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Célébrations nationales
2004
>> 1804,
L’Empire
Le Code civil des Français
21 mars 1804
> programme
des manifestations
Aujourd’hui moins encore qu’hier,
le Droit n’échappe à l’emprise du Temps qui
passe. La loi cesse d’être gravée solennellement dans
le marbre pour paraître griffonnée hâtivement à
la craie par un législateur n’hésitant pas à
la retoucher avec une périodicité de plus en plus brève,
au risque de transformer le principe selon lequel « Nul n’est
censé ignorer la loi » en une fiction de plus en plus fictive…
N’est-il pas alors paradoxal de fêter le bicentenaire du Code
civil, certes en partie rénové, mais dont la rédaction
de nombre de ses articles, et non des moindres, date encore de 1804 ?
Cette éternelle jouvence, salutaire dans un monde juridique en
pleine turbulence, semble le fruit de l’heureuse alchimie de multiples
facteurs.
Adopté au terme d’une période de profonds bouleversements
juridiques, le Code civil entend rompre définitivement avec le
passé. L’énumération du célèbre
article 7 de la loi du 30 ventôse an XII (21 mars 1804) qui le promulgue
paraît trop incantatoire pour n’être pas symbolique
: « À compter du jour où ces lois sont exécutoires,
les lois romaines, les ordonnances, les coutumes générales
ou locales, les statuts, les règlements cessent d’avoir force
de loi générale ou particulière dans les matières
qui sont l’objet desdites lois composant le présent code
». Rupture apparente, mais également continuité indéniable
: le Code civil se nourrit du droit intermédiaire issu de la Révolution
comme des deux corps de règles qui caractérisaient l’Ancien
droit, droit romain dans les pays de droit écrit, au sud, et droit
coutumier dans les pays de coutumes, au nord.
Ce compromis juridique se double naturellement d’un compromis politique,
le Code civil puisant sa sève dans les nombreux courants d’idées
qui ont précédé la Révolution ou l’ont
inspirée, comme en témoigne très concrètement
la composition de la Commission chargée de son élaboration,
dont les membres, attachés pour la plupart à l’Ancien
régime, ont néanmoins participé aux différentes
assemblées révolutionnaires.
Le Code civil instaure ainsi un ordre
social conciliant à merveille passé et nouveauté,
consolidant la société autour de valeurs qui -l’apaisent
et la régénèrent, et parachevant le processus d’homogénéisation
de la Nation française entamé depuis plusieurs siècles.
Ce pacte social fondateur s’inscrit en outre dans une langue sobre
et précise qui faisait dire à Stendhal lui-même :
« En composant la Chartreuse, pour prendre le ton, je lisais de
temps en temps quelques pages du Code civil ».
Napoléon Bonaparte pouvait ainsi à juste titre être
fier de ce Code qu’il a largement contribué à faire
adopter et dont il a personnellement supervisé l’élaboration,
s’inscrivant dans le droit fil des grands souverains conquérants
et législateurs de l’Antiquité, tels Hammourabi ou
Justinien. Aussi, contemplant depuis son exil de Sainte-Hélène
ce que l’on pourrait appeler son fabuleux destin, si l’expression
n’était pas aujourd’hui quelque peu galvaudée,
il constatait justement : « Ma vraie gloire n’est pas d’avoir
gagné quarante batailles ; Waterloo effacera le souvenir de tant
de victoires ; ce que rien n’effacera, ce qui vivra éternellement,
c’est mon Code civil ». La propagande bonapartiste ne s’y
est d’ailleurs pas trompée : tout au long du XIXe siècle,
de nombreux tableaux magnifiant l’Empereur font figurer le Code
civil au milieu des armes symbolisant ses multiples victoires.
Malgré ses qualités intrinsèques, le Code civil n’en
subit pas moins, dans les années qui suivent son adoption, les
violentes diatribes des nostalgiques de l’Ancien régime comme
de ceux de la Révolution. Mais les passions politiques s’apaisent
avec le XIXe siècle finissant, et le centenaire est grandement
fêté, cristallisant l’unanimisme latent en sa faveur.
Se pose néanmoins, pour la -première fois, la question de
sa révision, question qui resurgit avec davantage d’acuité
encore à la Libération. Pourtant ces tentatives de révision
générale s’enlisent sans aboutir, peu soutenues par
un pouvoir enfermé dans ses querelles politiciennes. Bouleversements
économiques, mutations sociales ou progrès technologiques
se conjuguent néanmoins pour accélérer l’inexorable
vieillissement du Code civil tout au long du XXe siècle.
La décodification, la multiplication de lois spéciales en
dehors de sa structure, s’accélère, alors que la jurisprudence
conquiert son autonomie, menaçant de le transformer en un vénérable
monument historique de droit mort. Son renouveau s’amorce pourtant
à partir des années soixante grâce à une importante
vague de réformes du droit des personnes et de la famille initiées
par le doyen Carbonnier, qui s’inscrivent dans la lettre même
du Code, ménageant son esprit tout en assurant sa nécessaire
évolution, consacrant ce que le doyen Cornu a pu joliment appeler
la « révolution tranquille du droit civil contemporain ».
Le moule semble désormais prêt pour une indispensable rénovation
d’autres secteurs du Code, comme le droit des obligations ou le
droit des biens, gage de sa pérennité.
La patine des ans confère progressivement aux articles du Code
l’aura de sagesse qui nimbe les Anciens, alors que son image même
devient consensuelle, le Code civil apparaissant comme la véritable
Constitution civile de la France, comme l’incarnation des valeurs
qui fédèrent notre société, étant récemment
consacré comme « lieu de mémoire » de la Nation
au même titre que le château de Versailles, la Marseillaise
ou le drapeau tricolore, partageant avec eux l’étrange destin
d’avoir suscité des passions violentes et contradictoires
avant de devenir figure incontestée et consensuelle du patrimoine
national.
Produit de l’esprit de géométrie et de finesse français,
le Code civil n’en a pas moins connu un extraordinaire destin international.
Imposé à l’étranger par la force des armes
dans les années qui ont suivi son adoption, il s’impose ensuite
rapidement et durablement par la force de la raison aux législateurs
des quatre coins du monde, constituant aujourd’hui comme hier, par
les idées qu’il symbolise et par la langue qui les véhicule,
l’héritage le plus incontestable et incontesté de
Napoléon Bonaparte, un des plus nobles et des plus glorieux fleurons
de la civilisation française et de la culture francophone.
www.Bicentenaireducodecivil.fr
Rémy Cabrillac
professeur à la faculté de droit de Montpellier

Napoléon 1er couronné par le Temps écrit
le Code civil
Jean-Baptiste Mauzaisse, huile sur toile
Salon de 1833
Château de Malmaison
© RMN / Daniel Arnaudet
voir aussi : celebrations2000/codecivil.htm
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