|
1ère remise des prix Nobel
10 décembre 1901

Wilhelm Conrad Röntgen recevant le prix Nobel
de physique, 1901
© The Nobel Foundation
Alfred Nobel, ingénieur suédois et
créateur des prix qui portent son nom, est né en 1833.
Il étudie brièvement la chimie à Paris dans les
années 1850 et met au point la dynamite en 1866 au cours d'un
séjour en Allemagne. En 1873 il acquiert un hôtel particulier
à Paris, où il habitera plus de vingt ans. Il fait construire
dans le jardin un laboratoire ainsi qu'une serre à orchidées
et importe des chevaux russes qu'il fait atteler pour des promenades
au bois de Boulogne. Il entretient des relations d'amitié avec
Victor Hugo et d'autres écrivains et fréquente le célèbre
salon de Juliette Adam, faubourg Poissonnière. En 1873 également,
A. Nobel ouvre avec un associé français sa première
usine de dynamite à Paulilles, dans les Pyrénées-Orientales.
À sa mort il possédera sept usines en France.
En 1887 il invente la balistite, ou poudre de nitroglycérine
sans fumée, mais l'administration française des poudres
et salpêtres refuse d'en acheter les droits, car elle se sent
couverte par ses propres produits. A. Nobel vend les droits de la balistite
au gouvernement italien, ce qui provoque une violente campagne de la
presse française contre lui et une inspection mouvementée
de son second laboratoire, à Sevran, par la police. Laissant
sa maison parisienne en l'état, A. Nobel part habiter San Remo
en 1891. Quand la campagne de presse contre lui a cessé, il revient
souvent à Paris et est invité plusieurs fois chez le président
de la République Jules Grévy, entre autres.
A. Nobel passe l'automne 1895 à Paris et y écrit la version
finale de son testament. Il est certifié par quatre témoins
au Cercle suédo-norvégien, qui est maintenant au 242 rue
de Rivoli et où se trouve encore le bureau sur lequel cela a
été fait. Sans les avoir consultées, A. Nobel nomme
quatre institutions suédoises et une norvégienne pour
décerner ses prix " à ceux qui, au cours de l'année
écoulée, ont rendu à l'humanité les plus
grands services " : l'Académie royale suédoise des
sciences pour les prix de physique et de chimie, Karolinska Institutet
(faculté de médecine de l'université de Stockholm)
pour le prix de physiologie ou médecine, l'Académie de
Suède pour le prix de littérature et un comité
de cinq personnes élues par le Parlement norvégien pour
le prix de la paix. La répartition entre institutions suédoises
et norvégienne est liée au fait qu'en 1895 la Suède
et la Norvège ne forment qu'un seul royaume. Après l'indépendance
de la Norvège en 1905, le comité du Parlement norvégien
continue à décerner le prix de la paix. A. Nobel meurt
le 10 décembre 1896 laissant une fortune d'environ un milliard
de francs actuels mais le testament, contesté par beaucoup, n'est
accepté qu'en 1900 avec la création de la Fondation Nobel
et après de longues négociations avec chacune des institutions
nommées dans le testament.
Selon les règlements, les nominations aux prix peuvent être
faites par les membres suédois et étrangers des Académies,
les cinq membres des comités Nobel de chaque institution, les
lauréats précédents, les professeurs d'universités
scandinaves et étrangères et des personnes que chaque
institution choisit. Les propositions doivent parvenir aux comités
avant le 1er février, pour décision la même année.
Les comités doivent remettre une liste sélective de quelques
noms à leur institution avant le 1er octobre et le vote doit
avoir lieu avant le 15 novembre. Les prix sont remis aux lauréats
à Stockholm et Oslo le 10 décembre, jour anniversaire
de la mort d'A. Nobel. Le rituel de la cérémonie de remise
des prix, du banquet Nobel qui y fait suite, du dîner chez le
roi, de la soirée chez l'ambassadeur et des discours des lauréats
a peu changé depuis 1901.
Sur les sept cents prix Nobel décernés, la France en a
reçu quarante-sept : onze de physique, six de chimie, huit de
physiologie/médecine, treize de littérature, dix de la
paix et un d'économie, prix fondé en 1968 par la Banque
de Suède, à l'occasion de son tricentenaire, et décerné
par l'Académie royale suédoise des sciences. Marie Curie
est encore aujourd'hui le seul lauréat dans deux disciplines
scientifiques différentes, de physique en 1903 et de chimie en
1911. Par le sérieux qui entoure les délibérations
et les choix, par l'importance financière du prix (environ six
millions de francs) et malgré des " grands absents "
parmi les disciplines et les lauréats, les prix Nobel restent
la plus grande récompense internationale.
1. Publié par les Uppsala Studies in History
of Science et distribué en France par la librairie Blanchard.
Karin Blanc
Auteur de Marie Curie et le Nobel
|