2003
~ Littérature et sciences humaines ~
> programme des manifestations « Le fini est pressé par linfini de toutes parts ». Cette remarque quOzanam adresse à Ernest Falconnet, le 18 décembre 1831, à lâge de 18 ans, est lemblème même dune vie brève, ardente, animée par une « générosité chevaleresque » (G. Gorcy), par un « romantisme catholique » (H. Bremond), nourri des témoignages et de luvre de Chateaubriand, Lamennais, Bellanche, Eckstein, Montalembert, Ampère. Né àMilan en 1813, formé àLyon,
étudiant à Paris (1831-1836), quelques années avocat
à Lyon (1836-39), il sera enfin, de 1840 à sa mort, professeur
à Paris, où il succédera à Claude Fauriel
comme professeur de « Littérature étrangère
» àla Sorbonne. Ozanam fut profondément impressionné
par les conditions de vie et les révoltes des canuts de 1827
à 1831. Il sengagera dans la « question des pauvres
», plusieurs fois soulevée par LAvenir ; son premier
ouvrage est en effet, en 1831, les Réflexions sur la doctrine
de Saint-Simon. Ce programme, politique et humain, alliait - dans le culte de la dignité humaine - christianisme et liberté : « je dois à létude mieux approfondie du Catholicisme un sincère amour de la liberté » (lettre à Jean-Jacques Ampère, 21 février 1840). Rentré à Paris pour assurer la succession de Fauriel, Ozanam venait de soutenir en 1838 deux thèses essentielles pour son avenir de chercheur : lEssai sur la philosophie de Dante et la thèse complémentaire De frequenti apud veteres poetas heroum ad inferos descensu. Lannée suivante ce travail sera publié sous forme dun volume vigoureux : Dante et la philosophie catholique au XIIIe siècle (Paris, 1839). Chez Ozanam, le monde de Dante est présence, présence de linfini et de lhumain, de la recherche et du témoignage, orientés au Moyen-Âge comme en son temps par la libertas pauperum : « Il y aurait peut-être le sujet dintéressantes investigations à faire dans les doctrines des Fraticelli, de Guillelmine de Milan, des Frères Spirituels, où la communauté absolue de corps et de biens, léman-cipation religieuse des femmes, la prédication dun évangile éternel, rappelleraient les tentatives modernes du saint-simonisme ». On comprend alors pourquoi saint François dAssise lui paraîtra « comme lOrphée du Moyen-Âge » (Les poètes franciscains), et pourquoi, de la Comédie de Dante, Ozanam traduira le Purgatoire, lieu de la rencontre du divin et de lhumain. Dans son désir, si proche de celui de Chateaubriand, de reconstituer les étapes dune civilisation humaine, affranchie par le Christianisme, affinée par la poésie, il aura jusquà sa mort un élan prophétique quil résumera ainsi à Niccolò Tommaseo : « Admirez-vous comment Dieu mène le genre humain sous la nuée et dans les ténèbres comme il menait le peuple hébreux ? Mais nous sommes aussi son peuple : jai confiance et si cette route aboutit à la mer, je crois que les flots souvriront. Si elle conduit au désert, je crois que la loi y sera donnée. Je crois à une transition mystérieuse, au progrès obscur mais certain de la société catholique ».La« transition mystérieuse » des ères de Fourier, de la société de Saint-Simon, sélevait - en suivant le poème de Dante - à la plénitude de lhomme libéré par grâce et raison : « Cest pourquoi te faisant maître de toi-même, je te donne la couronne et la mitre » (Purg. XXVII, 142).
Portrait de Frédéric
Ozanam en 1833 , - Sommaire
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