2003 ~ Littérature et sciences humaines ~
Raymond Radiguet, cest léternelle jeunesse. Même sil avait parfois des airs de vieux lettré chinois, il fit sur terre le métier de météore. Étrange et décevante profession qui vous fait naître le 18 juin 1903 et mourir le 12 décembre 1923, à vingt ans... Après une adolescence rêveuse, passée à lire Mme de La Fayette dans une barque, sur les bords de la Marne, le petit Raymond se dépêcha dêtre lamant de son institutrice (à quatorze ans), de débuter dans le journalisme (la semaine suivante), de devenir le protégé de Jean Cocteau, de fréquenter le Paris littéraire des années folles, de vivre sa vie comme une fête perpétuelle et, surtout, décrire deux chefs-duvre - Le Diable au corps et Le Bal du comte dOrgel. Le premier de ces romans raconte la liaison dun adolescent avec la jeune femme qui lui donne des leçons de français. Ils font lamour du côté de Nogent, tandis que le mari de cette jeune femme fait la guerre. Car cela se passe en 1917... Imaginez le scandale quand parut le récit de cette passion marquée par le cynisme et par un sentiment extrême de léphémère. Paul Morand parla d« une peinture effrontée de grandes vacances au milieu des croix de bois ». La perfection du style faisait ressortir encore davantage limmoralisme du sujet. Radiguet raccommodait les battements de cur avec limparfait du subjonctif, lélégance et la clarté de la langue avec le désordre et la confusion des sentiments. Élève de Mme de La Fayette, il rêvait décrire son second roman sur le modèle de La Princesse de Clèves.Ce fut Le Bal du Comte dOrgel. Estimant que lexistence devait être frivole et ressembler à lécole buissonnière, le petit Raymond ne travaillait pas assez. Mais il eut quand même le temps de terminer son dernier devoir de vacances avant de mourir dune fièvre typhoïde. Il avait attrapé cette maladie pendant lété 1923, sur le bassin dArcachon, tandis que Georges Auric jouait du piano sur la plage. Comme Mahaut, lhéroïne du Bal, Radiguet lisait probablement lheure sur son visage, lorsquil se regardait dans les miroirs. Après la disparition du petit Raymond, tout le monde se persuada que le charme était le secret professionnel des écrivains.
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