Célébrations nationales 20002000

Dominique-Vivant Denon
Chalon-sur-Saône, 4 janvier 1747 - Paris, 27 avril 1825

Dominique-Vivant-Denon
Dominique-Vivant Denon.
Denon dessinant les ruines d'Heriakonpolis
© Londres, British Museum

Personnalité aux multiples facettes, Dominique-Vivant Denon est l'une des figures marquantes du monde des arts à la fin de l'Ancien Régime et durant l'Empire. Diderot, Voltaire, Robespierre, Joséphine de Beauharnais, Bonaparte... sont autant de personnages célèbres qui jalonnent sa vie. Traversant tous les régimes, ce dessinateur, graveur, écrivain fut aussi diplomate, collectionneur, directeur général des Musées, dont le musée Napoléon (aujourd'hui musée du Louvre) qu'il a profondément marqué de son empreinte. Le musée du Louvre rend hommage, dans une grande exposition (oct. 1999 - janv. 2000), à la personnalité et à l'œuvre de cet homme hors du commun.

Heureux dans la vie, telle est du moins l'image que Dominique-Vivant Denon, dit de Non puis Vivant-Denon, enfin baron Denon, a souhaité laisser. Elle lui fut fatale. La postérité n'aime pas les hommes heureux. Elle préfère les vies tourmentées, les orages de la passion, la guillotine et les actes héroïques, surtout lorsqu'ils sont habilement mis en scène par ceux qui les ont commandés. Elle accorde sa préférence aux monomanes. Ceux qui, dans leur existence, n'ont qu'une passion, une idée fixe, écrire, peindre, gagner des batailles, les femmes, que sais-je encore... Elle n'est guère favorable aux touche-à-tout, fussent-ils de génie.

La seconde imprudence de Denon peut surprendre. Pourquoi n'a-t-il pas écrit ses mémoires ? Le talent ne lui manquait pas. Sa plume est alerte, primesautière, il a le sens du récit, nous songeons à Point de lendemain comme au superbe Voyage dans la Basse et la Haute-Egypte. Qui lit Casanova - le rapprochement n'est pas totalement fortuit - hésite entre l'intérêt documentaire et la qualité littéraire. N'en eût-il pas été de même pour Denon ? S'il n'a pas laissé de souvenirs - et comment croire qu'il n'y ait pas songé - c'est qu'il ne l'a pas voulu. N'en savait-il pas trop - qu'on veuille bien me pardonner l'expression ? Mais une autre raison peut fournir la réponse. Denon est un homme d'action, un homme pratique, un organisateur.

La retraite lui laissa des loisirs. Il eût pu les utiliser pour écrire, lui qui s'était avéré un épistolier hors pair, charmant et souvent brillant. La matière ne lui aurait pas manqué, lui qui avait côtoyé, pendant un demi-siècle, tout ce qui comptait, tous ceux qui comptaient en Europe et dans tous les domaines, des Lettres - Voltaire, Stendhal, Diderot ou Goethe - à l 'Histoire - Louis XV, Frédéric le Grand, Robespierre -, des Arts aux Sciences. Crut-il qu'il avait suffisamment marqué son temps, qu'il avait été suffisamment remarqué pour que d'autres se fassent ses biographes et se substituent en quelque sorte à lui ? Il n'était nullement hostile à sa publicité personnelle, à son "image de marque", lui qui aima se faire représenter par quelques-uns des artistes les plus célèbres de son temps, Prudhon bien sûr mais Greuze, Lefèvre, tant d'autres, d'Augustin de Saint-Aubin à Isabey, de Peale à A.E. Fragonard, de Chaudet à Bosio.

Denon, si fin, si habile, a-t-il manqué de flair et oublié l'adage "On n'est jamais si bien servi que par soi-même" ou ne tint-il pas à livrer ses secrets ? A-t-il craint les jugements de la pooostérité ou de ceux-ci ne se préoccupait-il pas ? Il tomba dans l'oubli et ne survécut - ce choix, qu'il ne pouvait prévoir, ne lui aurait pas déplu - que par une porte du Louvre et par un petit roman galant, régulièrement réédité et dont la paternité lui fut régulièrement contestée. C'est peu pour une vie parmi les vies les plus passionnantes d'une époque qui en compta beaucoup, c'est peu pour une œuvre immense et qu'on ne peut négliger quel que soit le domaine qu'elle aborde - le dessin, la gravure, le récit de voyage, la diplomatie, la collection..., c'est peu pour celui qui voulu construire "le plus beau musée de l'univers", qui le vit disparaître mais sut qu'il resterait le modèle - un modèle encore aujourd'hui - de tous les musées.

Pierre Rosenberg,
de l'Académie française
président-directeur du musée du Louvre
Extrait du catalogue de l'exposition Dominique-Vivant Denon. L'œil de Napoléon

Un article de Francis Claudon a été publié dans la brochure Célébrations nationales 1997 pour le 250e anniversaire de la naissance de Vivant Denon.

Dominique-Vivant-Denon
Benjamin Zix (1772-1811). Portrait allégorique
de Dominique-Vivant Denon Paris,
musée du Louvre © RMN - Jean Schormans

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