Célébrations nationales 1999 1999

Ernest Chausson
Paris, 20 janvier 1855 Limay (Yvelines), 10 juin 1899

Depuis une décennie, la renommée d'Ernest Chausson ne cesse de grandir : grâce à des interprètes - de plus en plus nombreux - séduits par la qualité, la "musicalité" même de ses œuvres ; grâce également à quelques historiens et musicologues ; grâce enfin à ce renouvellement d'intérêt que suscite la musique française de cette époque. Mais, dans le cas de Chausson, peut-être y a-t-il plus encore. Car si le compositeur émeut par la haute exigence esthétique de ses ouvrages, l' homme tout autant attire et subjugue par sa droiture, sa générosité et son immense culture. Ainsi, le musicien se double d'un humaniste au grand cœur.

La mort de ses deux frères aînés explique l’attention vigilante de ses parents qui, pour mieux le protéger, lui donnent un précepteur. Décision doublement importante car si le maître initie très tôt son disciple à la littérature, aux beaux-arts, à la réflexion esthétique, en revanche son jeune élève sera privé de la compagnie des enfants de son âge. D'où cette propension à la rêverie, à une gravité précoce, frôlant parfois la tristesse et dont le musicien sortira à force de volonté certes, mais surtout en s'épanouissant dans un mariage heureux et dans la création artistique.

Dès lors, l'existence de Chausson apparaît simple, linéaire, tout occupée par sa famille, par la création d'une œuvre, par ses incessants déplacements, parce qu'il travaille mal à Paris, happé par ses fonctions de trésorier à la Société nationale de musique (ce qui lui permet d'aider certains artistes impécunieux), et s'y sent un peu prisonnier de ces mémorables soirées qu'il donne dans son salon où fréquente toute l'intelligentsia de son temps. Il aime inviter ses amis et ses proches : les peintres Degas, Maurice Denis ou Henri Lerolle ; des musiciens comme Raymond Bonheur ou Debussy ; des interprètes comme Crickboom, Ysaye, Albeniz ; et tant d'autres poètes - de Régnier à Gide, de Bouchor à Pierre Louÿs...

Et voilà peut-être expliquée la trajectoire musicale de Chausson. Élève de Massenet et de Franck, il s'attache, de 1877 à 1888 environ, à la poésie parnassienne qu'il traduit en d'admirables mélodies (l'opus 2, en particulier), tout en cherchant une voie - sinon une voix - qui fût totalement sienne. D'où cette remarque - dès 1886 - à son ami l'avocat Paul Poujaud, fin musicien et dont les connaissances étaient encyclopédiques : "Il faut nous déwagnériser", c'est-à-dire retrouver les fondements d'une esthétique française (la devise de la S.N.M. est "Ars gallica !") et, au-delà, celte.

Cette recherche, amorcée dès 1882 avec le beau poème symphonique Viviane, va se développer en profondeur durant les rudes années de "grincheries" (1888-94) qui voient la difficile, exigeante gestation de son opéra Le roi Arthus, un des chefs-d'œuvre de Chausson et de toute la création lyrique de cette époque. Œuvre de synthèse d'ailleurs : si le premier acte lorgne du côté de Berlioz, le second se rattache plus directement à Wagner, tandis que le dernier, par sa facture, son écriture, son dénouement, apparaît du plus pur et meilleur Chausson.

Son drame fini, l'auteur se tourne alors résolument vers le courant symboliste, mettant en musique Maeterlinck, Mauclair, Verlaine, Jounet ou Charles Cros. Il renoue autant avec l'art épuré des classiques : ainsi, au cours des années 1895-97 de la Ballata d'après Dante, des Quelques danses pour piano ou de l'exquis Paysage écrit à Fiesole et qu'avait précédé le célèbre Concert opus 21 créé à Bruxelles. Il se tourne plus encore vers la musique pure et, après le bouleversant Poème opus 25 pour violon et orchestre s'appuyant sur une nouvelle de Tourguéniev, compose quelques pages de la plus haute valeur artistique : le Quatuor avec piano opus 30, la délicate Pièce pour violoncelle et piano opus 30 (1897), le Quatuor à cordes opus 35, d'une extrême décantation stylistique, que la mort ne lui permit point d'achever.

Pendent opera interrupta... Jusqu'où Chausson ne nous eut-il pas entraînés si un stupide accident de bicyclette n'eût mis brutalement fin à sa carrière ? La courbe de sa création, en effet, n'a cessé d'être ascendante, du Trio de jeunesse au Quatuor à cordes. Il refusa de se répéter, cherchant sans relâche d'autres sources (le folklore, notamment), d'autres voies (il fut l'un des premiers auteurs à écrire des mélodies pour voix et orchestre, le premier sans doute - avant Tchaïkovski - à user du célesta... ".
Je voudrais ne pas m'abîmer sans avoir écrit une seule page qui entre dans le cœur" écrivait-il un jour à Paul Poujaud. Vœu exaucé grâce à la qualité de son écriture, à la richesse de son harmonie, à sa maîtrise de la forme. Chaque mesure devient partie de lui-même - ce qui rend sa musique si personnelle, si authentique. Et là réside le secret de sa réussite.


Jean Gallois
musicologue et critique


Chausson en 1894 Paris,
Bibliothèque nationale de France
© AKG Paris

Publications récentes
J. GALLOIS, Ernest Chausson, Paris, Seghers, 1967, coll. " Musiciens de tous les temps ".
J. GALLOIS, Ernest Chausson, Paris, Fayard, 1994, coll. " Bibliothèque des grands musiciens ".
S. GUT et D. PISTONE, La musique de chambre en France de 1870 à 1918, Paris, Honoré Champion, 1985.
R. S. GROVER, Ernest Chausson. The Man and his Music, Buckvel University Press - London, Associated University Press, 1980.
T. A. ZIELINSKI, Frédéric Chopin, Paris, Fayard, 1995.
Nouveautés
Aux Éditions du Rocher, en mars, publication des Écrits inédits de Chausson (journaux intimes, roman de jeunesse, correspondance), édités par Jean Gallois.
Les actes du colloque "Recherches sur l'esthétique fin-de-siècle : le style musical d'Ernest Chausson " paraîtront dans la revue Ostinato Rigore (Paris, Éd Jean-Michel Place) à la fin de cette année.
Les Mélodies de Chausson, par Isabelle Bretaudeau, chez Actes Sud. Mars.
Site Internet
On trouvera de précieuses informations - biographie, œuvres, discographie, bibliographie - sur le site du ministère des affaires étrangères : www.france.diplomatie.fr/culture/france/musique/composit/chausson.html
Audiovisuel
8-12 février : Cinq émissions sur France Musique.
mai : Cinq émissions sur la Radio Suisse Romande.

>>> Programme des manifestations

Île-de-France

Paris 19 février : Concert par l'Orchestre philharmonique de Radio France salle Pleyel. Direction musicale, Armin Jordan, avec Felicity Lott, soprano. Au programme, Symphonie en ut majeur, de Bizet, Adagio pour quatuor d'orchestre en ut mineur, de Lekeu et Poème de l'amour et de la mer op. 19, de Chausson.
Rens.: Salle Pleyel, 252, rue du faubourg Saint-Honoré - 75008 Paris - tél.: 01 45 61 53 00
16 mars : Concert par Hélène Collerette, violon, Nadine Pierre, violoncelle avec Emmanuel Strosser piano, salle Olivier Messiaen de la Maison de Radio France. Au programme, Trio en mi bémol maj. D. 897 Notturno, de Schubert, Trio en sol mineur op. 3, de Chausson et Trio op. 97 L'Archiduc, de Beethoven.
Rens.: Maison de Radio France, 116, avenue du Président Kennedy - 75016 Paris - tél.: 01 42 30 15 1622, 23 et 24 mars : "Recherches sur l'esthétique fin-de-siècle : le style musical d'Ernest Chausson. Colloque international à l'université de Paris IV-Sorbonne, salle des actes (entrée 54, rue Saint-Jacques - 75005 Paris) organisé par Isabelle Bretaudeau, Jean Gallois et Danièle Pistone. Le 23 mars, concert à l'amphithéâtre Richelieu, avec Marie-Paule Milone, Françoise Gnéri et Nicolas Dautricourt.
6 avril : A la Maison des Conservatoires, cours d'analyse musicale par Marcel Borusiac. Sujet : Symphonie en si b (1899), de Chausson.

3 mai : Conférence par le musicologue Jean Gallois
Rens.: Maison des Conservatoires,12, place Carrée, Porte Saint-Eustache - 75001 Paris - tél.: 01 42 33 13 01
8
15 et 22 juin : " Autour d'Ernest Chausson ". Ateliers-concerts au musée d'Orsay.
10 juin
Concert exceptionnel Chausson au musée d'Orsay. Au programme, Concert pour piano, violon et quatuor à cordes, en ré majeur, op. 21. Avec Laurent Korcia, violon, François-Frédéric Guy, piano et le Quatuor Castagneri.
Rens.: Musée d'Orsay, 1, rue de Bellechasse - 75007 Paris - tél.: 01 40 49 48 14
Internet : www.musee-orsay.fr
Octobre-novembre : Récitals à la Bibliothèque nationale de France - site François-Mitterrand. Au programme, intégrale des Mélodies de Chausson.
Rens.: Bibliothèque nationale de France - site François-Mitterrand, quai François Mauriac - 75706 Paris cedex 13 - tél.: 01 53 79 59 59

Ville-d'Avray (92) 13 et 14 mars
Concours international de violon organisé dans le cadre du XXIe Festival de Ville-d'Avray à l'occasion du centième anniversaire de la mort de Chausson.
Programme imposé. Eliminatoires : Tzigane (éditions Durand), de Ravel ; Sonatine (éditions Armiane), de Jean-Louis Petit ; Concerto russe (éditions Durand), de Lalo. Finale : Poème (éditions Durand), de Chausson ; Rondo capriccioso, ou Havanaise (éditions Durand), de Saint-Saëns.
Rens.: Festival de Ville-d'Avray, 10, rue de Marnes - 92410 Ville-d'Avray - tél.: 01 47 50 44

Mantes-la-Jolie (78) 13 avril
Concert proposé par l'Atelier musical des Yvelines au C.AC. Georges Brassens, 18, rue de Gassicourt. Avec Marie-Ange Bréard - Pierre et Serge Lacour-Szypkowski. Au programme, des œuvres de Poulenc, Gershwin, Ravel et Chausson (deux sonatines op. 2 - n° 1 en sol majeur, n° 2 en ré mineur).
Rens.: Atelier musical des Yvelines, B.P. 219 - 78206 Mantes-la-Jolie cedex - tél.: 01 30 94 12 89

Lorraine
Metz (57)
23 avril
A l'Arsenal, grande salle, concert par la Philharmonie de Lorraine. Direction musicale, Jacques Lacombe, avec Denis Clavier, violon.
Au programme, Les Biches, suite d'orchestre, de Poulenc, Poème pour violon et orchestre op. 25, de Chausson, Habeyssée pour violon op. 110, de Schmitt, La Mer, trois esquisses symphoniques, de Debussy.
Rens.: Philharmonie de Lorraine, 25, avenue Robert Schuman, B.P. - 30451 Metz cedex 1 - tél.: 03 87 66 67 67 - télécopie : 03 87 65 69 36

Basse-Normandie
Lisieux (14)
9 février
Concert par Patrice Fontanarosa, avec les solistes de l'Ensemble-Orchestre régional de Basse-Normandie. Au programme, Danses allemandes pour quatuor à cordes, de Schubert, Sonate pour violon et piano n° 1 en ré mineur, de Saint-Saëns et Concert pour piano, violon et quatuor à cordes en ré majeur, de Chausson.
Rens.: Théâtre de Lisieux, 2, rue au Char, B.P. 7222 - 14107 Lisieux cedex - tél.: 02 31 61 12 13 28

Pays-de-la-Loire
Fontevraud (49)
19 - 20 juin
A l'abbaye royale, concerts par Renaud Capuçon (violon) et Gautier Capuçon (violoncelle), Michel Dalberto (piano) et le Quatuor Castagneri. Au programme, des œuvres de Franck, Fauré et Chausson.

Rhône-Alpes
Lyon (69) 14-16 mars
"Ernest Chausson musicien français". Journées d'études présentées par le département de musicologie de l'université Lumière-Lyon II, le Conservatoire national de région de Lyon, en association avec l'université de Paris IV-Sorbonne (cf. Île de France, Paris, 22-24 mars). Au programme, exposition au musée des beaux-arts et à la bibliothèque de la Part-Dieu, conférences, conférence-concert, concert-analyse, concerts, à l'université Lumière-Lyon II, au CNR - salle Debussy, à l'Auditorium Maurice Ravel. Parmi les principaux intervenants : Jean Gallois, Danièle Pistone, Isabelle Bretaudeau. Interprètes : Ensemble vocal et étudiants du département de musicologie de l'université Lumière-Lyon II, Chœurs de Lyon - Bernard Tétu, étudiants du CNR de Lyon, etc.
Rens.: Isabelle Bretaudeau, 42, avenue du Bois - 69600 Oullins - tél.: 04 78 51 77 15

Grenoble (38) 25 mars
Récital de Nathalie Stutzmann, avec Inger Södergren, piano, salle Olivier Messiaen. Au programme, Lieder extraits des Myrthen-Lieder, de Schuman, Gedichte op. 10, de Richard Strauss, Mélodies, de Chausson, Mélodies, de Poulenc.
Rens.: Orchestre de chambre de Grenoble - Les musiciens du Louvre, 1, rue du Vieux-Temple, B.P. 3046 - 38816 Grenoble cedex 1 - tél.: 04 76 42 43 09

Échirolles (38) 11 juin
A la Rampe d'Échirolles, concert par l'Orchestre national de Lyon. Direction musicale, Emmanuel Krivine, avec Augustin Dumay, violon. Au programme, Alborada del Gracioso (tiré des Miroirs et orchestré par Ravel en 1918), Tzigane, rhapsodie de concert pour violon et orchestre, Rhapsodie espagnole, Prélude à la nuit, Boléro, de Ravel et Poème pour violon et orchestre, de Chausson.
Concert proposé par le Cargo hors les murs.
Rens.: La Rampe d'Échirolles, 15, avenue du 8 mai 1945 - 38130 Échirolles - tél.: 04 76 40 83 00


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