Célébrations nationales 20002000


Pierre Chareau
Bordeaux, 4 août 1883 - New york, 24 août 1950

Pierre Chareau
La Maison de verre
Bibliothèque © CNAC G. Pompidou
Photo Georges Meguerditchian

 

Le cas de Pierre Chareau est rare dans l'histoire de l'architecture puisqu'une unique maison témoigne de son œuvre et lui vaut d'être admiré aujourd'hui. Certes, c'est faire mauvaise grâce à son génie que de ramener sa production à une seule réalisation, mais il ne reste presque plus aucun de ses aménagements intérieurs tandis que ses meubles demeurent rares et cachés.

Sans formation d'architecte, ni de décorateur, Chareau travaille dans la branche parisienne de la firme anglaise Waring and Gillow. En 1919, il commence une activité propre. Il reçoit la Légion d'honneur, notamment pour sa participation à l'Exposition internationale des arts décoratifs de 1925, où il réalise le célèbre bureau-bibliothèque pour un ambassadeur. Présent à La Sarraz en 1928, Chareau compte parmi les membres fondateurs des Congrès internationaux d'architecture moderne (CIAM) et, deux ans plus tard, parmi ceux de l'Union des artistes modernes (UAM). Il fait également partie, dès sa création en 1930, du comité de rédaction de la revue Architecture d'aujourd'hui. Fasciné par la modernité, Chareau est un gentleman insouciant, doué d'une extrême sensibilité, qui travaille essentiellement pour un cercle restreint de commanditaires pour la plupart privés.

L'œuvre de Chareau relève de trois secteurs d'activité complémentaires : le mobilier, l'aménagement intérieur et l'architecture. C'est par le premier de ces domaines qu'il se fait connaître, notamment par sa présence régulière au Salon d'automne et au Salon des artistes décorateurs. Sa création mobilière témoigne d'un abandon rapide de l'Art déco et de ses raffinements décoratifs. Dans le même temps, la collaboration avec le ferronnier Louis Dalbet, artisan d'exception, le tiendra éloigné de la production industrielle et de la standardisation. Avec lui, Chareau réalise, entre autres, de merveilleuses lampes au corps d'acier muni de réflecteurs en albâtre comme la légendaire Religieuse (1923). Ses aménagements intérieurs, dont ceux du Grand Hôtel de Tours (1927) ou des bureaux LTT (1932), sont conçus comme autant d'œuvres d'art totales cherchant à assurer une fusion entre le décor et le meuble.

La Maison de verre (1927-1931), conçue en collaboration avec Bernard Bijvoet, démontre tant sa maîtrise de la conception de l'espace que sa connaissance précise des matériaux. Elle se signale par une façade en pavé de verre, matériau réservé auparavant aux édifices industriels. Ce traitement très novateur réforme l'idée même de façade qui est ramenée à l'état de membrane lumineuse. À l'intérieur, la mobilité de nombreux éléments rend l'espace dynamique et imprime un effet cinématographique qui concourt à célébrer les déplacements. Véritable "machine à habiter", la maison relève de l'idée d'une architecture technologique qui vise l'exacte réponse aux besoins, mais Chareau ne se contente pas d'un fonctionnalisme primaire.

En 1940, il quitte la France pour New York. À l'issue du conflit, il n'aspire pas à revenir à Paris, comme si son temps était passé. En 1947, il réalise la maison-atelier de Robert Motherwell, à East Hampton, à partir de pièces de hangars vendues par l'armée américaine. Faute de pouvoir le payer, le peintre lui cède une portion de sa parcelle où il commence la construction d'une maison à son usage. La mort l'empêchera de l'achever, mais ces deux réalisations renouent avec l'esprit d'invention et la poésie du bricolage (ici beaucoup plus succinct) qui préside à la Maison de verre.

Marc Bédarida
professeur à l'École d'architecture de Paris la Villette

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