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Guglielmo Marconi est une figure représentative
de l'inventeur-entrepreneur de la fin du XIXe siècle et du début
du XXe siècle, de cette période charnière où
les inventeurs, des bricoleurs souvent autodidactes, à la tête
de petits ateliers, laissent la place aux entreprises collectives rassemblant
ingénieurs, scientifiques et techniciens dans des laboratoires
de recherche.
Les premières transmissions par ondes de messages morse sont
expérimentées de façon simultanée et indépendante
- schéma classique en histoire des techniques - en deux lieux
bien différents : en Russie, par Alexandre S. Popov, professeur
de physique à l'École des torpilleurs de Cronstadt, en
Italie par Guglielmo Marconi, dans la villa bolognaise de ses parents.
Tous deux utilisent des dispositifs assez proches - des émetteurs
issus de ceux de Hertz, des récepteurs munis d'un tube à
limaille de type Branly et reliés à des fils servant d'antenne.
Le destin de ces deux inventeurs, fortement déterminé
par leurs conditions de travail et leur lieu de vie, sera bien différent.
Fils d'un entrepreneur italien aisé et d'une mère irlandaise,
originaire d'une riche famille, les Jameson, négociant en whisky,
le jeune Marconi a su tirer le meilleur parti d'une situation bien favorable
: des moyens financiers familiaux importants pour lancer sa propre entreprise,
des lettres d'introduction lui permettant, à son arrivée
à Londres en 1896, de nouer rapidement des relations décisives
avec un excellent expert en brevet, avec le puissant ingénieur
en chef du Post Office, avec les milieux d'ingénieurs et d'électriciens
britanniques en conflit ouvert avec les physiciens maxwelliens, ses
principaux concurrents, avec la Royal Navy et une grande compagnie maritime,
la Lloyd, sans oublier la disposition d'un yacht personnel, pièce
maîtresse d'un " marketing " efficace (premières
retransmissions " en direct " de courses au large).
Tous ces facteurs vont concourir, directement ou indirectement, à
son succès : en déterminant son terrain d'expérimentation,
les océans, très favorable aux essais, en soutenant son
entreprise par des commandes, par des démonstrations publiques
spectaculaires, par des aides techniques
Il est pourtant une " qualité " dont seul Marconi semble
doté : une détermination quasi obsessionnelle, une "
foi " en sa capacité à établir des liaisons
sur des distances toujours plus longues, malgré les obstacles
naturels (la rotondité de la Terre), malgré des élaborations
mathématiques décourageantes : la portée de ses
transmissions passe de 2 à 54 kilomètres entre 1897 et
1898, traverse la Manche en 1899, d'autres mers par la suite.
S'associant en 1899 les services d'un excellent expert en ingénierie
de puissance électrique, J. A. Fleming, Marconi lance dans le
plus grand secret et malgré l'opposition initiale des directeurs
de la Marconi's Wireless Telegraph Compagny, son projet de liaison transatlantique,
un défi : sauter sans essai intermédiaire d'une liaison
de 200 km, déjà testée, à une transmission
sur plusieurs milliers de kilomètres.
Marconi entre dans la légende des plus grands inventeurs en assurant
avoir détecté les 12 et 13 décembre 1901, à
Newfoundland (Canada), les trois lettres " S " émises
depuis sa station de Poldhu (Angleterre). Associée au nom de
Marconi, la télégraphie sans fil s'impose alors au monde
entier.
Michel Atten
directeur des collections historiques de France Télécom
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