2003
~ Arts ~
> programme des manifestations Sans doute plus quaucun autre, François Boucher a marqué de son empreinte les beaux-arts et les arts décoratifs du dix-huitième siècle. Lartiste, comme Rubens un siècle plus tôt, imposa à lEurope entière un style devenu synonyme dun certain dix-huitième siècle, dun art de vivre. Il déclina son art sous toutes les formes, la peinture bien sûr, le dessin (il assurait en avoir produit plus de 10 000), la gravure mais aussi la tapisserie, la porcelaine ou la toile de Jouy pour lesquelles il fournit de nombreux cartons, modèles ou motifs qui assurèrent à son uvre une exceptionnelle diffusion. Fils dun peintre membre de lAcadémie de Saint-Luc, Boucher reçoit probablement sa première formation auprès de son père avant de passer briè-vement dans latelier de François Lemoine (1688-1737). Ayant obtenu en 1723 le prix de peinture de lAcadémie grâce à Elvimérodach délivre Joachim prisonnier de Nabuchodonosor (perdu), lartiste aurait dû passer trois années à lAcadémie de France à Rome mais, sous prétexte de manque de place, ne put partir. Entre 1723 et 1728, lessentiel de son activité est tourné vers lart de la gravure. Il fournit des vignettes de thèses au graveur et éditeur destampes Jean-François Cars (1661-1730) et réalise pour les Figures de différents caractères de Jean de Julienne plus de cent gravures daprès des tableaux et dessins de Watteau. Ces différentes activités lui permettent dentreprendre à ses frais, en 1728, lindispensable voyage en Italie. Lartiste loge à lAcadémie de France à Rome grâce à lamitié de son directeur Nicolas Vleughels (1668-1737) qui lui trouve « un petit trou de chambre ». Vers 1731, Boucher revient à Paris et, tout en reprenant ses activités de graveur, donne une nouvelle et décisive impulsion à sa carrière de peintre. Il est agréé à l Académie, en tant que peintre dhistoire, en novembre 1731, réalise de nombreux tableaux pour lavocat Jérôme Derbais, dont Vénus demandant à Vulcain des armes pour Énée (1732, Paris, musée du Louvre). En 1733, il épouse Marie-Jeanne Buseau qui lui servira souvent de modèle. Sa réception, lannée suivante, à lAcadémie avec Renaud et Armide (Paris, musée du Louvre) ouvre une période dintense activité qui voit Boucher partager son temps entre les manufactures royales de tapisserie et de porcelaine, les décors de théâtre et dopéra, les commandes damis amateurs, de membres importants de la Cour et de la maison royale. Il participe ainsi, en compagnie de Carle Vanloo et de Charles Natoire, ses concurrents les plus talentueux, à la décoration de lHôtel de Soubise, actuelles Archives nationales, livre des camaïeux pour la Chambre de la Reine à Versailles (1736) et deux scènes de chasse pour les Petits appartements du Roi (La chasse au léopard, 1736 et La chasse au crocodile, 1739 ; tous deux à Amiens, musée des Beaux-Arts). En 1736, Boucher débute, avec la réalisation de trois cartons pour les Fêtes italiennes tissés par la manufacture de Beauvais, dans un domaine qui allait permettre la diffusion de son art à travers toute lEurope, la tapisserie. Pour Beauvais puis pour les Gobelins dont il est nommé inspecteur en 1755, il produit de nombreuses tentures, Lhistoire de Psyché (1739), la Tenture chinoise (esquisses au musée de Besançon), Les amours des dieux (1757)... Madame de Pompadour joue un rôle particulièrement important dans la carrière de Boucher. Elle lui obtient un logement au Louvre en 1752, lui commande certains de ses chefs-duvre (Le lever du soleil et Le coucher du soleil, Londres, Wallace Collection) et des décorations à sujets mythologiques pour ses châteaux de Bellevue et de Crécy. Nommé «premier peintre du roi » en 1765 à la mort de Carle Vanloo, Boucher continue de produire tableaux, cartons et dessins à un rythme effréné, aidé par un nombreux atelier où son gendre Jean-Baptiste Deshays et Jean-Honoré Fragonard, entre autres, reçurent leur formation. Malgré des critiques de plus en plus sévères (« cet homme a tout - excepté la vérité », Diderot, Salon de 1761), le vieil artiste continue dexposer au Salon et de livrer dimportantes commandes, comme la série de six peintures réalisées pour Bergeret de Frouville en 1768 (Fort Worth, Kimbell Art Museum). Boucher meurt dans son logement du Louvre, le 30 mai 1770. Condamné par le néo-classicisme, lartiste est boudé pendant plus dun siècle avant que la deuxième moitié du dix-neuvième, séduite par son hymne à la femme, le remette à lhonneur, sensible au bonheur intimiste et bourgeois (Le déjeuner, 1739, Paris, musée du Louvre). Boucher ne cherche pas à émouvoir mais à saisir la beauté épanouie ou le charme piquant. Son artificialité est voulue, comme son absence de naturel. Ses nymphes, ses déesses et ses bergères sont à la fois délicieusement présentes et hors du temps. Les uvres de Boucher paraissent dun abord facile, principalement décoratives. Cest passer à côté de lessentiel, leur étonnant pouvoir dévasion... Pierre Rosenberg,
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![]() Vénus demandant des armes pour Enée, 1732 François Boucher, huile sur toile Paris, Musée du Louvre © RMN / J.G |
![]() Berizzi Le déjeuner, 1739 François Boucher, huile sur toile Paris, Musée du Louvre © RMN / Arnaudet |
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