Célébrations nationales 20002000

Yves Tanguy
Paris, 5 janvier 1900 Woodbury (États-Unis), 15 janvier 1955


Yves Tanguy photographié par Man Ray
Tanguy photographié par Man Ray
(1890-1976) ADAGP - © Édimédia

Qualifié de "druide, guide du temps des druides du gui" par le poète éluard, le peintre Yves Tanguy fut un médium dont le langage onirique reste à décrypter. Les berceuses hypnotiques d'une "petite maman adorée" gravèrent en son cœur la légende de la ville d'Ys. Son voyage initiatique et mystique commença dès l'enfance, en Bretagne, à Locronan, cité des tisserands de la marine à voile, trame où se nouèrent les fils de sa destinée. Fasciné par l'éclairage crépusculaire du bourg, il visionnait au travers d'un verre fumé des présences insolites, des êtres larvaires qui apparurent dans ses tableaux marins.

L'enfant s'évadait déjà par la lecture de Jules Verne. La mer devint une obsession. Il rêvait d'y plonger à la suite du capitaine Nemo. Il dessinait des grottes, des hydres, des anémones, des algues bleues et roses, une faune ondulante, grisante. Il se passionnait pour Jérôme Bosch et Léonard de Vinci. Poursuivant la quête de l'étrange, il fit une escapade à Chambord lors d'une visite à Blois en 1913. Dans son atelier de Woodbury, en 1947, il m'expliquait comment cette expérience éprouvante dans la chambre du roi l'avait marqué. Il avait trouvé son "Palais de Rêves", à l'instar de Segalen. Montant par l'escalier hélicoïdal de Vinci vers les terrasses du château, il retrouvait ses fantômes, ses cadavres exquis de Mille et une Nuits dans la clarté d'une Lune Noire.

Envouté par le clair-obscur de Vinci, il s'essaie à peindre "à l'aveugle" au travers d'un miroir. Par la suite, il devait utiliser la gouache pour obtenir des effets de glacis d'une transparence nacrée, irradiant une vapeur d'ivoire, la luminance des couchés de soleil des plages bretonnes où il guettait son Rayon vert.

Se transformant en "voyant rimbaldien", sa vie fut jalonnée de rencontres fatidiques. Durant son service militaire à Lunéville, il sympathisa avec Jacques Prévert, puis avec Marcel Duhamel. Il habita, rue du Château, avec sa compagne Jeannette. Le couple tirant le diable par la queue, la couturière brodait des sacs du soir pour la haute couture avec Elsa Triolet, future égérie d'Aragon. Par égard pour sa mère, il épousa Jeannette et la famille se retrouvait l'été au Prieuré de Locronan. La bande des surréalistes y vint en nombre. André Breton fut séduit à son tour et dédia au Grand Transparent un poème prémonitoire, "la Maison d'Yves Tanguy, où l'on n'entrait que la nuit".

En pleine déprime, dressant le pavillon noir, il se droguait "pour voir" et buvait trop. Se traitant de "fils vaurien", il écrivait à sa petite maman "qu'être pauvre, c'est être seul" et se plaignait de n'avoir pas d'amis véritables. Il terminait toujours ses lettres par un dessin de sa chatte Zoum à laquelle il réservait son amitié.

Perdu dans ses "rêves et ses pièges indiens", Yves séduisit Peggy Guggenheim, qui lui organisa une exposition à Londres. Enfin, il trouva l'âme sœur au salon des Superindépendants de 1938, où exposait le peintre américain Kay Sage. Divorcée d'un prince italien, très fortunée, elle tomba sous le charme désinvolte de Tanguy. En 1939, à l'approche de la guerre, Kay retourna en Amérique, où Yves la rejoignait. Il divorça et ils se marièrent en août 1940. Ils exposèrent dans la galerie de Pierre Matisse. Fuyant l'atmosphère factice de Greenwich Village, les Tanguy achetèrent une "Town farm" dans le Connecticut, à Woodbury, où séjournèrent leurs amis européens. Sa peinture onirique et poétique changeait, il abandonnait ses gouaches nacrées. Dès 1950 apparurent des menhirs menaçants, des personnages articulés, d'étranges insectes suscitant le malaise. Son dernier tableau, La Multiplication des Arcs, présente un amas de ruines planétaires prémonitoires. Une hémorragie cérébrale allait l'emporter. Pierre Matisse jeta les cendres "d'un devin dans son élément", les abysses de la ville d'Ys.

Geneviève-Morgane Tanguy
écrivain-journaliste


Le Palais aux rochers de fenêtres (1942) Paris
musée national d'art moderne
© CNAC G. Pompidou - Photo Philippe Migeat

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