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Célébrations nationales
2004
>> 1804,
L’Empire
La censure sous l’Empire
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programme des manifestations
Le génie militaire et politique de Napoléon Bonaparte, la
gloire dont il a entouré son nom et celui de son pays, la chute
terrible qui s’en est suivie et jusqu’à la manière
dont il l’a mise en scène : voilà qui a contribué
à rejeter dans une sorte de pénombre tout ce qui fait aussi
du personnage le prototype du dictateur moderne. L’extrême
concentration et centralisation du pouvoir, la volonté continue
de faire taire les voix discordantes, assimilées d’emblée
à des voix d’opposants voire de traîtres : de cette
figure rien ne témoigne mieux, comme par métonymie, que
la censure de cette liberté d’expression dont la Révolution
de 1789 avait fait l’un des droits inaliénables de l’homme,
tout en commençant, dès 1792, à en écorner
sérieusement la mise en pratique.
À cet égard l’essentiel des règles est posé
dès les premiers jours du Consulat, où le décret
du 27 nivôse An VIII (17 janvier 1800) supprime d’un coup
soixante des soixante-treize journaux du département de la Seine
et -rétablit l’autorisation préalable, abolie en 1789
; l’Empire ne fera que porter à son degré le plus
élevé le durcissement des procédures. Ainsi, s’il
faut attendre 1803, 1804 et 1810 pour que soient successivement rétablies
les censures préalables sur la presse périodique, les spectacles
et la librairie, dans la pratique tous les modes d’expression sont
muselés bien avant, à coup d’interdictions, d’intimidations
et de condamnations.
À l’apogée du système,
situable ici comme ailleurs au début des années 1810, le
tableau de la presse est suffisamment -éloquent avec quatre journaux
« politiques » autorisés à Paris, chacun affecté
d’un censeur, et un seul titre, évidemment gouvernemental,
par département. Le retournement de la conjoncture militaire accroîtra
encore la fébrilité des censeurs, dont les excès
de zèle agaceront parfois l’Empereur, qui ne fera cependant
rien pour alléger le contrôle, lui qui est allé jusqu’à
rédiger ou -corriger certaines insertions du Moniteur.
Que la Restauration ait conservé trois des quatre censeurs des
théâtres montre assez que la société politique
du temps était assurément peu encline à admettre
une authentique libération du verbe et de l’image. La pression
napoléonienne sur les consciences, dont avaient eu à souffrir
tout autant les royalistes que les libéraux, avait été
cependant si forte que la Charte de 1814 posa en principe la liberté
d’expression, au contraire de la Constitution de l’An VIII,
et qu’en effet, même aux jours les plus sombres de Charles
X, jamais la France ne connut une contention des esprits analogue à
ce qu’elle avait supporté sous Napoléon Ier.
Pascal
Ory
professeur à l’université de Paris I – Panthéon
– Sorbonne
membre du Haut comité des célébrations nationales

Joseph Fouché, en grand habit de ministre de
la Police générale sous l’Empire
Claude-Marie Dubufe, huile sur toile
Châteaux de Versailles et de Trianon
© RMN
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