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~ Arts ~ Inauguration de la Cité radieuse
de Le Corbusier |
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Charles-Édouard Jeanneret, qui deviendra Le Corbusier, est né dans le Jura suisse le 6 octobre 1887 à La Chaux-de-Fonds. À l'âge de treize ans, il entre à l'École des Arts et Métiers comme élève graveur de L'Éplattenier, un professeur de dessin dont l'influence sera déterminante. Cet homme lui donne, très jeune, un champ de vision d'une ampleur extraordinaire, mais absolument atypique, car limité au domaine du visible. Jeanneret construit à dix-sept ans ses premières villas, de style classique. Déjà, il s'intéresse à l'art de bâtir les villes, et projette
d'écrire un livre sur le sujet, une leçon en forme d'apologie de la
rue et de la place, contre La Chaux-de-Fonds, ville moderniste, reconstruite
selon des principes hygiénistes. Avec ses honoraires, il part pour un
long voyage, remplit beaucoup de carnets. Puis, en 1908, il travaille
comme dessinateur chez les frères Perret où il découvre le béton armé
et, en 1910, en Allemagne, chez l'architecte Peter Behrens. Sept ans
plus tard, il s'installe définitivement à Paris où la peinture le passionne.
Il adopte le pseudonyme de Le Corbusier. Le Corbusier rêve d'un ordre nouveau, né de l'automobile, de la mécanisation, de l'habitat collectif, normalisé, un monde où esthétique et technique sont liées, comme dans le paquebot. Très vite, il s'est campé dans la posture du guide inspiré par le modèle léniniste. Il n'a jamais été marxiste, mais il a aimé aveuglément cette idée si forte chez Lénine que pour construire un monde nouveau, il faudrait totalement raser l'ancien. Il croyait que des solutions définitives viendraient de ses schémas, mais il voyait le monde avec un prisme : pour lui, la ville et l'architecture, le visible et les formes étaient tout, l'alpha et l'oméga de la civilisation. En 1928, il contribue à fonder les CIAM (les " Congrès
Internationaux d'Architecture Moderne ") avec un groupe international
d'architectes et d'urbanistes. Cinq ans plus tard, paraît la célèbre
" Charte d'Athènes ", manifeste prophétique jetant les fondations de
la ville nouvelle. Dans le même temps, l'œuvre bâtie de Le Corbusier
est lumineuse et exemplaire. Elle est constituée essentiellement de
maisons individuelles, pures, simples, toujours très neuves dans l'invention
des espaces. Il théorise aussi une sorte de catéchisme, les cinq points
de l'architecture moderne : pilotis, toit-terrasse, façade libre, fenêtre
bandeau, et plan libre individualisant chaque étage. Peu à peu, il est
reconnu comme un maître. Pourtant, après la guerre, il n'est pas appelé à la reconstruction de la France comme il le souhaiterait. Ses compromissions avec Vichy ont dû compter : de toute façon, " l'Ordre des Architectes " le rejettera toujours. Il obtient tout de même quelques commandes, grâce à des personnalités telles que Nehru, Claudius-Petit ou le Père Couturier. Ainsi verront le jour ses œuvres les plus généreuses. Il traite d'une façon unique le béton : il lui trouve cette vivante irrégularité de la pierre romane. Marqué par Oscar Niemeyer et ses courbes de la chapelle de Pampulha, il s'écarte de l'angle droit et étonne brusquement avec la chapelle de Ronchamp et l'extraordinaire couvent d'Eveux-sur-Arbresle. Après " l'unité d'habitation de grandeur conforme " de Marseille, il en construit d'autres à Nantes ou à Briey. En 1957, il édifie la Maison du Brésil à la Cité universitaire de Paris et, en 1961, avec José Luis Sert, le centre des arts visuels de l'université Harvard à Cambridge (États-Unis). À partir de 1950, sur toute la planète, on a désormais l'impression de voir appliqués, maladroitement, les principes de la " Charte d'Athènes ". Est-il légitime d'attribuer à Le Corbusier tous les maux associés à cette phase d'explosion urbaine, en lui imputant les simplismes pratiqués alors ? Ou a-t-il simplement su anticiper et extrapoler des évolutions nécessaires, efficaces, inévitables face aux problèmes immenses qui apparaissaient ? Des villes ont grossi de 1000 personnes par jour ! De fait, Le Corbusier concentre encore sur son nom l'aversion du grand public pour l'architecture moderne, identifiée à la boîte, à la répétition, à la tristesse, alors qu'il reste un " fondateur " reconnu par la plupart de ses confrères. On dirait qu'il symbolise le fossé entre le public et l'architecture
du béton, probablement parce qu'il en a théorisé les aspects collectivistes,
normatifs et universels. Le Corbusier symbolise la rencontre entre deux
passions : celle de l'ordre, qui le pousse à diriger, à agrandir, à
normaliser, à équarrir, à voir ; celle de l'émotion , qui l'incite à
regarder, à habiter, à concevoir une petite maison pour sa mère, à aimer
les rondeurs des montagnes et les " courbes généreuses des corps de
femmes ", à être ébloui par la lumière de la Méditerranée, à peindre
tous les matins de sa vie.
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