccord complet, à
propos des œuvres présentées, entre le jury, l’opinion
publique et Napoléon lui-même. La fronde des gens de lettres
s’exprima principalement, comme on le sait, par la dissidence des
deux plus grands écrivains du moment (Chateaubriand et Mme de Staël).
À l’écart du monde académique et sans lien
avec les visées du pouvoir, une assez riche littérature
n’en prospéra pas moins, marquée par le succès
sans précédent du roman qui offrit alors une gamme nouvelle
dans le genre gothique, religieux, sentimental, historique. À des
auteurs respectueux des bienséances comme Mme Cottin, Mme de Genlis,
ou Fiévée, on peut préférer l’audacieux
Pigault-Lebrun qui, avec ses tableaux des mœurs contemporaines admirés
par Stendhal et par Balzac, annonce le grand réalisme ultérieur.
La seule réussite incontestable de la politique culturelle très
dirigiste et volontariste de l’Empire est le Musée central
des arts qui devint par l’action remarquablement efficace de Vivant
Denon le « Musée Napoléon » : à lui seul,
il aurait suffi à faire alors de Paris la capitale des arts car
il donnait, en effet, une idée encyclopédique de l’art
universel et proposait surtout le plus grand musée des Antiques
jamais vu jusque-là. Cette perspective historique se conjuguait
fort opportunément avec un intérêt non moins grand
pour l’art contemporain présenté dans les divers Salons,
entre 1802 et 1812, où étaient exposés les grands
peintres de l’époque, entre autres David, Gros, Girodet,
Gérard, Prudhon etc. (2). Quant à la vie théâtrale,
elle fut considérablement infléchie par le nouveau règlement
pour les théâtres qui visait, en 1806, à instaurer
une hiérarchie entre les salles en répartissant les genres
selon les quartiers.
La réduction drastique du nombre
des théâtres (qui passa de 20 à 8 en quelques jours)
devait enrayer la décadence du goût dans un art qui, depuis
le théâtre classique cher à l’Empereur, appartenait
au patrimoine et importait à la gloire de la Nation. Ces réformes
n’empêchèrent pas le grand succès du mélodrame
sur les boulevards. C’est dans le nouveau genre de la « comédie
historique », avec, par exemple, le Pinto de Lemercier que s’inventait
alors le nouveau théâtre qui allait s’imposer plus
tard avec le drame romantique, sans compter quelques chefs-d’œuvre
gardés sous le manteau pour des raisons de censure comme le Tibère
de Marie-Joseph Chénier. À l’opéra, Napoléon
ne parvint pas à imposer son goût italien par sa politique
de subvention à l’Opéra Buffa. De même le Napolitain
Paisiello, chargé de la musique auprès de l’Empereur,
ne remporta pas un immense succès. Napoléon sut cependant
utiliser la musique à des fins de propagande (comme cela avait
été le cas pendant la Révolution) et il favorisa
le grand opéra dont les plus célèbres exemples sont
La Vestale et Fernand Cortez de Spontini ou L’opéra des Bardes
de Lesueur.
Ces œuvres caractéristiques
d’un goût mégalomane propre à l’époque
ne doivent pas faire oublier la vogue persistante de l’opéra
comique français ni l’extrême richesse de la musique
savante, dans les sphères privées, dont témoignent
les remarquables symphonies de Méhul qu’il conviendrait de
redécouvrir.
L’Empire fut une période de transition, d’interrogations
et de remaniements divers, où malgré la référence
souvent trop insistante au classicisme s’imposèrent finalement
un goût moderne et un art vivant (3).
1. Ces cinq rapports ont été
publiés aux éditions Belin en 1989.
2. -Voir à ce sujet le catalogue de l’exposition Dominique-Vivant
Denon, l’œil de Napoléon, Paris, R.M.N., 1999, et Les
Vies de Dominique-Vivant Denon, sous la direction de D. Gallo, Paris,
La Documentation française, 2001.
3. -On se reportera sur tous ces points au Dictionnaire Napoléon
sous la direction de Jean Tulard (Fayard). Voir également L’Empire
des Muses, Napoléon, les Arts et les Lettres, sous la direction
de Jean-Claude Bonnet (Paris, Belin, à paraître en janv.
2004).
Jean-Claude
Bonnet
directeur de recherche au CNRS
université de Paris IV-Sorbonne/CNRS

Napoléon 1er visitant l’escalier du Louvre sous la conduite
de Percier et Fontaine
Louis-Charles-Augustin Couder, huile sur toile - s. d.
Musée du Louvre © RMN
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