2003 ~ Arts ~
Le 9 avril 1653, Louis Couperin est titularisé organiste de léglise Saint-Gervais, premier de la famille à occuper cette tribune que la dynastie des Couperin allait illustrer presque deux siècles durant. Il semble en effet que lorgue de Saint-Gervais ait été considéré comme lapanage artistique de la famille. Ainsi, lorsque meurt Charles Couperin, frère et successeur de Louis, son fils François étant encore trop jeune, Delalande assurera lintérim ; mais il remettra à François, qui nest pas encore « le Grand », un flambeau qui ne séteindra que vers 1830, avec la dernière descendante des Couperin organistes, Céleste Thérèse. En compagnie de ses deux frères musiciens, Louis avait laissé le village familial de Chaumes-en-Brie pour sétablir à Paris vers 1650. Violoniste, violiste, claviériste, son talent et ses dons le font vite remarquer. Une brillante carrière parisienne souvre au jeune homme qui, alors quil accède à lorgue de Saint-Gervais, entre à la Chambre du Roi comme dessus de viole. Il sy trouve mêlé de près aux premières représentations de ballets et dopéras italiens. Ami des artistes, reconnu par la ville et « fort goûté » à la cour, il est appelé à suivre le long voyage de la Cour à Saint-Jean-de-Luz. Mais il séteint prématurément, à Paris, âgé de 35 ans. À la fin du siècle, labbé Le Gallois notera que le musicien « avait excellé par la composition, cest-à-dire par ses doctes recherches. Et cette manière de jouer a esté estimée par les personnes sçavantes, à cause quelle est pleine daccords et enrichie de belles dissonances, de dessein et dimitation ». Mais faute davoir été publiée de son vivant, son oeuvre nest connue que fragmentairement. A-t-il composé pour la Chambre du Roi ? On lignore et seules subsistent, en ce domaine, quelques fantaisies et sinfonies pour les hautbois ou les violes. Cest comme compositeur pour le clavier quil est passé à la postérité. Les quelque 130 pièces quil a destinées au clavecin lont demblée placé au rang des plus grands. Père fondateur, après Chambonnières, de lécole française de clavecin, il semble quil ait joué à lorgue un rôle comparable. Longtemps inconnue, loeuvre quil écrivit pour Saint-Gervais a été retrouvée en 1958, en un cahier manuscrit rassemblant 70 pièces. À lapogée de léphémère baroque français, cet admirable corpus demeure, hélas ! toujours inédit. Au siècle de Georges de la Tour et des frères Le Nain, le musicien mélancolique sy révèle un maître de léclairage intime et des clairs-obscurs de lâme.
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