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Célébrations nationales
2004
>> 1804,
L’Empire
Napoléon vu de l’étranger
> programme des manifestations
En France, nous avons l’habitude de voir Napoléon Bonaparte
sous l’angle de notre histoire nationale. Mais pourquoi l’année
2004 ne nous fournirait-elle pas l’occasion d’un autre regard,
comme si nous nous placions en dehors de nos frontières ?
Napoléon a laissé à plusieurs de nos voisins un très
mauvais souvenir. À Londres, il y a une gare « Waterloo »
; et « Trafalgar Square » se trouve au cœur de la capitale
britannique. L’empereur des Français a fait trembler le Royaume-Uni
qui eut du mal à le vaincre. L’intervention des troupes napoléoniennes
en Espagne en 1808 provoqua à Madrid une émeute que Murat
réprima dans le sang : en témoigne le tableau bien connu
de Goya, Tres de mayo, qui en retrace l’horreur.
Les défaites subies par la Prusse en 1806 provoquèrent par
contrecoup dans ce pays le début d’un sentiment nationaliste
qui s’amplifia dans la suite du XIXe siècle. En Russie, Napoléon
n’avait pas prévu que le gouverneur Rostopchine ferait mettre
le feu à Moscou (dont la plupart des maisons était en bois)
et répandrait ensuite le bruit que les Français étaient
les auteurs volontaires de l’incendie.
Mais les interventions hors de France de Bonaparte, devenu Napoléon,
eurent aussi des conséquences positives. Ce fut le cas notamment
avec l’expédition d’Égypte qui marqua le départ
de la résurrection de l’Égypte et le début
des travaux historiques concernant ce pays. Le style « Empire »
eut un succès durable et, plus encore, l’égyptologie,
inséparable de la venue sur les bords du Nil de Bonaparte et des
savants qu’il emmena avec lui.
En France beaucoup ignorent qu’un poème célèbre
a été consacré à Napoléon par un des
plus grands écrivains italiens du XIXe siècle, Alessandro
Manzoni. Celui-ci, petit-fils de Beccaria, avait vécu plusieurs
années à Paris au moment de l’apogée de l’empire.
Le poème en question est une ode de 1821 intitulée Cinque
maggio composée à l’occasion de la mort de Napoléon
le 5 mai de cette année-là. Manzoni est un représentant
typique d’une élite italienne du XIXe siècle qui concilia
idées libérales, fidélité au catholicisme
et aspiration à l’unité politique de la Péninsule.
Pour lui, Napoléon avait apporté en Italie la novation politique
et un début d’unification nationale.
En pratique l’Italie connut un début d’unification
à l’époque de Napoléon et grâce à
lui. En nous situant à la hauteur de 1811, nous voyons que ce pays,
à l’exception de la Sicile et de la Sardaigne, était
directement ou indirectement sous administration française. Le
Piémont, l’ancienne république de Gênes, les
anciens duchés de Parme, de Plaisance et de Toscane, et les États
du Pape entre l’Apennin et la mer, étaient départements
français, ainsi que les « Provinces Illyriennes ».
Le reste de la Péninsule était partagé entre un royaume
d’Italie dont Napoléon était le roi et Eugène
de Beauharnais le vice-roi, et un royaume de Naples confié à
Murat. En servant côte à côte dans l’armée
napoléonienne, Napolitains, Romains et Piémontais se découvrirent
une patrie commune. D’où le sentiment national qui se développa
après 1815. Lorsque Napoléon III envoya les troupes françaises
combattre pour l’unité italienne, il prolongeait dans un
autre contexte l’action de son prédécesseur.
Il existe un pays d’Europe qui a conservé un souvenir reconnaissant
à Napoléon : la Pologne. Car elle dut à l’empereur
sa résurrection provisoire sous le nom de grand duché de
Varsovie. Le Code civil y fut introduit, l’administration modernisée,
une armée nationale créée sous les ordres de Josef
Poniatowski (qui fut tué à la bataille de Leipzig en 1813).
Au XIXe siècle, beaucoup de Polonais comme Chopin et Mickiewicz
considérèrent la France comme leur seconde patrie. Le fils
de Napoléon Ier et de Marie Walewska devint ministre de Napoléon
III.
Les idéaux de la Révolution française furent, certes,
démentis et reniés par la pratique impériale. Il
est vrai pourtant qu’ils furent propagés par les armées
françaises et par la légende napoléonienne. Bolivar
avait assisté au couronnement de l’empereur. Il en garda
un très grand souvenir et resta toute sa vie un admirateur de Napoléon.
Jean Delumeau
membre de l’Institut
professeur honoraire au Collège de France
La fusillade du 3 mai 1808
Francisco Goya, huile sur toile - 1814
Madrid, musée du Prado
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