Célébrations nationales 2002
 
~ Littérature et sciences humaines ~

Alexandre Davy de la Pailleterie dit Alexandre Dumas
Villers-Cotterêts, 24 juillet 1802 - Puys (Seine-Maritime), 5 décembre 1870

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Alexandre DumasAlexandre Dumas
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ALEXANDRE LE MAGNIFIQUE

"Ce siècle avait deux ans … " Le vers fameux de Hugo ne s'applique pas qu'à lui-même : Alexandre Dumas est né le 24 juillet 1802 à Villers-Cotterêts. Fils d'un général républicain, orphelin de bonne heure, élevé par sa mère grâce au maigre produit d'un bureau de tabac, ses études se réduisent à quelques rudiments enseignés par le curé. À quinze ans, devenu troisième clerc chez un notaire, il ne rêve que littérature. Il part pour Paris où, grâce à la protection du général Foy et à sa belle écriture, il obtient un poste d'expéditionnaire dans les bureaux du duc d'Orléans.

L'un de ses camarades lui repète : " Après Walter Scott, la France attend le roman historique ". Alexandre prend l'avertissement au sérieux et se met à lire - à dévorer plutôt - Joinville, Froissart, Montluc, L'Estoile, Retz et Saint-Simon. L'histoire de Christine de Suède lui inspire sa première pièce : une reine, un favori, la trahison, la vengeance, tout s'y trouve déjà des thèmes chers au romantisme encore dans les limbes. La forme aussi : Alexandre refuse les vers classiques et les trois unités emprisonnent ce tempérament violent.

Le jeune auteur parvient à être reçu par le baron Taylor, commissaire du roi chargé de la Comédie française qui, plongé dans sa baignoire, écoute avec un enthousiasme grandissant la lecture du manuscrit. La pièce est reçue sur-le-champ. Las ! la censure interdit la représentation de l'ouvrage. Dans la même veine, Dumas écrit aussitôt Henri III et sa cour que les Comédiens français reçoivent par acclamations. La générale du premier drame romantique de l'histoire est un triomphe. Quand l'acteur Firmin paraît pour nommer l'auteur, l'élan est tel que le duc d'Orléans écoute, " debout et découvert ", le nom de son employé, devenu en trois heures l'un des hommes les plus célèbres de son temps. Dans la voie indiquée par Dumas, Hugo et Vigny s'engouffreront bientôt. Suivra Antony, né d'une idée plus romantique encore : pour sauver l'honneur de sa maîtresse, l'amant la tue au moment où le mari va les surprendre et, quand celui-ci survient, prononce cette réplique mémorable : " Elle me résistait. Je l'ai assassinée ".

Dès lors, Alexandre Dumas s'intègre si bien à son époque qu'il finit par l'incarner à nos yeux. Il faut lire dans ses merveilleux Mémoires le chapitre qu'il consacre à la révolution de 1830. On dirait qu'il a tout orchestré pour chasser seul Charles X du trône et seul introniser Louis-Philippe.

Lui-même fut toujours persuadé que, s'il passait à la postérité, ce serait par son théâtre. Considérant que ses romans n'étaient qu'un moyen de gagner beaucoup d'argent - qu'il dépensait d'ailleurs aussitôt - , il croyait qu'on les oublierait aussi vite.
L'avenir lui a donné tort. On ne joue plus guère ses pièces tandis que les Trois Mousquetaires sont entrés dans le panthéon des œuvres universelles.


Le romancier Alexandre Dumas est né d'un événement - la rencontre avec son collaborateur Auguste Maquet - et d'un phénomène : la naissance en France de la grande presse qui achète, souvent à prix d'or, la première publication en feuilleton des œuvres des écrivains célèbres. Maquet a apporté à Dumas l'esquisse d'un roman, Dumas en a tiré un livre nouveau, le Chevalier d'Harmenthal.
Sa réussite est éclatante. Suivront cent romans : la suite des Mousquetaires, le Comte de Monte-Cristo, la Reine Margot, la Dame de Monsoreau, les Quarante-Cinq, Joseph Balsamo et tant d'autres parmi lesquels des millions de lecteurs n'auront que l'embarras de choisir. Il mêle avec une aisance fabuleuse des personnages sortis de son imagination à d'autres parfaitement historiques : " Qu'est-ce que l'histoire ? Un clou auquel j'attache mes romans ! " Plaisir à l'état pur, ces romans n'ont pas pris une ride après un siècle et demi. " Il couvre d'immenses toiles, a dit Sainte-Beuve, sans fatiguer jamais ni son pinceau, ni son lecteur. " A Dumas, on peut appliquer ce que lui-même a écrit de Charles Nodier : " Quand il ne savait pas, il inventait, et ce qu'il inventait, il faut l'avouer, était bien autrement probable, bien autrement coloré, bien autrement poétique, bien autrement ingénieux et, j'oserais dire, bien autrement vrai que la réalité. " Si l'œuvre de Dumas a donné tant de joie, c'est qu'elle a été enfantée dans la joie.
En bras de chemise et en pantalon blanc, été comme hiver, de jour et de nuit, suant, soufflant, le bon géant est au travail. Il vit avec ses personnages.

Un jour, son fils le trouve en larmes : " Porthos est mort, explique-t-il. J'ai été obligé de le sacrifier. " Dumas était fait pour les trompettes de la victoire ; les défaites de la guerre franco-prussienne lui portent un coup très rude. Son fils le voit arriver chez lui, littéralement à bout de force :" Je viens mourir chez toi. " Le 5 décembre 1870, il rend à Dieu sa grande âme chaleureuse. Dès qu'il connaîtra cette mort, Victor Hugo écrira : " Aucune popularité en ce siècle n'a dépassé celle d'Alexandre Dumas. Ses succès ont l'éclat de la fanfare. Ce qu'il sème, c'est l'idée française.
Alexandre Dumas séduit, fascine, intéresse, amuse, enseigne. De tous ses ouvrages si multiples, si variés, si vivants, si charmants, si puissants sort l'espèce de lumière propre à la France".

Alain Decaux
de l'Académie française,
président (1971-1997)
et président d'honneur de la Société des Amis d'Alexandre Dumas


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