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Ernest
Chausson Depuis une décennie, la renommée d'Ernest Chausson ne cesse de grandir : grâce à des interprètes - de plus en plus nombreux - séduits par la qualité, la "musicalité" même de ses uvres ; grâce également à quelques historiens et musicologues ; grâce enfin à ce renouvellement d'intérêt que suscite la musique française de cette époque. Mais, dans le cas de Chausson, peut-être y a-t-il plus encore. Car si le compositeur émeut par la haute exigence esthétique de ses ouvrages, l' homme tout autant attire et subjugue par sa droiture, sa générosité et son immense culture. Ainsi, le musicien se double d'un humaniste au grand cur. La mort de ses deux frères aînés explique lattention vigilante de ses parents qui, pour mieux le protéger, lui donnent un précepteur. Décision doublement importante car si le maître initie très tôt son disciple à la littérature, aux beaux-arts, à la réflexion esthétique, en revanche son jeune élève sera privé de la compagnie des enfants de son âge. D'où cette propension à la rêverie, à une gravité précoce, frôlant parfois la tristesse et dont le musicien sortira à force de volonté certes, mais surtout en s'épanouissant dans un mariage heureux et dans la création artistique. Dès lors, l'existence de Chausson apparaît simple, linéaire, tout occupée par sa famille, par la création d'une uvre, par ses incessants déplacements, parce qu'il travaille mal à Paris, happé par ses fonctions de trésorier à la Société nationale de musique (ce qui lui permet d'aider certains artistes impécunieux), et s'y sent un peu prisonnier de ces mémorables soirées qu'il donne dans son salon où fréquente toute l'intelligentsia de son temps. Il aime inviter ses amis et ses proches : les peintres Degas, Maurice Denis ou Henri Lerolle ; des musiciens comme Raymond Bonheur ou Debussy ; des interprètes comme Crickboom, Ysaye, Albeniz ; et tant d'autres poètes - de Régnier à Gide, de Bouchor à Pierre Louÿs... Et voilà peut-être expliquée la trajectoire musicale de Chausson. Élève de Massenet et de Franck, il s'attache, de 1877 à 1888 environ, à la poésie parnassienne qu'il traduit en d'admirables mélodies (l'opus 2, en particulier), tout en cherchant une voie - sinon une voix - qui fût totalement sienne. D'où cette remarque - dès 1886 - à son ami l'avocat Paul Poujaud, fin musicien et dont les connaissances étaient encyclopédiques : "Il faut nous déwagnériser", c'est-à-dire retrouver les fondements d'une esthétique française (la devise de la S.N.M. est "Ars gallica !") et, au-delà, celte. Cette recherche, amorcée dès 1882 avec le beau poème symphonique Viviane, va se développer en profondeur durant les rudes années de "grincheries" (1888-94) qui voient la difficile, exigeante gestation de son opéra Le roi Arthus, un des chefs-d'uvre de Chausson et de toute la création lyrique de cette époque. uvre de synthèse d'ailleurs : si le premier acte lorgne du côté de Berlioz, le second se rattache plus directement à Wagner, tandis que le dernier, par sa facture, son écriture, son dénouement, apparaît du plus pur et meilleur Chausson. Son drame fini, l'auteur se tourne alors résolument vers le courant symboliste, mettant en musique Maeterlinck, Mauclair, Verlaine, Jounet ou Charles Cros. Il renoue autant avec l'art épuré des classiques : ainsi, au cours des années 1895-97 de la Ballata d'après Dante, des Quelques danses pour piano ou de l'exquis Paysage écrit à Fiesole et qu'avait précédé le célèbre Concert opus 21 créé à Bruxelles. Il se tourne plus encore vers la musique pure et, après le bouleversant Poème opus 25 pour violon et orchestre s'appuyant sur une nouvelle de Tourguéniev, compose quelques pages de la plus haute valeur artistique : le Quatuor avec piano opus 30, la délicate Pièce pour violoncelle et piano opus 30 (1897), le Quatuor à cordes opus 35, d'une extrême décantation stylistique, que la mort ne lui permit point d'achever. Pendent
opera interrupta... Jusqu'où Chausson ne nous eut-il pas
entraînés si un stupide accident de bicyclette n'eût
mis brutalement fin à sa carrière ? La courbe de sa création,
en effet, n'a cessé d'être ascendante, du Trio de jeunesse
au Quatuor à cordes. Il refusa de se répéter,
cherchant sans relâche d'autres sources (le folklore, notamment),
d'autres voies (il fut l'un des premiers auteurs à écrire
des mélodies pour voix et orchestre, le premier sans doute -
avant Tchaïkovski - à user du célesta... ".
Publications
récentes
J.
GALLOIS, Ernest Chausson, Paris, Seghers, 1967, coll. "
Musiciens de tous les temps ".
J.
GALLOIS, Ernest Chausson, Paris, Fayard, 1994, coll. " Bibliothèque
des grands musiciens ".
S.
GUT et D. PISTONE, La musique de chambre en France de 1870 à
1918, Paris, Honoré Champion, 1985.
R.
S. GROVER, Ernest Chausson. The Man and his Music, Buckvel University
Press - London, Associated University Press, 1980.
T.
A. ZIELINSKI, Frédéric Chopin, Paris, Fayard, 1995.
Nouveautés
Aux
Éditions du Rocher, en mars, publication des Écrits
inédits de Chausson (journaux intimes, roman de jeunesse,
correspondance), édités par Jean Gallois.
Les
actes du colloque "Recherches sur l'esthétique fin-de-siècle
: le style musical d'Ernest Chausson " paraîtront dans
la revue Ostinato Rigore (Paris, Éd Jean-Michel Place) à
la fin de cette année.
Les
Mélodies de Chausson, par Isabelle Bretaudeau, chez Actes
Sud. Mars.
Site
Internet
On
trouvera de précieuses informations - biographie, uvres,
discographie, bibliographie - sur le site du ministère des affaires
étrangères : www.france.diplomatie.fr/culture/france/musique/composit/chausson.html
Audiovisuel
8-12
février : Cinq émissions sur France Musique.
mai
: Cinq émissions sur la Radio Suisse Romande.
>>> Programme des manifestations Île-de-France Paris
19 février : Concert par l'Orchestre philharmonique de Radio
France salle Pleyel. Direction musicale, Armin Jordan, avec Felicity
Lott, soprano. Au programme, Symphonie en ut majeur, de Bizet, Adagio
pour quatuor d'orchestre en ut mineur, de Lekeu et Poème de
l'amour et de la mer op. 19, de Chausson. Ville-d'Avray
(92) 13
et 14 mars Mantes-la-Jolie
(78) 13 avril Basse-Normandie Pays-de-la-Loire Rhône-Alpes Grenoble
(38) 25
mars Échirolles
(38) 11
juin
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