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On imagine mal aujourd'hui l'influence qu'a exercée
André Gide pendant près d'un demi-siècle par le
seul pouvoir de l'écriture. Certes il y a eu, avant lui et après
lui, d'autres maîtres, à penser, à sentir, à
agir - de Voltaire à Sartre, de Barrès à Aragon,
de Hugo à Péguy. Mais aucun n'a marqué si constamment,
si durablement les esprits, notamment celui des jeunes générations,
si différentes pourtant, qui se sont succédées
entre la veille de la première guerre mondiale et le lendemain
de la seconde. Gide a été, selon la formule célèbre,
" le contemporain capital ".
Rien pourtant qui prédisposât ce fils d'une riche et austère
famille protestante à devenir un personnage public. Timide, renfermé,
maladivement nerveux, narcissique, le jeune homme qui fait ses premiers
pas dans la carrière littéraire en 1889 est une âme
blessée et fragile, une de ces langoureuses fleurs fin-de-siècle
proches de l'anéantissement. Il faudra la révélation
quasi-mystique du Sud, du soleil d'Afrique du nord et de sa différence
sexuelle pour que l'écrivain débutant transmue son mal
de vivre en énergie de libération et en quête de
bonheur et d'authenticité. Ce sont Les
Nourritures terrestres (1897) dont des milliers de jeunes gens
feront, plus tard, leur livre d'apprentissage et de liberté.
Plus tard : jusqu'en 1909, jusqu'à La Porte étroite,
Gide demeurera un écrivain confidentiel, publiant à compte
d'auteur et dont la réputation littéraire se limite au
cercle de ses confrères.
Parmi ces derniers, il est déjà reconnu comme le meilleur,
le chef de file d'une génération désireuse de sortir
des querelles d'école et de chapelles qui ont marqué la
fin de siècle pour imposer, non pas une nouvelle secte ou une
nouvelle doctrine, mais une conception intransigeante de la qualité
littéraire, à l'exclusion de toute autre considération.
C'est ainsi que Gide, entouré de ses amis, fonde en 1909 La
Nouvelle revue française qui devait, pendant un demi-siècle,
attirer, encourager, révéler, susciter la quasi totalité
des grands écrivains d'une époque riche entre toutes de
notre littérature.
" Assumer le plus possible d'humanité, voilà la bonne
formule " : chez Gide la littérature et la vie ne se séparent
pas, elles se nourrissent l'une de l'autre. Gide vit pour écrire
: les expériences qu'il tire de son inextinguible curiosité,
ses lectures, ses voyages, ses enthousiasmes, ses dépressions,
les atermoiements de son esprit, les explosions de sa sensibilité,
les subtilités chatoyantes de son intelligence, tout cela est
du suc dont il nourrit sa ruche d'écrivain. Mais Gide écrit
pour vivre : rien de ce qui lui arrive n'a de sens s'il ne trouve pas
sa forme dans l'écriture : c'est à cette condition que
la vie peut aussi devenir une uvre d'art. L'esthétique
est une morale.
On a beaucoup vanté la phrase gidienne, son parfait équilibre
entre clacissisme et modernité, entre culture et invention, entre
musicalité et rationalité, gravité et ironie. Cette
fameuse musique gidienne, si séduisante - diabolique, disaient
les ennemis de Gide - a fait un peu oublier l'audace et la rudesse des
engagements de l'auteur de Retour de l'URSS.
Gide n'était pas un " politique " ; mais son désir,
évangélique, de voir l'humanité se libérer
des chaînes du mensonge et de l'hypocrisie qui la cachent à
elle-même, l'a entraîné vers un militantisme qui
n'était pas seulement spirituel : " écrire, c'est
manifester ".
Qu'il s'agisse du tabou de l'homosexualité (Corydon,
1924), des injustices du système colonial (Voyage au Congo,
1927), ou de sa sympathie active pour le communisme (il dirige Commune,
la revue des écrivains révolutionnaires, avec Henri Barbusse,
Romain Rolland et Paul Vaillant-Couturier), Gide se jette dans la mêlée
et devient, pour l'opinion conservatrice, le traître, le démoralisateur
de la jeunesse, le mauvais génie de la littérature. Il
lui suffit au retour d'un voyage triomphal dans l'URSS de Staline, de
dresser un bilan sans fard de la dictature soviétique (Retour
de l'URSS, 1936) pour se faire à gauche autant d'ennemis
qu'il s'en était fait à droite.
Dans une période où s'affrontent les dogmes autant que
les nations, les livres de Gide, romans, essais, pièces de théâtre,
articles critiques, journal, mémoires, témoignent des
vertus conjuguées d'une liberté sans limite de la pensée
au risque constant de l'erreur, de la rectification, de la nuance et
de l'hésitation - et d'une rigueur millimétrique de l'expression.
Comme si chez ce protestant converti à un paganisme spirituel,
les lois de la langue s'étaient substituées aux tables
de Moïse. Une liberté et une rigueur qui le poussent aussi
à refuser les honneurs et les consécrations académiques.
En 1947 néanmoins, André Gide reçoit le prix Nobel
de littérature. L'âge a-t-il dissipé l'odeur de
soufre, ou bien, plus probablement, le jury suédois a-t-il enregistré,
au lendemain d'une catastrophe qui a atteint l'idée même
d'humanité, l'accent unique d'une voix qui s'élevait au-dessus
des tragédies pour affirmer obstinément le devoir de bonheur
?
Gide ne voulait pas croire à l'histoire : il y voyait un lien
- encore un - dont il convenait de se défaire pour accéder
à l'essentiel : la pleine réalisation de soi. Par un paradoxe
dont il goûtait l'ironie, l'écrivain de toutes les ruptures
et de toutes les inquiétudes, a été salué
dans les dernières années de sa vie comme le plus classique
de nos écrivains modernes. Le grand continuateur d'une tradition
de la prose française qui commence avec Montaigne, se poursuit
avec Pascal et se charge avec Diderot d'une énergie nouvelle.
Il convient sans doute aujourd'hui de redécouvrir
l'autre côté de l'uvre : Gide est aussi le plus moderne
de nos écrivains classiques. Il a inventé de nouvelles
formes narratives (Les Faux-Monnayeurs,
1925), ouvert la littérature française aux grands courants
européens, encouragé et aiguillonné les talents
les plus neufs, tracé les perspectives morales les plus audacieuses.
Il nous reste aussi à redécouvrir la dimension religieuse
de ses livres. Sartre, que bien des choses séparaient de Gide,
écrivait en 1951, au lendemain de sa mort : " Ce que Gide
nous offre de plus précieux, c'est sa décision de vivre
jusqu'au bout l'agonie et la mort de Dieu. " Non pas de manière
abstraite et en maniant des concepts, mais en éprouvant sans
cesse sa relation à Dieu et aux religions au plus vif de son
existence et de son écriture. " Il a vécu pour nous,
écrivait Sartre, une vie que nous n'avons qu'à revivre
en le lisant.
Gide est un exemple irremplaçable
parce qu'il a choisi de devenir sa vérité. "
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Programme des manifestations
Ile-de-France
Paris 2-3 mars 2001
" André Gide et l'écriture
de soi ", colloque international, Palais du Luxembourg, salle Gaston-Monnerville,
placé sous les auspices de l'Association des amis d'André
Gide et du centre d'études gidiennes ; organisé par M.
Pierre Masson, professeur à l'université de Nantes, Alain
Goulet, professeur émérite à l'université
de Caen et M. Jean Claude, professeur à l'université de
Nancy II.
29 mars de 14 h à 18 heures
Après-midi d'étude sur le thème
" André Gide mort ou vif " : Gide ou la mort surmontée
(Pierre Marsole - université de Nantes) L'écrivain au
travail (Alain Goulet - université de Caen) Les amitiés
épistolaires (Claude Martin - université de Lyon 2) L'uvre
ultime (Martine Segaert - université de Bordeaux 3).
Lieu : BNF, site François Mitterrand, hall est, petit auditorium.
Languedoc-Roussillon
Uzès (30)
" André Gide : un homme libre ",
ensemble de manifestations en hommage à André Gide :
20 février et le 25 avril 2001 :
(du mardi au samedi de 15 à 18 h, le mercredi et le samedi de
10 à 12 h et de 15 à 18 h)
Exposition : " Visages d'André Gide : d'André Walter
à Thésée. L'enfance, le poète et le désert,
Madeleine, le voyage au Congo, l'homme libre, la N.R.F., le théâtre,
le grand âge. La relation au paysage : " Un petit mamelon
calcaire ". Livre d'artiste de Martine Lafon. Ed. Post-Rodo.
Conception : Musée Georges Borias et Médiathèque
d'Uzès. Lieu : Médiathèque d'Uzès - tél.
: 04 66 03 02 03
Mardi 20 février à 18 h 30 :
Lecture-spectacle dans l'exposition. Extraits de textes d'André
Gide avec Bernard Labbé et Gwenaël Lequeux, scénographie
de Loïc Hoguin (Déclic Théâtre). Lieu : Médiathèque
d'Uzès - tél. : 04 66 03 02 03
Mardi 27 mars de 10 h à 22 h :
Journée en hommage à Gide. Conférences - Table
ronde avec Catherine Gide, Catherine Clément, Pierre Lepape,
Pierre Masson et Bernard Pingaud. A 18 h : uvres pour piano de
Chopin par Véronique Pélissero. Lecture d'extraits des
" Notes sur Chopin " par Pierre Pélissero. Lieu : Médiathèque
d'Uzès - tél. : 04 66 03 02 03
A partir de mars :
Visites-découvertes. Parcours littéraire des lieux
qu'André Gide a aimés et évoqués dans :
Si le grain ne meurt, par une guide-conférencière agréée
par le Ministère de la Culture. Pour les groupes et sur réservation.
Office de tourisme d'Uzès et de l'Uzège - tél.
: 04 66 22 68 88
Avril
Lecture : Et nunc manet in te et autres
textes d'André Gide par un comédien, mise en scène
de Josanne Rousseau (La Traverse). Lieu : Médiathèque
- tél. : 04 66 03 02 03
Vendredi 8 juin à 18 h 30
Concert : Souviens-toi d'Uzès Nathanaël,
uvres pour piano et violoncelle de musiciens contemporains d'André
Gide : Richard Strauss, Maurice Ravel, Gabriel Fauré, Claude
Debussy, Francis Poulenc. Par Gérard Leclerc, violoncelliste
et Muriel Slatkine, pianiste au Club Actuelles, Mas des Poiriers - tél.
: 04 66 22 16 41
Renseignements auprès de l'office du tourisme d'Uzès et
de l'Uzège - tél. : 04 66 22 68 88
Autres
- Sortie d'un nouveau volume chez Gallimard dans
la " bibliothèque de la Pléiade " : Souvenirs
et récits de voyages de Gide sous la direction de Pierre Masson.
- Portfolio consacré à A. Gide sous la direction de M.
Marc Damare, professeur à l'université de Paris III réalisé
par l'Association pour la diffusion de la pensée française
en liaison avec la division de l'écrit et des médiathèques
du ministère des affaires étrangères (direction
générale de la coopération internationale et du
développement).
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