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Émile Zola |
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Le 29 septembre 1902 au matin, une rumeur parcourt tout
Paris : Emile Zola est mort. Le centenaire de la publication de " J'Accuse
! ", qui a joué un rôle capital dans le retournement
de l'affaire Dreyfus et la déroute des accusateurs du capitaine,
a été célébré en 1998. Zola a conservé un vaste public de lecteurs. Toutes
les jeunes générations, année après année,
puisent dans son uvre une leçon de lucidité sociale
autant que le pur plaisir du récit romanesque. Il a enfin franchi
les barrages qui lui étaient restés longtemps opposés
dans les programmes scolaires et universitaires. Les traductions, les
éditions savantes, les travaux de recherche sont toujours plus
nombreux, aux quatre coins du monde. La plus ample et la plus récente
de ces entreprises a été la publication, abondamment annotée
et documentée, de sa Correspondance,
en dix volumes, achevée en 1995, et réalisée par
deux équipes de recherche, l'une à l'Université
de Toronto, l'autre à l'Institut des textes et manuscrits modernes,
au CNRS. Si Zola peut être encore tenu, selon un stéréotype
souvent réducteur, pour " un témoin de son temps
", ce n'est pas seulement parce qu'il a écrit l'" histoire
naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire ", - et
sous la République -, suivie aussitôt de l'histoire sociale
de " trois villes ", Lourdes, Rome et Paris. On sait aussi, désormais, casser la coquille doctrinaire
du discours naturaliste (celui du Roman expérimental),
pour restituer à Zola sa vérité de romancier :
d'homme-fiction, et d'artiste. On a mis
au jour, et associé dans un portrait critique rajeuni, son héritage
romantique, la parenté de son regard avec celui des peintres
impressionnistes, sa prescience de l'Art Nouveau, ses merveilles pré-surréalistes,
la régénération constante de son univers imaginaire,
la diversité baroque et la coulée inépuisable de
ses visions, la pantomime forcenée de ses personnages, tantôt
tragique, tantôt burlesque et, pour couronner le tout, son dépassement
permanent de l'histoire par le mythe : La Curée
est une nouvelle Phèdre, Le Ventre de
Paris raconte la grande bataille des Maigres et des Gras, l'abbé
Mouret et Albine revivent l'histoire d'Adam et d'Eve, L'uvre met
en scène un nouveau Pygmalion, Etienne Lantier tient de Thésée
et d'Orphée, le cycle entier trouve son origine dans le motif
des frères ennemis
De là émerge un Zola à dé-lire, à libérer des commentaires stéréotypés qui l'ont dépeint en positiviste appliqué, ou en maçon besogneux, ou au mieux en bon élève de Balzac, de Flaubert et des Goncourt. Un conteur qui vient d'ailleurs, d'au-delà du
roman " réaliste ". Peut-être un Grec des débuts
de la tragédie, un eschylien, qui obéit instinctivement
aux principes de la démesure plus qu'à ceux de la
rationalité, et qui a éprouvé une sorte de
jouissance dionysiaque à faire défiler devant son
lecteur des images de fureur frénétique, déchaînée
dans l'instinct de mort comme dans l'instinct de jouissance. Henri Mitterrand - Sommaire - Célébrations nationales 1999 - - Célébrations nationales 2000 - - Célébrations nationales 2001- - Haut de la page -
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