célébrations Nationales 2000
Préface
par Jean Favier


Célébrations nationales 2001

Il en va de la Nation comme des familles où l'on souffle les bougies : les anniversaires ne sont pas seulement prétexte à mesurer le temps qui passe, ils sont l'occasion qu'on se donne d'un souvenir et d'une identité que l'on a en commun. On fête l'anniversaire parce qu'on ne pense pas tous les jours à dire qu'on n'oublie pas. Les Célébrations nationales, c'est simplement la mise en œuvre de ce besoin que nous éprouvons d'une réflexion de la France sur cet héritage qui l'a faite ce qu'elle est.

Car ce pays, la France, que César commençait de définir et qu'ont chanté pendant deux mille ans les poètes, elle est le fruit de l'histoire. Elle est ce qu'ont voulu les hommes sans savoir à chaque instant qu'ils édifiaient une nation. Elle est l'ensemble de ces images souvent naïves et parfois complexes, en quoi se reflète l'idée que chacun s'est faite de ce qu'il avait apporté et de ce qu'il devait à ses devanciers.

Il y a beaucoup de fausses images dans notre souvenir historique, et il n'est pas inutile de débrouiller les écheveaux. Le Christ n'est né ni en l'an zéro ni en hiver, et c'est pourtant Noël. Vercingétorix reste le héros national, et nous nous glorifions cependant de notre latinité.
Dans leur village, mes ancêtres n'ont pas pris la Bastille, et ne savaient pas qu'il était une Bastille, laquelle Bastille ne gardait que des privilégiés, et c'est pourtant le 14 juillet, qui n'est pas l'anniversaire de la prise de la Bastille mais celui de la Fédération. Nous gardons le souvenir de la création du Sacre du Printemps alors que nombre d'entre nous eussent sifflé s'ils avaient été là. N'oublions pas que la tour Eiffel n'était ni achevée à la date prévue ni destinée à durer, et qu'on a longtemps pétitionné pour sa démolition.

De Gergovie aux taxis de la Marne, des noms retrouvent vie par la grâce de ceux qui, un jour d'anniversaire, leur rendent leur substance. Et il est juste de rappeler que Koufra et Bir Hakeim ne sont pas de simples noms de lieux lointains, ce sont aussi des moments de l'honneur de la France.

Il est en revanche, des souvenirs plus limpides, celui de Jeanne d'Arc s'identifiant à la Nation, celui des cloches sonnant, un soir du 24 août, la libération de Paris. Il en est de plus clairement douloureux, comme celui de la rafle du Vel d'Hiv.

Bien sûr, il n'est pas nécessaire que cent ou mille ans soient très précisément écoulés pour que nous nous souvenions de ceux qui ont part à notre histoire, de ces événements qui peuplent nos mémoires, de ces œuvres qui nourrissent ou ont nourri notre esprit, des jours heureux ou dramatiques qui furent le lot des autres et parfois le nôtre propre.
Peut-être l'historien est-il plus sensible que d'autres à ce signe qu'est une date. Mais qui oserait dire qu'il n'a pas, quand revient un quantième qui s'est ancré de son esprit, cette remontée du temps qui le replace en un moment vécu ou un moment connu ? Chacun cultive en son jardin secret les noms, les lieux, les œuvres auxquels il se sent lié par élection. Le propre d'un jardin secret, c'est qu'il n'obéit pas aux normes. Encore est-il bon de partager le jardin de tous et, pourquoi pas, d'y voir clair sur ce passé qui nous lie.

Partager... Je ne peux oublier ce touriste venu de fort loin qui, alors que je regardais le ciel d'Ile-de-France changer sur l'admirable bassin d'eau que l'on découvre du pont du Carrousel, me demanda maladroitement : " Pont Mirabeau ? ". Je l'aidai à trouver ce qu'il cherchait, Apollinaire et ses amours.

Alors, il était bien du devoir de l'État d'aider à cette prise de conscience, de tenir la feuille de ces moments où nous pouvons nous rencontrer avec notre commune mémoire. Pour les fidèles, c'est le moment rêvé. Pour les autres, ce peut être celui d'une découverte. Bien des noms, bien des dates, qui n'étaient pour l'un ou l'autre que cela, prennent soudain vie. Battre le rappel à la mémoire est un service public, puisque chacun y trouve son compte.

Je l'ai répété sans relâche pendant quelque vingt ans où j'ai été, à un titre ou à un autre, en charge des Célébrations nationales, la naissance et la mort ne sont pas les seuls moments qui, dans l'histoire générale qui est l'histoire d'autrui, retiennent notre attention.
La bataille d'Hernani m'importe plus que le premier vagissement de Victor Hugo, la mort de Berlioz a laissé moins de traces que son exaltation à la première parisienne de la Neuvième de Beethoven, et Pasteur me semble plus grand par sa victoire sur la rage que par le marbre de la crypte où on l'a glorifié. Naissance et mort ne sont que des occasions d'évoquer en leur ensemble un destin, une œuvre ou un ouvrage en particulier, un rayonnement qui fut essentiel en un temps ou qui demeure pour toujours.
Et nous ne négligeons pas ces anniversaires d'un trait de lumière qui illumine encore notre monde, ou celui de nos voisins.

L'ouvrage que voici ne veut être que ce nécessaire rappel à la mémoire. Ce sont des jalons que l'on égrène là. Vous souvenez-vous qu'il y a deux cents ans...
Aviez-vous pensé qu'il y a cinq cents ans... ? Saviez-vous que ce moment qui fut décisif pour nous, pour vous, pour autrui, bouleversait notre histoire par une chaude journée comme celle-ci ou par une sombre soirée d'hiver comme celle-là. Vous rappelez-vous que le soir n'en finissait pas de tomber quand les chars de Leclerc atteignaient l'Hôtel de Ville ? Joignez-vous donc, le temps d'une pensée, d'un colloque, d'un concert ou d'une visite, à ceux qui n'avaient pas oublié !

Jean Favier
membre de l'Institut
président de la Commission française pour l'UNESCO
membre du Haut Comité des célébrations nationales


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