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2000
Mort d'André
Le Nôtre
Paris, 12 mars 1613 - 15 septembre 1700

Buste de Le Nôtre par Antoine Coysevox (1640-1720)
Paris, église Saint-Roch
© Ville de Paris - Conservation des uvres d'art religieuses
et civiles
Le
15 septembre 1700, séteignait à Paris, en sa maison
des Tuileries, André Le Nôtre, dont le seul nom symbolise
la perfection et lapogée de lart des jardins classiques.
Selon
ses dernières volontés, il fut enseveli à Saint-Roch,
dans la chapelle Saint-André, quil avait fait construire
à ses frais. De son tombeau, détruit et profané
en 1793, subsiste seul le célèbre buste de Coysevox. Lors
de son approximative remise en place, après la Révolution,
on restitua également la longue épitaphe autrefois gravée
sur une dalle de marbre noir que supportait une figure de la Foi. Cette
épitaphe, dont lauteur demeure inconnu, nest pas
sans mérite, car elle constitue lun des plus anciens hommages
rendus à lillustre jardinier :
« Ici repose le corps dANDRE LE NOSTRE Chevalier de lordre
de St. Michel, Conseiller du Roi, Contrôleur général
des Bâtiments de Sa Majesté, Arts et Manufactures de France,
et préposé à lembellissement des Jardins
de Versailles et autres Maisons Royales. La force et létendue
de son génie le rendaient si singulier dans lart du jardinage,
quon peut le regarder comme en ayant inventé les beautés
principales et porté toutes les autres à leur dernière
perfection. Il répondit, en quelque sorte, par lexcellence
de ses ouvrages, à la grandeur et à la magnificence du
Monarque quil a servi et dont il a été comblé
de bienfaits. La FRANCE na pas seule profité de son industrie,
tous les Princes de lEurope ont voulu avoir de ses élèves
et il na point eu de concurrent qui lui fut comparable ».
Le
Mercure de France, Dangeau et même Saint-Simon saluèrent
également sa disparition, louant tour à tour son art,
ses mérites et sa probité.
La célébrité
et la popularité dAndré Le Nôtre semblent
aujourdhui intactes. Pourtant, peu duvres restent
entourées dautant dincertitudes, voire dinexactitudes,
si bien que son rôle exact se définit à présent
avec peine.
Lhomme,
de par sa modestie légendaire, semble nous échapper. Issu
dune famille de jardiniers, il naquit à Paris le 12 mars
1613. Son père, Jean Le Nôtre, remplissait les fonctions
de jardinier en chef du roi au jardin des Tuileries. Les goûts
précoces quAndré manifesta pour le dessin et la
peinture ne purent quêtre encouragés par la fréquentation
de maîtres tels que Simon Vouet ou François Mansart. Il
semblerait même quil fit uvre darchitecte, en
particulier au service de Gaston dOrléans. Sa carrière,
néanmoins, devait être celle dun jardinier, puisquil
reprit en 1637 la charge de son père aux Tuileries, avant de
devenir en 1645 « dessinateur des plantz et jardins du Roy ».
Cest en tant que tel quil fut amené à créer
quelques-uns des plus beaux jardins de France ; son talent lui permit
de répondre à la perfection de son commanditaire principal
: Louis XIV, auquel des liens réciproques destime et damitié
profondes lattachèrent jusquà sa mort.
Le
Nôtre fut également un amateur dart averti, comme
en témoigne la magnifique collection de peintures et de sculptures
quil avait réunie, comptant des uvres de Poussin,
de Claude Gellée, ainsi que de nombreux bronzes, dont beaucoup
furent offerts au roi dès 1693.
Au
XXe siècle, les historiens des jardins se sont bien souvent intéressés
à Le Nôtre, sans toutefois parvenir à apporter toutes
les lumières sur son activité de créateur. Ernest
de Ganay, en 1962, dressa consciencieusement et méticuleusement
un « catalogue » de ses uvres, auquel on se réfère
encore à présent.
On
saccorde à voir dans les jardins de Vaux-le-Vicomte, entrepris
au plus tard en 1656, sa première uvre sûre. Cependant,
la chronologie et les circonstances de la conduite du chantier restent
mal élucidées. Cest à Vaux que néanmoins
se reconnaissent pour la première fois dans toute leur ampleur
les principes fondamentaux de lart de Le Nôtre, tels quil
devait par la suite les mettre en uvre tout au long de sa carrière.
Celle-ci
se déroula essentiellement au service du roi. Dès 1662,
sétait ouvert le grand chantier versaillais, selon un tracé
qui devint très vite définitif ; seuls les détails
changeront au fil des années, jusquà la fin du règne.
Les satellites de Versailles, Trianon et Clagny, sont créés
en 1668 et 1674 ; en revanche, Marly, entrepris à partir de 1678,
semble être bien luvre de Mansart plutôt que
celle de Le Nôtre. Il convient enfin de citer le grand parterre
de Fontainebleau (1660-1664), ainsi que. les jardins et la célèbre
terrasse de Saint-Germain (1669). À Paris, le jardin des Tuileries
reçut vers 1667 le tracé dont nous voyons encore les grandes
lignes.
Le
Nôtre fut aussi sollicité par les proches parents du roi,
que ce soit Monsieur, duc dOrléans à Saint-Cloud,
le prince de Condé à Chantilly, la Grande Mademoiselle
à Choisy, ou bien encore le Grand Dauphin à Meudon. Cest
encore par ses soins quAnet fut transformé pour le duc
de Vendôme.
De
même que Fouquet lavait fait venir à Vaux ou à
Saint-Mandé, dautres grands serviteurs de létat
firent également appel à Le Nôtre : Colbert lui
confia les embellissements de Sceaux, Louvois ceux de Meudon, Talon
ceux dIssy, Phélypeaux ceux de Pontchartrain.De
nombreux autres jardins lui sont encore attribués, à tort
ou à raison : Dampierre, Guermantes, Castres, Castries et beaucoup
dautres encore, formant une liste quil faut retenir avec
circonspection.
Parfois
respectés, mais souvent morcelés et mutilés, plus
souvent encore effacés, tous ces lieux nen ont pas moins
durablement et profondément marqué la topographie et lenvironnement
daujourdhui, telle la grande perspective de Meudon, que
lon tarde tant à rétabli ! Pourrait-on imaginer
plus juste hommage à lart de Le Nôtre ?
Même
sil est convenu den souligner la science, la rigueur, la
grandeur et lampleur, cet art nest guère facile à
définir, tant il doit à ses prédécesseurs,
tel François Mansart, et tant il fut ensuite imité. Desgots,
Garnier dIsle, Gabriel ou Le Carpentier, tout au long du XVIIIe
siècle, surent ne pas oublier sa leçon, au point de limiter
jusquau plagiat.Le
style de Le Nôtre, longuement oublié après que la
mode des jardins anglo-chinois se fût imposée en Europe
devait, à la fin du XIXe siècle, grâce aux Duchêne,
connaître un dernier regain.
Gérard
Mabille
Conservateur en chef du patrimoine au musée du Louvre

Jean Cotelle (1642-1708)
Le Bosquet des trois fontaines dans le petit parc de Versailles
Musée national du château de Versailles
© Photo RMN - Gérard Blot
Actualité
de Le Nôtre
Pour quelles raisons,
alors que le "paysage" cristallise certains enjeux de l'urbanisme
et de l'aménagement du territoire, ressurgissent aujourd'hui
avec force la figure et les jardins d'André Le Nôtre ?
Référence exemplaire ou repoussoir, chaque époque
réinvente sa propre vision du "jardinier" de Louis
XIV ; une historiographie, qui reste à revisiter, en rend bien
compte.
Cependant,
paradoxalement, au moment où l'on s'apprête à célébrer
le tricentenaire de sa mort, son uvre est encore majoritairement
reçue à travers les études et les restitutions
de jardins de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.
Intéressantes en elles-mêmes, celles-ci ne nous livrent
qu'une connaissance partielle, sinon partiale - souvent teintée
de nationalisme -, qui ne correspond plus aux conceptions actuelles
d'une histoire plurielle.
En dépit de quelques tentatives récentes, l'uvre
du jardinier contrôleur des bâtiments du Roi attend toujours
d'être située dans ses contextes culturels spécifiques
: institutions socio-économiques, rapports entre sciences et
techniques, pratiques et savoir-faire communs avec d'autres arts.
Ses compositions paysagères, répondant à des juridictions
territoriales spécifiques ainsi qu'à des impératifs
économiques liés à la gestion des grands domaines,
s'ancrent dans les reliefs particuliers du bassin parisien, mettent
en uvre des traditions de métiers et appliquent des techniques
éprouvées ou expérimentales (optique-perspective,
hydraulique, "génie" des sols).
L'observation des rapports dialectiques entre ce milieu ambiant, désormais
mieux étudié, et la singularité des propositions
de Le Nôtre, devrait fournir une connaissance de ses moyens conceptuels
et une meilleure compréhension de la mise en uvre de ses
projets in situ.
Au-delà d'une approche superficielle, limitée à
l'ornementation des broderies et des topiaires, il s'agit de revisiter,
dans toute leur complexité, les grandes "machines"
spatiales d'un jardinier singulier.
Reprendre la question des attributions anciennes et peut-être
découvrir des lieux méconnus, tenter de comprendre les
échanges entre les divers pays d'Europe en matière d'art
des jardins pour mieux débrouiller l'écheveau complexe
des interactions et des influences, autant de pistes pour tenter d'apporter
un nouvel éclairage au "mythe Le Nôtre".
comité scientifique
du colloque
"La culture d'André Le Nôtre", Sceaux, octobre
1999

Israël Silvestre (1621-1691)
«Vue du jardin et parc du château de Meudon,
appartenant à Monseigneur le marquis de Louvois »
Paris, Bibliothèque nationale de France © BNF
Tricentenaire
de la mort d'André Le Nôtre 1700-2000
programme
des manifestations
Île-de-France
- Dammarie-lès-Lys (77)
8 janvier
Dans le cadre des "Samedis de l'histoire", présentés
par les Archives départementales de Seine-et-Marne, conférence
sur André Le Nôtre, par Joël Chatain, paysagiste DPLG.
Rens. : Direction des archives et du patrimoine, 248, avenue Charles
Prieur - 77190 Dammarie-lès-Lys - tél. : 01 64 87 37 76.
Sceaux (92)
14, 15 et 16 octobre 1999
"La culture d'André Le Nôtre, 1619-1700. Institutions,
arts, sciences et techniques en France". Colloque international,
au musée de l'Île-de-France, organisé par Monique
Mosser, Georges Farhat et Antoine Picon.
Rens. : Musée de l'Île-de-France, Domaine de Sceaux - 92330
Sceaux - tél. : 01 46 61 06 71
Chantilly (60)
20 mars-31 août
Au musée Condé, exposition sur les jardins de Chantilly
édifiés par Le Nôtre de 1663 à 1674 et de
1677 à 1682, à la demande de Louis II de Bourbon, prince
de Condé, surnommé le Grand Condé. L'exposition
montre des documents originaux (dessins, gravures, plans et documents
d'archives) et donne une interprétation à vocation didactique
(photomontages, maquettes, cartes et plans) qui s'appuie sur des essais
de restitution, réalisés grâce à la collaboration
de l'École d'architecture et de paysage de Bordeaux.
Elle est accompagnée d'un parcours - découverte réalisé
avec l'aide de la mairie de Chantilly et se prolonge jusqu'au Pavillon
de Manse, qui contenait la machine élévatoire alimentant
en eau les bassins. Grâce à l'Association Jacques de Mause,
dont le but est de restaurer et de faire connaître ce bâtiment
classé monument historique, le pavillon de Manse sera ouvert
au public pendant toute la durée de l'exposition. Une exposition
sur le système hydraulique imaginé par Le Nôtre
y sera présentée
Rens. : Musée Condé, Château de Chantilly, B. P.
70243 - 60631 Chantilly cedex tél. : 03 44 62 62 62
Château de Sceaux
Jusqu'au 18 septembre Musée de l'Ille de France. La main
du jardinier, l'oeil du graveur. Le notre et les jardins disparu de
son temps". Paris
septembre-décembre
Au Trianon de Bagatelle, présentation d'une exposition rendant
hommage aux deux architectes paysagistes Henri et Achille Duchêne,
"fils spirituels" de Le Nôtre, dont l'uvre, construite
sur deux générations, de 1860 à 1947, finit par
se fondre, et se confondre, avec la notion de style "à la
française". C'est grâce aux gigantesques travaux de
restauration entrepris par les Duchêne, en effet, que de très
nombreux jardins de Le Nôtre vivent aujourd'hui encore dans la
splendeur architecturée qu'on leur connaît.
Rens. Association des amis de Bagatelle, route de Sèvres-à-Neuilly,
Bois de Boulogne - 75016 Paris - tél. : 01 45 01 29 52
Versailles (78) et Chantilly (60)
5, 6 et 7 octobre
Colloque international sur "Le Nôtre, sa personnalité,
sa spécificité, son influence en Europe et la restauration
de ses uvres". Organisé par le ministère de
la culture et de la communication (direction de l'architecture et du
patrimoine) et ICOMOS France, ce colloque s'articule autour de trois
axes : la figure d'André Le Nôtre ; la dimension européenne
du Jardinier ; l'originalité de son uvre. Il donnera lieu
à une publication des actes par ICOMOS France et à celle
d'un dossier consacré aux chantiers de restauration des jardins
Le Nôtre, dans le numéro annuel de 2001 de la revue Monumental.
Chantilly (Oise)
Jusqu'au 9 octobre
Musée Condée. "André Le Nôtre (1613-1700)
et les jardins de Chantilly"
Saint-Cloud (Hauts-de-Seine)
Jusqu'au 15 octobre
Domaine national. Présentation de "La grande perspective
de Saint-Cloud, redécouverte d'un paysage"
Mai à octobre 2001
Versailles - Exposition "Jardins de rois"
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: 01 40 27 62 01
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