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Célébrations nationales
2004
>> 1804,
L’Empire
Bonaparte membre de l’Institut
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programme des manifestations
C’est aux Thermidoriens tant honnis que l’on doit la fondation
de l’Institut de France.
Sous la Terreur avaient été supprimées les académies
pour cause d’aristocratie tandis que ses découvertes scientifiques
ne sauvaient pas Lavoisier de l’échafaud. Les vainqueurs
de Robespierre eurent à cœur de montrer que la République
avait besoin de savants. Ils devaient être réunis, selon
l’article 298 de la constitution de 1795, dans un Institut national
« chargé de recueillir les découvertes et de perfectionner
les arts et les sciences. »
Le recrutement de l’Institut se fit par cooptation, les premiers
nommés choisissant leurs confrères. L’Institut au
complet, la liste des membres, répartis en trois classes et en
sections, fut publiée dans l’Almanach national.
Ouvrons celui-ci. On est impressionné devant le nombre de savants
illustres en cette fin de siècle.
Pour la première classe, celle des sciences, on relève en
géométrie les noms de Lagrange, Laplace, Delambre et Legendre,
dans les arts mécaniques ceux de Monge, Prony et Berthoud, en astronomie
figurent Lalande, Méchain et Cassini, en physique Charles et Coulomb,
en chimie Berthollet, Fourcroy, Vauquelin, Guyton-Morveau Deyeux et Chaptal,
en minéralogie Dolomieu, en botanique Lamarck et Jussieu, en zoologie
et anatomie Cuvier, Daubenton, Lacépède, Tenon, en médecine
Pelletan, Portal et Hallé, en économie rurale Parmentier.
La seconde classe, celle des sciences morales et politiques, regroupe
des philosophes comme Volney, Cabanis, Ginguené, des juristes à
l’image de Cambacérès ou Merlin de Douai, des hommes
politiques qui ont nom Talleyrand, Sieyès, Roederer, des historiens
comme Dacier et l’homme qui avait fait le tour du monde, Bougainville.
La troisième classe, intitulée littérature et beaux-arts,
comprend des écrivains comme Chénier (le frère d’André),
Bernardin de Saint-Pierre ou Collin d’Harleville, des peintres de
l’importance de David, des sculpteurs comme -Houdon, des architectes
qui s’appellent Chalgrin, Gondouin ou Peyre et les musiciens Méhul
et Gossec.
Le plus illustre des membres de l’Institut est le général
Bonaparte. Il a été élu le 25 décembre 1797
à la section des arts mécaniques de la section des sciences
en remplacement de Carnot. À cette occasion il écrivit une
lettre de remerciement que publia le Moniteur
: « Le suffrage des hommes distingués qui composent l’Institut
m’honore. Je sens bien qu’avant d’être leur égal
je serai longtemps leur écolier. S’il était une manière
plus expressive de leur faire connaître l’estime que j’ai
pour eux, je m’en servirais.
Les vraies conquêtes, les seules qui ne donnent aucun regret, sont
celles que l’on fait sur l’ignorance. L’occupation la
plus honorable, comme la plus utile pour les nations, c’est de contribuer
à l’extension des idées humaines. La vraie puissance
de la République française doit consister désormais
à ne pas permettre qu’il existe une idée nouvelle
qu’elle ne lui appartienne. »
À Lemercier il dira : « Pensez-vous que si je n’étais
pas devenu général en chef et l’instrument du sort
d’un grand peuple … je me serais jeté dans l’étude
des sciences exactes. J’aurais fait mon chemin dans la route des
Galilée, des Newton. Et puisque j’ai réussi constamment
dans mes grandes entreprises, je me serais hautement distingué
aussi par des travaux scientifiques. J’aurais laissé le souvenir
de belles découvertes. Aucune autre gloire n’aurait pu tenter
mon ambition. »
Comment l’Institut n’aurait-il pas adhéré au
coup d’État de Brumaire, d’autant que l’expédition
d’Égypte avait donné un lustre nouveau au jeune -général
qui signait toutes ses déclarations en faisant suivre son nom de
celui de « membre de l’Institut » ? Monge et Berthollet
qui avaient été de la campagne, chantaient ses louanges.
C’est d’ailleurs Cabanis qui rédigea le soir du 19
brumaire la proclamation justifiant le changement de régime.
Deux jours après être devenu consul, Bonaparte assistait,
le 12 novembre 1799, à la séance de l’Institut. Et
ses confrères, avec un ensemble touchant, -prêtèrent
le serment exigé par le nouveau régime.
Les choses se gâtèrent par la suite avec les Idéologues,
ces philosophes imbus des Lumières, qui dominaient la classe des
sciences morales et politiques.
Benjamin Constant, qui n’était pas de l’Institut, avait
averti le premier Sieyès des ambitions personnelles de Bonaparte.
Les Idéologues fermèrent d’abord les yeux sur la nouvelle
évolution du pouvoir. Au demeurant ni les savants de la première
classe, ni les artistes de la troisième n’éprouvaient
d’états d’âme. La résistance vint des
sciences morales ; irritation devant l’autorité grandissante
d’un homme qui ne les consultait pas et colère devant la
signature du Concordat avec le Pape. Une provocation à l’égard
des tenants des Lumières. La guerre était déclarée.
De là la colère de Bonaparte : « Ils sont douze ou
quinze et se croient un parti. » Le Tribunat leur servait en effet
de tribune. À la faveur du premier renouvellement, Bonaparte en
fit écarter Constant, Denou, Ginguené et Garat.
Restait l’Institut. Son prestige était grand. À défaut
d’exclure ou de -supprimer, Bonaparte réorganisa. Le 23 janvier
1803, les membres de l’Institut furent répartis en quatre
classes : sciences physiques et mathématiques, langue et littérature
française (quarante membres), histoire et littérature ancienne,
et, enfin, beaux-arts. Chaque classe avait un secrétaire perpétuel
et une certaine autonomie. On s’orientait vers un retour aux académies.
Bonaparte s’attribuait le droit de confirmer les membres élus.
Ainsi disparaissait la classe des sciences morales et politiques.
Certes ses membres n’étaient pas exclus mais, dispersés
dans les autres classes, ils perdaient une partie de leur influence. Certains
continuèrent à siéger au Sénat (Sieyès,
Cabanis, Volney, Destutt de Tracy) mais ils avaient compris l’avertissement
et se tinrent cois jusqu’en 1814.
Le 20 mars 1805, Napoléon décidait le transfert de l’Institut
du Louvre au collège des Quatre Nations. Empereur, Napoléon
continua à figurer dans la section de mécanique de la classe
des sciences et à recevoir le traitement de 1.500 francs. Mais
il ne vint plus. Le dernier procès verbal mentionnant sa présence
est du 8 septembre 1802.
La Première restauration n’eut pas le temps de toucher à
l’Institut. Pendant les Cent-Jours, Napoléon ne voulut plus
être que « protecteur de l’Institut ». Le 8 mai
1815, il était remplacé par Pierre Molard, son adversaire
malheureux de 1797.
Jean Tulard
membre de l’Institut

Vue de l’Institut de France
Jean-François Janinet, gravure à la manière noire
- 1810
Châteaux de Versailles et de Trianon
© RMN / Gérard Blot
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