Célébrations nationales 2003 2003
~ Littérature et sciences humaines ~

Raymond Queneau
Le Havre, 21 février 1903 - Paris, 25 octobre 1976

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Raymond Queneau est un auteur dont l’image est encore mal fixée dans l’opinion, mais dont l’importance ne fait désormais plus de doute pour quiconque considère la littérature française du XXe siècle. La récente publication d’un second volume de ses œuvres, dans la bibliothèque de La Pléiade est un signe de cette consécration. S’il peut dérouter, c’est que Queneau s’est, du début à la fin de son œuvre, attaché àdonner de lui l’image d’un écrivain de la drôlerie. Pour cela, ses moyens sont divers, du calembour à la plaisanterie la plus érudite, mais le fond immuable est d’abord l’introduction dans le français écrit standard de formes et de tours qui appartiennent au français parlé populaire, et pour commencer d’une transcription « phonétique », censément plus fidèle à la réalité parlée, et dont le premier effet, par rapport à l’orthographe normale, est de faire rire. Mais une lecture attentive ne manque pas de repérer que les expériences humaines abordées et les questions posées sont tout sauf légères.

Aussi bien, Queneau a-t-il soin de disséminer des indices qui aident le lecteur à prendre conscience de cette dimension d’abord masquée. Si Queneau avait fait des études de philosophie et s’était même intéressé àd’anciennes traditions de sagesse, c’était pour y trouver des réponses à des questions métaphysiques portant sur le sens de la vie humaine dans l’univers, sur le temps et sur le mal. Son adhésion première au surréalisme, dont il s’est ensuite violemment séparé, procédait d’un même besoin d’une vision renouvelée du monde et de la vie. En se référant à Rabelais, Queneau a lui-même invité àlire son œuvre selon plusieurs degrés de lecture, de la plus naïve à la plus sophistiquée.

Les lecteurs d’aujourd’hui sont de plus en plus nombreux à apprécier cette démarche qui, tout en évitant de se prendre au sérieux, amène insensiblement aux interrogations auxquelles nul n’échappe. Elle se retrouve dans tous les genres où s’est exercé Queneau : roman et poésie surtout, mais aussi essai, chanson, théâtre, etc. Les œuvres auxquelles Queneau a dû sa notoriété,le poème-chanson « Si tu t’imagines », les Exercices de style et le roman Zazie dans le métro demeurent les plus connues, mais, derrière elles, restent à découvrir une œuvre poétique dont la dernière partie est construite, à partir des années 1960, sur des contraintes formelles et mathématiques définies par l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle), et l’ensemble des quatorze romans qui constituent une œuvre cohérente, fondée tantôt sur des principes de construction rigou-reuse, tantôt sur des personnages attirant la sympathie comme Pierrot mon ami dans le roman qui porte son nom ou Valentin Brû dans Le dimanche de la vie.

Mais Queneau, en dehors de son œuvre propre, a aussi été par son activité de traducteur, d’éditeur et de directeur d’encyclopédies un médiateur culturel qui s’est efforcé de saisir et d’aider ses contemporains à saisir l’ensemble de plus en plus difficile à maîtriser des connaissances et de la culture de son temps.


Henri Godard
professeur à l’université de Paris-Sorbonne


Raymond Queneau, 12 mars 1951
© Rue des Archives / AGIF


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