2003
~ Vie politique et institutions ~
> programme des manifestations Le vingt-quatre septembre 1853, lamiral Febvrier-Despointes hissait les couleurs françaises à Balade, à lextrême nord de la Nouvelle-Calédonie, prenant ainsi possession de lensemble du territoire au nom de la France. Repartant peu après, il laissa lun de ses officiers, le capitaine de vaisseau Tardy de Montravel, gérer cette nouvelle colonie. Cest ce dernier qui fonda Port de France, rebaptisée en 1866 Nouméa. Cette terre nétait plus inconnue. Elle fut découverte par James Cook en 1774, qui, à cette occasion, la baptisa en souvenir de lÉcosse de ses ancêtres. À la différence de beaucoup de terres voisines, la Nouvelle-Calédonie ne changea jamais de nom. Ce furent ensuite principalement des navigateurs français qui complétèrent la découverte. La Pérouse, tout dabord, explora la côte occiden-tale avec ses navires la Boussole et lAstrolabe, en 1788, avant daller se naufrager à Vanikoro. DEntrecastaux ensuite, en 1792, entreprit lexploration de la Grande Terre, et enfin Dumont dUrville, en 1827, cartographia les îles Loyauté. Les premiers à suivre les explorateurs furent des trafiquants, chasseurs de baleines, trafiquants de bois de santal, et surtout chasseurs de main-doeuvre pour les plantations australiennes. On se battit un peu, des bandits anglais dominèrent le lot. Un nommé Richards sinstalla à Hienghène en 1843, un autre, nommé Paddon, à lîle Nou en 1851. Mais presque en même temps, dès le milieu du XIX e siècle, des mis-sionnaires chrétiens entreprennent de convertir les habitants du territoire. Des protestants de la « London Missionary Society » arrivent à lîle des Pins et à Maré dès 1840. Les catholiques suivent très peu de temps après avec Monseigneur Douarre en 1843 et la mission de Pouébo fondée en 1847. Tout cela est anarchique. La Nouvelle-Calédonie est repérée mais elle est toujours une terre sans maître, sinon de multiples chefferies locales. Napoléon III pendant cette période, probablement inspiré par lexemple anglais en Australie, cherche une terre lointaine pour y installer une colonie pénitentiaire. Il donne lordre à plusieurs navires français croisant dans le Pacifique de prendre pos-session de la Nouvelle-Calédonie dans ce dessein, sous la condition que la Grande-Bretagne nait pas revendiqué ce territoire auparavant. Ce ne fut pas le cas, et Febvrier-Despointes fut le premier à se trouver en condition dexécuter lordre impérial. Le fortin de Balade, sur la colline de Umbeip où eut lieu la cérémonie officielle de prise de possession. Un premier contingent de 250 bagnards arrive dès mai 1854. Puis les convois se font réguliers, lîle reçoit son premier gouverneur, le contre-amiral Guillain, et le statut de colonie en 1860. Les bagnards construisent les routes et les infrastructures. Le 29 septembre 1872 arrive un nouveau convoi de dépor-tés, célèbre celui-là, qui transporte les condamnés de la Commune de 1871, parmi lesquels Louise Michel et Henri de Rochefort qui sera le seul à réussir à sen évader. Lîle recevra en tout 22 000 « transportés ». La colonisation est brutale. À diverses reprises, larmée chasse purement et simplement les Kanaks de leurs terres et de leurs villages pour les attribuer soit aux bagnards libérés soit aux colons libres qui viennent aussi sinstaller. Des révoltes ont lieu, durement réprimées. La plus grave se produit en 1878, elle dure sept mois et ne se termine que lorsquun des chefs coutumiers de lîle abat linstigateur de la révolte. Elle aura fait plus de 1 000 morts. Il y en aura de nombreuses autres, les dernières en 1984 et 1988. En 1864, lingénieur Jules Garnier découvre le nickel. La société «Le Nickel » fondée en 1880 succède à de petites mines personnelles. Du coup Chinois, Indonésiens, Japonais arrivent sur lîle à côté des Français. En 1898, le gouverneur Feuillet, jugeant lexistence du pénitencier incompatible avec une colonisation efficace par un peuplement plus abondant, demande et obtient sa suppression. La Nouvelle-Calédonie va dès lors se peupler assez rapidement grâce au nickel et à lagriculture. Elle fournit beaucoup dhommes au bataillon du Pacifique qui combat en France pendant la guerre de 1914-1918. Le territoire y perd près de 1 500 hommes. Affaiblie par cette saignée et par le manque de dynamisme du marché du nickel, la Nouvelle-Calédonie vit lentre-deux-guerres dans une certaine léthargie. Puis vient la Seconde Guerre mondiale. La Nouvelle-Calédonie est lun des premiers territoires à rallier la France libre. Cela permet aux Américains de la choisir comme lune des bases de départ de leur reconquête du Pacifique. 40 000 GIs y débarquent le 10 mars 1942, ils seront en tout un million à y passer. Ce rôle de « porte avions » est un facteur de réveil. Laprès-guerre et surtout le commencement de la guerre froide vont faciliter lessor du nickel. La population augmente, autant par la natalité que par limmigration. Cette croissance se fait dans un équilibre à peu près stable des commu-nautés :40% dEuropéens appelés Caldoches, 40 %de Mélanésiens ou Kanaks, et 20 % rassemblant de nombreuses communautés, Wallisiens, Vietnamiens, Polynésiens, Indiens, Philippins, quelques Chinois, en tout 180 000 habitants vers 1980. Les rapports sont tendus. Autant les deux principales communautés sont équivalentes en nombre, autant la domination économique blanche est absolument totale. Nous sommes indiscutablement en plein colonialisme. De fait, dailleurs, la loi Defferre pour lOutre-mer, de 1956, celle qui va permettre la décolonisation progressive de lAfrique noire sans une goutte de sang versée, sapplique à la Nouvelle-Calédonie : une Assemblée du Territoire est élue, comme le sont dautre part les communes, et le Haut-Commissaire préside un gouvernement issu de lAssemblée. Mais mystérieusement, sans aucune consultation et sans motif annoncé, une loi, furtivement votée en 1963, supprime le Gouvernement, dissout lAssemblée et redonne tous les pouvoirs au Haut-Commissaire. Ainsi débute une période de méfiance et de tensions qui vont aller croissant. Plusieurs statuts sont proposés par MM. Lemoine, Pisani puis Pons. Tous sont rejetés par lune ou lautre communauté. Le 5 mai 1988, un incident particulièrement violent à lîle dOuvéa fait 19 morts kanaks et deux militaires français. Nommé Premier ministre cinq jours après ces événements, il me faudra confier à une « mission du dialogue » composée dun pasteur protestant, dun prêtre catholique, dun ancien grand maître franc-maçon et dun magistrat, accompagnés dun préfet et dun sous-préfet, le soin dexplorer pendant quatre semaines les conditions dans lesquelles les communautés pourraient recommencer à se parler entre elles et avec le gouvernement de la République. Cette mission a rendu possibles les négociations officielles qui se déroulèrent à Paris. Laccord Matignon fut signé le 26 juin 1988, portant statut provisoire pour dix ans. Dix ans après jour pour jour, le 5 mai 1998, le Premier ministre Lionel Jospin pouvait signer laccord de Nouméa qui conférait à lîle une autonomie encore plus largement définie et créait la citoyenneté calédo-nienne. Dans quinze ans, la Nouvelle-Calédonie pourra décider si elle souhaite lindépendance complète ou non. Lîle vit aujourdhui en paix et na plus guère dautre problème que son développement économique. La France a su mettre une belle fin à une histoire qui fut tragique.
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