Célébrations nationales 20002000

Robert Desnos
Paris, 4 juillet 1900
Terezin (Tchécoslovaquie), 8 juin 1945


Robert Desnos
© Coll. part.
"Puissé-je rester libre et garder ma raison"
"L'Asile", Contrée.

Depuis sa mort en déportation, quand il allait avoir quarante-cinq ans, Robert Desnos n'a jamais disparu des mémoires, mais son image s'est limitée à quelques instantanés : le surréaliste aux dons exceptionnels, l'inventeur des "Chantefables" et "Chantefleurs" que les enfants des écoles continuent à interpréter avec émerveillement ; le résistant que certains qualifient d'imprudent et dont on lit encore "Le Veilleur du Pont-au-Change" ; enfin l'auteur du mythique "Dernier poème", que Desnos aurait écrit pour Youki avant de mourir, texte en réalité issu, par traductions successives, de "J'ai tant rêvé de toi". Généreux dans ses amitiés, fougueux dans ses colères, capable de moments de génie comme de chutes à l'abîme, tel apparaît Desnos au kaléidoscope des appréciations diverses.

Le vrai que comporte ce portrait ne saurait faire oublier qu'il doit être nuancé ou complété. À considérer la vie du poète, son trait dominant est sans doute son goût de la liberté. À seize ans, il prend son indépendance vis-à-vis de son père. À vingt-deux ans, il devient, selon le mot de Breton, le "prophète" du surréalisme ; toutefois il refuse assez vite les impératifs du groupe : en particulier, au nom de sa liberté d'action, il refuse d'adhérer au parti communiste, comme Breton, Aragon, Éluard, Péret, Unik ; il s'adonne, malgré les mises en garde, au journalisme. Sa rupture avec le groupe, en 1929, est sans retour.

C'est encore pour reconquérir une liberté cette fois radicalement menacée au plan collectif, que Desnos, dans Paris occupé, entre dans le réseau de résistance "Agir", le 25 juillet 1942. S'il écrit dans Aujourd'hui, journal soumis à l'occupant, c'est en y menant les artifices du double jeu, c'est en y poursuivant les antisémites Louis-Ferdinand Céline ou Pierre Pascal, rédacteur en chef de L'Appel ; c'est enfin en recueillant des informations pour son réseau. Dans "L'Épitaphe", le poète évoque pour les générations à venir cette époque de l'Occupation : "Je vivais, non déchu, mais traqué" ; et il ajoute : "J'ai vécu dans ces temps et pourtant j'étais libre". Traqué, il est pris : arrêté le 22 février 1944, il meurt le 8 juin 1945, au camp de Terezin, en Tchécoslovaquie. "En définitive ce n'est pas la poésie qui doit être libre, c'est le poète", écrivait-il en 1943 ; c'est pour cette liberté qui lui était indispensable que le poète Robert Desnos est mort.

Poète ? Il est fondamentalement inspiré par l'amour. À l'époque surréaliste, il crée ses propres figures légendaires : l'étoile et la sirène, Louise Lame et Corsaire Sanglot. Plus tard, il s'approprie les mythes traditionnels, Andromède ou Calixto, qui se chargent de portée symbolique dans les années quarante. Cette poésie d'amour reste toujours fortement érotique. Dès 1922, que dit, dans ses jeux, "Rrose Sélavy ? Évidemment qu'"Éros, c'est la vie", que "Les lois de nos désirs sont des dés sans loisir", que "Plus fait violeur que doux sens". Ainsi s'expérimente une langue de jouissance, et non de communication. Les proses lyriques de Deuil pour deuil (1924) ou de La Liberté ou l'amour ! (1927) exaltent les rêveries érotiques du narrateur.

Deux rencontres féminines jouent un rôle décisif dans la vie du poète : d'abord celle d'Yvonne George, la chanteuse dont la voix et la beauté tragique bouleversent le poète. Puis, en 1931, celle de la belle Youki Foujita, avec qui il vit une liaison orageuse. À l'amour et à la poésie, à leur lien consubstantiel, Robert Desnos n'a jamais renoncé ; seul, avec le temps, le ton évolue vers une prise plus directe sur la réalité. "J'avais rêvé d'aimer. J'aime encor mais l'amour/Ce n'est plus cet orage où l'éclair superpose/Ses bûchers aux châteaux [...]/ C'est le silex en feu sous mon pas dans la nuit [...]" ("Le Paysage", Contrée).

Dès Corps et biens (1930), Desnos revendique l'accent populaire de sa propre poésie. Proclamant contre Breton "le surréalisme tombé dans le domaine public", il s'oriente vers une poésie immédiatement partageable. L'activité radiophonique lui permet cette large communication avec les auditeurs - la T.S.F. donnant les moyens d'une culture populaire de qualité à domicile, débarrassée de tout pédantisme.

L'écriture cinématographique, la peinture font partie des domaines dans lesquels Desnos se lance non sans succès. Hors de tout préjugé, il explore et invente librement.

Paris, ville qu'il a peu quittée, est présente dans toutes ses œuvres : du quartier Saint-Merri, où le poète a grandi, au jardin du Vert Galant où il cueille des champignons, le poète parcourt et chante les merveilles de la capitale. Douleur pourtant du poète, dans ce Paris occupé : "Tu m'as pris tout le sang, Paris. A ton cou je suis ce pendu/Ce libertaire qui pleure et qui rit."

Homme de légende, esprit sans préjugés, tourné vers l'avenir, Robert Desnos garde une verdeur que traduit bien ce dernier vers de "La Ville" : "Je voudrais naître chaque jour sous un ciel neuf."

Marie-Claire Dumas
professeur émérite à l'université de Paris VII- Denis Diderot

Dominique Desanti évoque ici ses rencontres avec Desnos à travers Paris occupé :
De 1940 à 1943, à travers notre ville balafrée de croix gammées, nous poursuivions, de brocante en "puces", l'objet insolite des surréalistes. Desnos marchant ou buvant au bistrot m'offrait, cadeau inoubliable, le torrent de ses mots. Il passait de l'argot à l'élan lyrique, de la chanson à la cantate, du jeu de mots aux mots qui vous poignent. À l'entendre je comprenais l'exaltation, la transe par la parole qui l'avait, pendant les "sommeils" surréalistes, fait parler, écrire, dessiner sans en garder, m'assurait-il, aucun souvenir.
Un jour de l'été 1942, il jeta, souriant et le regard dardé : "Mine de rien, travailler chez l'ennemi, ça peut servir". Il m'annonçait ainsi qu'il était entré dans un groupe de résistance.
Une autre fois il prononça "Camarades de toutes nations présents au rendez-vous - J'ai donné rendez-vous à toute la terre sur le Pont-au-Change". Sa voix restait unie au point que rien n'indiquait d'emblée que c'était un poème.
En décembre 1943, à une rencontre dont j'ignorais bien sûr qu'elle serait la dernière, il dit : "Ah je ne savais pas en écrivant La Liberté OU l'amour ! qu'en réalité c'est La Liberté OU la vie : car l'esclavage tue l'esprit, donc l'amour avant le corps."
Robert Desnos a été l'amant fou de toutes les libertés. La dignité humaine fut sa seule religion.

Dominique Desanti
auteur de Robert Desnos, le roman d'une vie, 1999

Un article de Laurent Flieder a été publié dans la brochure Célébrations nationales 1995 pour le cinquantenaire de la mort de Desnos.

Robert Desnos par Félix Labisse (1905-1982)
Desnos par Félix Labisse (1905-1982)
Dessin Paris, Archives Larousse ADAGP
© Lauros - Giraudon

programme des manifestations

Association des Amis de Robert Desnos, 11, rue des Saints-Pères - 75006 Paris - tél.: 01 42 60 22 02
Références et indications bibliographiques
Principales éditions
Calixto, suivi de Contrée (1944), Paris, Gallimard, 1962.
Corps et biens (1930), Paris, Gallimard, 1968, coll. "Poésie-Gallimard".
Fortunes (1942), suivi de Les Sans cou (1934), Paris, Gallimard, 1969, coll. "Poésie-Gallimard".
Chantefables et Chantefleurs (1944), Paris, Librairie Gründ, 1952 (rééd. 1970).
Destinée arbitraire, Paris, Gallimard, 1975, coll. "Poésie-Gallimard" (recueil collectif reprenant, en particulier, C'est les bottes de sept lieues (1926), État de veille (1943-1944) et Le Bain avec Andromède (1944).
La Liberté ou l'amour! (1927), suivi de Deuil pour deuil (1924), Paris, Gallimard, 1982, coll. "L'Imaginaire".
Le Vin est tiré (1943), Paris, Gallimard, 1992, coll. "L'Imaginaire".
Le Bois d'amour, Paris, Éditions des cendres, 1995.

Éditions posthumes
Nouvelles Hébrides et autres textes (1922-1930), Paris, Gallimard, 1978.
Écrits sur les peintres, Paris, Flammarion, 1984.
Mines de rien, Cognac, Le Temps qu'il fait, 1985.
Les Voix intérieures, chansons et textes critiques, Nantes, Éditions du Petit Véhicule, 1987.
Les Rayons et les ombres, cinéma, Paris, Gallimard, 1992.

Quelques études
P. BERGER, Robert Desnos, Paris, Seghers, 1970, coll. "Poètes d'aujourd'hui".
A. CHITRIT, Robert Desnos. Le Poème entre temps, Lyon, XYZ éditeur, Presses universitaires de Lyon, 1996.
M.-C. DUMAS, Robert Desnos ou l'exploration des limites, Paris, Klincksieck, 1980.
M.-C. DUMAS, Études de "Corps et biens" de Robert Desnos, Paris, Honoré Champion, 1984, coll. "Unichamp", 5.
M.-C. DUMAS (dir.), "Moi qui suis Robert Desnos", permanence d'une voix, Paris, Librairie José Corti, 1987.
M.-C. DUMAS (dir.), Robert Desnos, n° spécial de la revue Signes, Nantes, Édition Le Petit Véhicule, 1994.
L. FLIEDER (dir.), Poétiques de Robert Desnos, Fontenay-aux-Roses, ENS Éditions, 1996.
M. MURAT, Robert Desnos, les grands jours du poète, Paris, Librairie José Corti, 1988.

Nouveautés
Un volume rassemblant toutes les œuvres publiées par Robert Desnos ainsi que des textes extraits des volumes posthumes paraîtra en septembre 1999, chez Gallimard, dans la collection "Quarto". Cette édition des Oeuvres est établie par Marie-Claire Dumas. Rens.: Françoise Cibiel, Éditions Gallimard, 5, rue Sébastien Bottin - 75007 Paris - tél.: 01 49 54 42 00
Au Mercure de France, Robert Desnos, le roman d'une vie, par Dominique Desanti.
Robert Desnos, des mots et des images, catalogue de l'exposition présentée par la Bibliothèque historique de la Ville de Paris d'octobre à décembre 1999, coédité par la BHVP et les Éditions des Cendres. Cet ouvrage présentera des textes d'Olivier Barbarant, Corinne Bayle, Michel Butor, Benoît Conort, Jean Daive, Petr Kral, Bernard Noël, Jean-Baptiste Para, Yves Peyré... Il comprendra, en outre, un catalogue raisonné de l'œuvre graphique de Desnos, établi par Anne Egger.
Les Éditions Le Temps des cerises annoncent la publication de Jours de noces. Ce volume réunit un ensemble de textes courts - contes et nouvelles - publiés par le poète dans divers journaux, de 1928 à 1944.
Rens.: Francis Combe, Éditions Le Temps des cerises, 6, avenue Édouard Vaillant - 93500 Pantin - tél.: 01 49 42 99 11
Chez Arthème-Fayard, réédition des Confidences de Youki, de Youki Desnos (1959), et du Cahier de L'Herne consacré à Robert Desnos ( 1987).
Chez L'Harmattan, Robert Desnos et Cuba : un carrefour du monde, articles du poète, rassemblés par Catherine Vasquez.

Bibliophilie
Les Éditions des Cendres annoncent la publication en fac-similé d'un manuscrit à peinture de Robert Desnos, appartenant à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet : Le Livre secret pour Youki (tirage limité). Rens.: Marc Kopylov, directeur des Éditions des Cendres, 8, rue des Cendriers - 75020 Paris - tél.: 01 43 49 31 80

Île-de-France - Paris
Dates non arrêtées

Conférences-débat sur "Robert Desnos et Paris", "Robert Desnos et la peinture", "Robert Desnos, poésie et théâtre".
Rens.: Anne Egger, 7, rue Vésale - 75005 Paris - tél.: 01 45 35 76 84
Forum des Images, Porte Saint-Eustache - 75001 Paris - tél.: 01 44 76 62 00

Janvier-février
"Robert Desnos, la voix est libre !". Création à la Maison de la Poésie - Théâtre Molière d'un spectacle du Théâtre pour de Vrai, mis en scène par Yves-Jacques Bouin.
Rens.: Yves-Jacques Bouin et Isabelle Thiedey,
Théâtre pour de Vrai, 16, rue de Cambrai - 75019 Paris - tél.: 01 40 34 48 18
Maison de la Poésie - Théâtre Molière,
161, rue Saint-Martin - 75003 Paris - tél.: 01 44 54 53 07
Juin
"Rue de la Gaîté", spectacle musical et littéraire présenté par Michel Arbatz.
Rens.: Michel Arbatz, association Zig-Zags, La Villa, 7, quai Laurens - 34000 Montpellier - tél.: 04 67 65 67 72
Concert à l'Auditorium Saint-Germain, avec Francis Dudziak, baryton et plusieurs autres chanteurs et instrumentistes. Au programme Cantate pour l'inauguration du Musée de l'homme, cantate Les quatre éléments, de Darius Milhaud, plusieurs mélodies, et création d'une cantate de Graciane Finzi, L'Homme qui a perdu son ombre.

Basse-Normandie Cerisy-la-Salle (50)
10-17 juillet
Colloque au Centre culturel international, organisé par Katharine Conley (Darthmouth College, États-Unis), avec le concours de Marie-Claire Dumas (université de Paris VII-Denis Diderot). Cette manifestation traitera de la place du poète dans le surréalisme, de sa découverte et de sa pratique des médias (journalisme, radio, cinéma, publicité...) et de ses prises de position politiques sous l'Occupation (1940-1944).
Principales participations annoncées : Mary-Ann Caws, Étienne-Alain Hubert, Michel Murat, Chantal Janisson, Richard Stamelman...
Rens.: Centre culturel international de Cerisy-la-Salle,
27, rue Boulainvilliers - 75016 Paris - tél.: 01 45 20 42 03 et,
château - 50210 Cerisy-la-Salle - tél.: 02 33 46 91 66 Marie-Claire Dumas (cf. supra).
Pays-de-la-Loire Nantes (44)
Printemps
"Rue de la Gaîté". Création du spectacle musical et littéraire de Michel Arbatz (cf. supra Paris, juin 2000).

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Renseignements : 01 40 27 62 01

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