2003
~ Littérature et sciences humaines ~
> programme des manifestations Parrain posthume dun grand prix littéraire qui lui vaut, chaque année, en novembre, depuis 1926, lhonneur de figurer à la une de tous les quotidiens et de compter, parmi ses illustres filleuls, Céline, en 1932, pour Voyage au bout de la nuit et Aragon, en 1936, pour Les beaux quartiers - sans oublier ce jeune chartiste, lauréat 1933, Charles Braibant, pour Le roi dort - , Théophraste Renaudot est cela certes, mais il est bien plus et bien mieux encore. Docteur en médecine, le 12 juillet 1606, à dix-neuf ans ; médecin ordinaire du roi, dès 1612 ; commissaire général des pauvres du royaume, en 1618 ; fondateur du Bureau dadresse en 1628 ; père de la fameuse Gazette,en 1631 ; organisateur, en 1632, des Conférences hebdomadaires où savants et curieux pouvaient se retrouver et débattre, à la seule condition de ny parler ni de politique, ni de religion ; introducteur des monts-de-piété, en 1637 ; promoteur des Consultations charitables... Un médecin dabord, un philanthrope et un savant, mais aussi le père de la publicité et du journalisme en France. Un esprit inventif, dynamique et ambi-tieux. Une vie foisonnante aux activités et aux curiosités multiples qui, jusquà maintenant, a découragé toute tentative dune biographie scientifique complète. À lorigine de tout cela, un patronage
illustre : le cardinal de Richelieu. Il publie, en 1619, une Description dun médicament appelé Polychreston et, en 1620, un Discours sur le scelet cest-à-dire sur les os de lhomme quil dédie, lun et lautre, aux députés des églises réformées assemblez à Loudun... Cest à cette époque que le père Joseph vient y prêcher la Pentecôte où «il se fit écouter des hérétiques non moins que des catholiques ».Cest à cette même époque quArmand-Jean du Plessis de Richelieu, évêque de Luçon à vingt et un ans, en 1606, docteur en Sorbonne, lannée suivante, vit retiré dans son prieuré de Coussay - à quatre lieues de Loudun. Il est admis au Conseil le 29 avril 1624 ; le 13 août, il en est le chef. En juin 1625, Renaudot, qui a quitté Loudun pour toujours, sinstalle à Paris avec sa famille. La coïncidence est trop évidente pour ne pas être soulignée. Sous linfluence de Bérulle, il se convertit au catholicisme en octobre 1628. Pour accomplir sa mission le cardinal-ministre, féodal dans lâme, a besoin davoir près de lui des hommes à lui entièrement dévoués à son service et à sa personne, des créatures dont il fera la fortune en exigeant, en échange, le dévouement le plus entier. Théophraste Renaudot fut lun deux. Lentrée de Renaudot dans la familia du cardinal avait été motivée par deux raisons : léchec de la réforme de lassistance et la nécessité dagir sur lopinion. LAumône générale installée à Paris, vers 1530, navait pas permis de faire disparaître la mendicité et le chômage. À lenfermement qui retranche les sans-aveu, Renaudot proposait une alternative avec son bureau dadresse, organisant le marché de lembauche et permettant aux sans-travail de trouver un emploi. Sa Requête adressée au roi, en 1626, communément appelée Traité des pauvres, donnant une vision totalement laïcisée de la pauvreté, en formait les prémices. Quant à la nécessité dagir sur lopinion, Richelieu avait conçu la Gazette comme un journal officiel, tout à la fois outil de propagande et dinformation, cherchant à rectifier les rumeurs, à faire sonner, haut et fort, les actions du roi et les siennes. Ils en furent, lun et lautre, les plus illustres rédacteurs. Renaudot na jamais caché létat de subordination dans lequel se trouvait son journal, « ma plume na été que greffière ». Et les propos du cardinal : « La Gazette fera son devoir ou Renaudot sera privé des pensions dont il a jouy jusquà présent » sont sans équivoque. En contrepartie de son action au bureau dadresse dont il faudrait souligner également lautre dimension sociale avec les consultations charitables et le mont-de-piété et de ses services journalistiques, Théophraste Renaudot reçut de ses illustres commanditaires une protection absolue, tant à légard des imprimeurs-libraires ou des six-corps, que son journal et ses activités charitables pouvaient léser, quà légard des médecins de Paris et singulièrement de son plus mortel ennemi, Guy Patin. Malheureusement, cette protection liée à ce patro-nage était fragile... Richelieu meurt le 4 décembre 1642, Louis XIII disparaît le 14 mai 1643. Le 1 er mars 1644, par un arrêt resté célèbre, le Parlement enlève à Renaudot tous ses titres, ses monopoles et privilèges. Il ne lui reste plus que la Gazette dont Mazarin saisira bien toute limportance politique - qui restera dans sa descendance jusquau milieu du XVIII e siècle et continuera à paraître jusquen 1915 - et son bureau dadresse. Il meurt aux galeries du Louvre, le 25 octobre 1653, là-même où sa fonction dhistoriographe du roi, depuis 1646, lui valait un logement. Il est enterré le lendemain en léglise Saint-Germain-lAuxerrois, devant lautel de la paroisse. Une dalle, scellée en ce lieu en 1986, rappelle lemplacement de sa sépulture. Gérard Jubert
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