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Aristide
Cavaillé-Coll Une uvre immense portant aux quatre coins du monde (de Pékin au Pérou) avec fierté sa signature, une gloire aussi grande dans la postérité que de son vivant, un génie reconnu de ses plus impitoyables adversaires, tout cela fut le lot d'Aristide Cavaillé-Coll, sans doute le plus fameux facteur d'orgues de l'Histoire. Cette accumulation de chefs-d'uvre, ce nom devenu quasiment un lieu commun, cette plaque fameuse qu'il a marquée sur ses consoles au point même qu'aujourd'hui certains l'imitent, toute cela a peu à peu rendu légendaire un être hors pair qui fut cependant un homme mêlé à tous les courants d'un siècle à la gloire duquel il a grandement contribué. Deuxième fils d'un facteur d'orgues, le jeune Aristide débute comme un "enfant de la balle". Une vision hagiographique nous le montre au milieu des résidus d'atelier, cherchant, manipulant, inventant déjà. Ne lui doit-on pas alors la création de la scie circulaire et d'un pseudo-harmonium. Très vite, il s'impose, face à un père et à un frère aîné qu'il semble déjà écraser de sa forte personnalité. Ambitieux, en son début de carrière, il joue de ses relations : musicales, comme Rossini ou politiques, avec Thiers. Il s'installe dès 1833 à Paris où, parmi d'autres travaux, il va être remarqué en 1844 avec l'achèvement du grand-orgue de Saint-Denis. Il est intéressant de voir dans cet instrument exceptionnel tout ce qui fera le génie (le mot n'est pas trop fort) de son créateur : souci de synthèse avec l'uvre de ses prédécesseurs, accumulation de découvertes mécaniques et pneumatiques et qualité étonnante de la réalisation matérielle. Après un pareil éclat il semble cependant que l'orgue de la Madeleine en 1846 soit plus important dans l'évolution esthétique de Cavaillé-Coll et celle de l'orgue du XIXe siècle. Avant d'ériger ce grand instrument notre homme avait sillonné l'Europe dans un voyage très formateur, observant ici les défauts, reconnaissant ailleurs des qualités nouvelles. À la Madeleine, donc, l'évolution est complète même si certains aspects de la fabrication nous rappellent Saint-Denis. Le monde sonore est enfin celui dit "symphonique". L'instrument à tuyaux qui, de tous temps, a évolué parallèlement à l'orchestre retrouve totalement celui de ses contemporains romantiques : chaleur de l'ensemble des timbres, variations puissantes d'intensité obtenues avec facilité, grande clarté du médium sans être écrasé par des basses trop lourdes ni dominé par un aigu excessif. En outre, et le siècle est là, l'organiste est mis en évidence comme un virtuose : la console aide son jeu, lui permet une exécution plus confortable cependant qu'elle le place à l'égal d'un pianiste, devant le buffet de l'orgue, face à la nef. Il n'est pas dans notre propos d'indiquer tous les lieux (salles de concerts, cathédrales, paroisses, salons privés) qui furent ornés d'un Cavaillé-Coll. Peu à peu, rue de Vaugirard puis avenue du Maine, notre facteur avait construit une entreprise moderne dont les produits furent édifiés dans le monde entier. Du petit orgue de salon à ceux de Saint-Sulpice ou de Notre-Dame de Paris on relève le même soin apporté à un produit, certes de l'époque industrielle, utilisant toutes les techniques de son temps, mais dont la réalisation est encore celle de l'artisan amoureux du travail bien fait proche de la perfection. Il est évident qu'une pareille exigence était difficile à gérer sur le plan financier : Cavaillé-Coll fit plusieurs fois faillite avant de finir dans la gêne. Ses relations et son renom lui firent obtenir les plus grands chantiers, la qualité exceptionnelle de sa fabrication lui permit de recevoir de nombreuses récompenses alors que le mouvement musical issu de son esthétique en fit le modèle même de ce courant symphonique métamorphosé peu à peu jusqu'au XXe siècle. On peut dire qu'il autorisa la création d'uvres de Franck à Messiaen. Ce serait cependant le cantonner dans un domaine particulier si l'on ne songeait qu'il fut considéré comme le modèle pour interpréter Bach que l'on redécouvrait de son temps. Que les organistes soient allemands, belges ou français (Widor, Saint-Saëns et Gigout), tous utilisaient la clarté de ses sonorités, admirant la lisibilité toute symphonique issue paradoxalement d'une juxtaposition de jeux évoquant plutôt l'orchestre de Brahms ; mais cette polyphonie était alors celle où l'on voyait le contrepoint le plus évident par opposition aux couleurs d'un orgue classique français alors considéré comme une pièce archéologique. L'un des aspects les plus remarquables de son caractère est sans conteste sa culture et son amour de la musique et des musiciens. Les relations avec tous ses contemporains étaient exemplaires, mais au-delà d'un bon repas partagé avec Franck ou Widor, il y a la curiosité d'un homme qui écoute passionnément Liszt ou Pauline Viardot (pour qui il construisit un petit orgue). Très âgé, il n'hésite pas à se rendre à Bruxelles pour entendre la Messe en si de Bach ! Il est difficile même aujourd'hui de donner sa juste place à Cavaillé-Coll. Ses détracteurs, il en existe toujours, ne voient en lui que le représentant d'un XIXe siècle qu'ils méprisent ; ses laudateurs, fascinés par la beauté puissante de ses uvres, en perdent un peu de leur sens critique. Homme de son temps il le fut pleinement : patron, ingénieur, acousticien, épousant parfaitement les goûts du XIXe siècle. Mais au-delà, grâce à un savoir-faire exceptionnel, une vision musicale supérieure à celle de ses contemporains, il dépasse son époque, nous laissant une uvre qui, sans chauvinisme, relève aujourd'hui du patrimoine de l'humanité. Claude Noisette
de Crauzat producteur à Radio France
>>> Le ministère de la culture et de la communication et les orgues Cavaillé-Coll
Références et indications bibliographiques R.
GALTIER, Les Orgues de Cavaillé-Coll. Essai chronologique
des travaux d'Aristide Cavaillé-Coll : 1824 à 1898,
Paris, Fischbacher, 1985.
La
Manufacture du Maine. Cavaillé-Coll, manufacture d'orgues d'église,
éd. L. Métrope, Association française pour la sauvegarde
de l'orgue ancien, 1988.
L.
MÉTROPE, La Manufacture d'orgues Cavaillé-Coll, avenue
du Maine, Paris, Aux Amateurs de livres-Klincksieck, 1988
L.
MÉTROPE, Inventaire des orgues d'Ile-de-France, Paris,
1997.
CI.
NOISETTE de CRAUZAT, Cavaillé-Coll, photogr. J.-P. Dumontier,
Libr. Monnier, 1985.
On
consultera, en outre, La Flûte harmonique, publication
de l'Association Aristide Cavaillé-Coll. Avec l'éditeur
allemand Peter Ewers, cette association prépare la diffusion
en France d'un important ouvrage consacré au facteur d'orgues.
Audiovisuel
Radio-France enregistrera, ou diffusera en direct sur les ondes de France Musique les concerts d'orgue qui se tiendront le 1er juin à Lyon, 4 juillet à Rouen, 22 septembre, 13 et 16 octobre à Paris, 1er octobre à Toulouse, 13 octobre à Saint-Denis (cf infra programmes régionaux). Site
internet
Le site internet de l'Association Aristide Cavaillé-Coll http://francetelecomna.com/cavaille/pubs.html >>>
Programme des manifestations
Bourgogne
Clamecy (58) 5 juillet Concert d'orgue par Odile Jutten, à la collégiale Saint-Martin. La Charité-sur-Loire (58 7 juillet Concert d'orgue par Marie-France Messager. Garchizy(58) 11 juillet Conférence par Loïc Métrope. Decize(58) 12 juillet Concert d'orgue par Louis Robilliard, à l'église Saint-Aré. Centre Bourges (18) 27 mars Conférence, salle du patrimoine, sur le grand orgue de la cathédrale. 23 mai " Les Trompettes de Versailles ". Concert trompette et orgue, cathédrale Saint-Étienne. Oeuvres de Mouret, Grigny, Gigout, Franck, Vierne, Guilmant, Saint-Saëns, Bessonet. 6, 13, 20, 27 juillet, 3, 10, 17, 24 août : Concerts d'orgue à la cathédrale Saint-Etienne. Avec Tom van Eck, Marie-Claire Alain, Janos Palur, Yanka Hekimova, Thomas Schmögen, Jean Galard, Janine Lehmann. 6 juillet : Inauguration de l'exposition " Aristide Cavaillé-Coll et son oeuvre ", Parvis des métiers. 7 juillet " Aristide Cavaillé-Coll et son oeuvre ". Conférence par Tom van Eck, à l'amphithéâtre de la Chambre des métiers du Cher. 11, 18, 25 juillet, 1er, 8, 15, 22, et 29 août : Concerts d'orgue, cathédrale Saint-Etienne. Avec Jonathan Dimmock, Martin Sander, Jean-Pierre Griveau, Torsten Laux, Martin Kamminga, Hélène Geispieler, Jean-Luc Babigeon, Silvano Rodi. 27 novembre Conférence-concert par Caroline Shuster-Fournier sur les orgues de salon construites par Cavaillé-Coll. Rens : Les Amis du grand orgue de la cathédrale de Bourges, 22 , rue Ranchot- 18000 Bourges tel. : 02 48 20 25 24 Châteauneuf- sur- Cher (18) 17 juillet Concert d'orgue par Martin Sander et présentation de l'orgue Cavaillé-Coll. Au Programme, des oeuvres de Mendelssohn, Franck, Liszt, Schumann, Reger et Gherardeschi. Saint-Amand-Montrond (18) 24 juillet Concert d'orgue par Jean-Pierre Griveau. Aubigny-sur-Nère (18) 8 août Concert d'orgue par Martin Kamminga et le Choeur de chambre de Peterborough. Vendôme (41) 27 août Concert d'orgue par Silvano Rodi. Languedoc-Roussillon Saint-Denis
et Paris Saint-Denis
(93) 13
octobre Lorraine Midi-Pyrénées Rouen
(76) 4
juillet Caen
(14) 25
septembre Pays de la Loire Angers
(49) 2
mai Luçon
(85) La
Roche-sur-Yon ( 85) 11
juin Nantes
(44) 21
octobre : Laval
(53) 5
novembre : Picardie Charly-sur-Marne
(01) 13
octobre Marle
(01) 13
octobre Espagne Saint-Sébastien
23-27
août Etats-Unis Deuton
(Texas) 13-17
octobre
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