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Le
Conseil d'Etat Dès son retour dÉgypte, Napoléon Bonaparte renverse le Directoire (18 brumaire). Nommé Premier Consul, aux côtés de Cambacérès et de Lebrun, il sattelle sans traîner à une tâche immense : donner à la France une administration nouvelle. Ainsi, avec lannée 1799 se clôt lère révolutionnaire. Les bouleversements sont achevés. Maintenant, il sagit de construire. Cest ainsi quil faut comprendre la création du Conseil dÉtat, lun des curs de la Constitution de lan VIII. Certes existait depuis le XIIIe siècle un Conseil du Roi, aux larges compétences sans cesse précisées au fil du temps, où se trouvaient mêlées les attributions aujourdhui remplies par le Conseil des Ministres, la Cour de Cassation et le Conseil dÉtat. Mais cest Bonaparte, qui, le 22 frimaire, fait renaître la vieille et prestigieuse institution royale et lui donne un visage qui ne changera plus guère. Avec une mission première et urgente : laider à préparer les projets de lois. Mission décisive : sans lois, surtout en France, on ne change ni ne consolide rien. Mission de confiance sil en est : par voie de conséquence, les Conseillers dÉtat seront nommés par le Premier Consul et, pour plus de sûreté et afin que nul nen ignore, lui prêteront serment solennel. Génie administratif tout autant que militaire et dinfluence bien plus durable dans celui-là que dans celui-ci, Napoléon conçoit une organisation qui ayant, dès le début, montré son efficacité, ne sera pas vraiment modifiée : une hiérarchie des formations (sections et assemblée), une collégialité permanente, une collaboration des âges (Conseillers dÉtat, Maîtres des Requêtes, Auditeurs créés en 1803). Parallèlement à cette fonction quasi législative, Napoléon veut un vivier. Un corps de fonctionnaires compétents et fidèles dans lequel il puisse choisir les hommes dont il a besoin pour ladministration active. Ainsi, dès lan VIII, deux des rôles premiers du Conseil dÉtat sont définis : la fonction consultative pour lélaboration des textes principaux du gouvernement et laction pratique et concrète, en tant que de besoin. Peu après, et pour les mêmes raisons, les préfets sont créés, représentants dans les provinces du nouvel État. Comme le note Alexandre Parodi, dans sa belle préface à lhistoire du Conseil dÉtat publiée en 1974 sous la direction de Louis Fougère, les attributions contentieuses, troisième fonction de linstitution, ne sont au début que très secondaires, Napoléon ny avait guère songé : "Sa compétence en ce domaine ne représente quun petit germe placé très discrètement par les rédacteurs de la Constitution de lan VIII à la fin de son article 53". Petit germe deviendra grand ! Tout au long du siècle, cette activité juridictionnelle va se développer, donnant naissance à une nouvelle branche, administrative, du Droit. Chacun connaît limportance depuis deux cents ans de luvre jurisprudentielle du Conseil dÉtat dans des domaines aussi divers et fondamentaux que la défense des libertés individuelles, la définition de lutilité publique et le respect de lenvironnement, la responsabilité médicale... Une uvre, et des méthodes, bientôt imitées dans de nombreux pays. En célébrant le deuxième centenaire du Conseil dÉtat, nous ne braquons pas les éphémères projecteurs de la mémoire sur une institution comme les autres. Il sagit bien dun des curs de la conception française de lÉtat, dune pièce maîtresse de notre administration et dun outil puissant de rayonnement international. Certes, le quotidien ne fut pas toujours rose ni la légende toujours dorée. Proche, si proche du Pouvoir et parfois trop proche, le Conseil dÉtat en subit les vicissitudes : épurations diverses au fil des changements de régime, sombre période au début des années quarante... Mais cette histoire, parfois quelque peu chahutée, est indissolublement liée à celle de la France. Erik Arnoult
Publication
récente
L.
FOUGÈRE, Le Conseil d'État. Son histoire à travers
les documents d'époque, 1799-1974, Paris, Éd. du CNRS,
1975.
Y.
ROBINEAU et D. TRUCHET, Le Conseil d'État, Paris, PUF,
1994, coll "Que sais-je ? ", n° 2855.
La
collection Études et documents du Conseil d'État :
parution annuelle, à l'Imprimerie nationale jusqu'au n°
39 (1988) ; à la Documentation française, avec le rapport
annuel du Conseil, depuis lors.
Nouveautés
Guide des sources de l'histoire du Conseil d'État et des juridictions administratives, collab. Conseil d'État/direction des archives de France. Une première version sera disponible sur internet en septembre 1999 sur le site du Conseil d'État. Livre
jubilaire sous la dir. d'Y. Le Brigand et de J. Massot, publié
à l'occasion de l'exposition présentée à
partir d'octobre 1999 au Centre historique des archives nationales (Hôtel
de Rohan), à paraître aux éditions Adam Biro.
Dictionnaire
biographique des membres du Conseil d'État depuis ses origines
par MM. Tulard, Imbert et Drago, coordination F. Monnier, Paris, Fayard,
coll. des "Dictionnaires biographiques".
Le
Conseil d'État, par F. Monnier et E. Orsenna, Paris, Gallimard,
coll. Découvertes.
L'ensemble des textes des journées d'études et colloques organisés par le Conseil d'État pour son bicentenaire fera l'objet de numéros spéciaux de la Revue administrative. >>> Programme des manifestations
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