Célébrations nationales 2002

Émile Zola
Paris, 2 avril 1840 - nuit du 28 au 29 septembre 1902
> manifestations

Autoportrait avec son chien à Médan
Autoportrait avec son chien à Médan
© Rue des Archives / TAL


 Manet en train de peindre, de g à d, le peintre allemand Otto Scholderer, Renoir, le sculpteur Zacharie Astruc (assis), Edmond Maître, Zola, Bazille et Monet
Un atelier aux Batignolles
Henri Fantin-Latour - Paris, Musée d'Orsay
© Photo RMN / H. Lewandowski

" L'Assommoir "
affiche du théâtre de la Porte Saint-Martin
d'Alexandre Steinlen, 1900
Paris, Musée des arts décoratifs
© AKG Paris / VISIOARS


Le 29 septembre 1902 au matin, une rumeur parcourt tout Paris : Emile Zola est mort.
Asphyxié, chez lui, au 21 bis rue de Bruxelles.
Une cheminée qui tirait mal. Sa femme Alexandrine a survécu.
La Libre Parole, de l'ignoble Drumont, titre : " Un fait-divers naturaliste ". L'enquête conclut à l'accident. Diverses recherches ultérieures mettront en doute cette hypothèse et laisseront soupçonner une malveillance, ou pour le moins une négligence technique extérieure à l'appartement.

Le centenaire de la publication de " J'Accuse… ! ", qui a joué un rôle capital dans le retournement de l'affaire Dreyfus et la déroute des accusateurs du capitaine, a été célébré en 1998.
Les manifestations de l'année 2002 (une grande exposition à la Bibliothèque Nationale de France, une autre à la Bibliothèque Méjanes d'Aix-en-Provence, et plusieurs colloques en France et à l'étranger), seront essentiellement consacrées à l'œuvre littéraire, sur ce thème : une lecture moderne pour un écrivain moderne.

Zola a conservé un vaste public de lecteurs. Toutes les jeunes générations, année après année, puisent dans son œuvre une leçon de lucidité sociale autant que le pur plaisir du récit romanesque. Il a enfin franchi les barrages qui lui étaient restés longtemps opposés dans les programmes scolaires et universitaires. Les traductions, les éditions savantes, les travaux de recherche sont toujours plus nombreux, aux quatre coins du monde. La plus ample et la plus récente de ces entreprises a été la publication, abondamment annotée et documentée, de sa Correspondance, en dix volumes, achevée en 1995, et réalisée par deux équipes de recherche, l'une à l'Université de Toronto, l'autre à l'Institut des textes et manuscrits modernes, au CNRS.
Elle a radicalement renouvelé et enrichi notre connaissance de l'homme, de sa carrière, de son métier d'écrivain, de ses amitiés, de la réception de ses œuvres, et de l'ensemble du champ littéraire au sein duquel il a travaillé.

On ne peut donc plus tenir sur Zola le discours historique et critique que l'on tenait encore au moment du cinquantenaire de sa mort (célébré en 1952 par une première grande exposition à la Bibliothèque Nationale).
Tandis que, depuis cinquante ans, son oeuvre caracolait dans le peloton de tête des collections de poche, tout en gagnant les lecteurs de la Pléiade et les bibliophiles, toutes les écoles de la critique moderne y ont trouvé matière de réflexion, affinant à son contact leurs propres instruments d'analyse et l'éclairant de lumières neuves : la sociocritique, la narratologie, la psychanalyse, l'anthropologie culturelle, la critique des formes, la biographie intellectuelle, les études de genèse, l'esthétique comparée de la littérature et de l'art, etc. Il a survécu, si l'on ose dire, à toutes ces radiographies. Et chacune d'elles a révélé de nouvelles profondeurs de sens et de nouvelles sources de rayonnement.

Si Zola peut être encore tenu, selon un stéréotype souvent réducteur, pour " un témoin de son temps ", ce n'est pas seulement parce qu'il a écrit l'" histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire ", - et sous la République -, suivie aussitôt de l'histoire sociale de " trois villes ", Lourdes, Rome et Paris.
C'est aussi parce que son tableau historique des conditions sociales et des institutions est sous-tendu par la saisie, anthropologique, d'une culture dans ses fondements, d'une société dans ses conduites primordiales : ses besoins et ses jouissances, ses " machines désirantes ", ses actes et leur sanction, ses manières et ses rythmes, ses rites et ses mythes.
Par-dessus tout, les énergies de l'argent et du sexe, dont le dévoilement brise ici les limites du contemporain pour atteindre à une validité intemporelle.

On sait aussi, désormais, casser la coquille doctrinaire du discours naturaliste (celui du Roman expérimental), pour restituer à Zola sa vérité de romancier : d'homme-fiction, et d'artiste. On a mis au jour, et associé dans un portrait critique rajeuni, son héritage romantique, la parenté de son regard avec celui des peintres impressionnistes, sa prescience de l'Art Nouveau, ses merveilles pré-surréalistes, la régénération constante de son univers imaginaire, la diversité baroque et la coulée inépuisable de ses visions, la pantomime forcenée de ses personnages, tantôt tragique, tantôt burlesque et, pour couronner le tout, son dépassement permanent de l'histoire par le mythe : La Curée est une nouvelle Phèdre, Le Ventre de Paris raconte la grande bataille des Maigres et des Gras, l'abbé Mouret et Albine revivent l'histoire d'Adam et d'Eve, L'Œuvre met en scène un nouveau Pygmalion, Etienne Lantier tient de Thésée et d'Orphée, le cycle entier trouve son origine dans le motif des frères ennemis…
Partout se laissent voir, à une lecture attentive, les ombres portées du légendaire universel.

De là émerge un Zola à dé-lire, à libérer des commentaires stéréotypés qui l'ont dépeint en positiviste appliqué, ou en maçon besogneux, ou au mieux en bon élève de Balzac, de Flaubert et des Goncourt.

Un conteur qui vient d'ailleurs, d'au-delà du roman " réaliste ". Peut-être un Grec des débuts de la tragédie, un eschylien, qui obéit instinctivement aux principes de la démesure plus qu'à ceux de la rationalité, et qui a éprouvé une sorte de jouissance dionysiaque à faire défiler devant son lecteur des images de fureur frénétique, déchaînée dans l'instinct de mort comme dans l'instinct de jouissance.
C'est seulement au terme du chemin, une fois renvoyés au néant la tante Dide, Macquart, Coupeau, Nana, les Lantier, et tant d'autres maudits, qu'apparaît la figure apollinienne, toute de sérénité, du docteur Pascal. Zola pensait parvenir à la vérité sur l'homme en construisant ses scénarios sur pièces d'enquêtes.
Nous devons nous résoudre à ne pas le croire tout à fait sur parole. Cent ans après sa mort, nous savons que ses glissades dans les précipices de la déraison ont plus à nous apprendre que ses scrupules documentaristes, et qu'il nous faut aller chercher là, sur ces sillons obliques du rêve, les marques de son génie.

Henri Mitterrand
professeur émérite à la Sorbonne nouvelle
président de la Société littéraire des Amis d'Émile Zola
professeur à l'université Columbia de New York


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