2003 ~ Vie politique et institutions ~
> programme des manifestations Flora Tristan a sa place en histoire de France dans le même compartiment que sa contemporaine George Sand, celui des femmes que leurs déboires privés, aggravés par les injustices propres à la condition féminine dalors, ont amenées à une sorte danticipation du féminisme, en même temps quà une insertion inattendue dans les combats politiques de leur siècle. Combats de la gauche bourgeoise, pourrait-on dire, pour George Sand, qui devient libérale puis républicaine, combats de lextrême-gauche pour Flora Tristan, qui demeure comme un acteur trop peu connu du « mouvement ouvrier ». Elle était déducation très bourgeoise, étant fille dun noble et riche Péruvien marié en Espagne à une Française. Le mariage ayant été béni par un prêtre en exil mais nayant pu être enregistré civilement fut considéré comme nul et, après la mort de son père, Flora, malgré un voyage au Pérou, ne put obtenir la moindre part dhéritage de la famille américaine. Donc, retour à Paris, et vie dans la précarité, tantôt dame de compagnie, tantôt ouvrière dart (gravure, lithographie). Un patron la séduit, lépouse, ils ont des enfants ; puis cest la séparation, échange sordide de procès et de coups. Le poumon percé dun coup de pistolet en 1838, Flora Tristan, la santé ébranlée, mourra « poitrinaire » six ans plus tard. Les enfants survécurent, et lune des filles devait devenir la mère de Paul Gauguin. Assez proche du peuple pour en subir et en sentir les misères, et assez lettrée pour connaître le monde foisonnant des artistes, écrivains et théoriciens des années 30 et 40, Flora Tristan devient lune des plus authentiques et des plus complètes figures du socialisme dit utopique, précurseur de la Révolution de 1848. Un roman, Memphis, une autobiographie, Pérégrinations dune paria, une enquête sévère dans le pays phare du capitalisme industriel, Promenades dans Londres, enfin un essai de programme et dappel à la constitution dune association ouvrière réformatrice, lUnion ouvrière. Pour prolonger le succès parisien de ce dernier écrit, elle se lance dans un « Tour de France » de plusieurs mois quelle naura pas le temps dachever, mourant épuisée à Bordeaux où sa tombe, érigée en 1848, est visible au cimetière Bordeaux-Chartreuse. La mémoire de Flora Tristan nous aide utilement à enrichir lhistoire dun « mouvement ouvrier » réel, quon ne saurait réduire aux noms évocateurs et symboliques de Karl Marx, dAuguste Blanqui ou dAgricol Perdiguier. Maurice Agulhon
- Sommaire
|