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Discours de Catherine TRAUTMANN
Ministre de la Culture et de la Communication
à l'ouverture des
-Rendez-vous de l'Architecture-
Grande Halle de la Villette, le 2 octobre 1997


Ces rendez-vous de l'Architecture que je suis heureuse d'ouvrir me donnent l'occasion de vous présenter les grandes lignes de la politique que je conduirai dans les domaines de l'architecture.

Je voulais aussi et surtout vous affirmer mon engagement auprès de vous. Je ne suis plus maire, mais je garde le goût de bâtir, de penser la ville avec les habitants, les architectes et les urbanistes, de prendre en compte les contraintes et les aspirations afin de composer et recomposer les espaces de vie, et d'y trouver et retrouver une urbanité.

Mesdames et Messieurs, j'assume la tutelle de votre profession d'architecte. Mais je ne réduis pas cette mission à un seul jeu de règles et de droits. Votre profession subit de plein fouet les effets de la crise économique. Elle est parfois oubliée, alors même que l'architecture est déclarée, par la loi, d'intérêt public. Ministre de l'architecture, je m'engage à vos côtés pour que l'architecture ait la place qui lui revient dans notre société, pour que l'intérêt public de l'architecture signifie l'architecture pour tous, pour que la loi soit appliquée intégralement et que l'Etat lui-même et pour lui-même en soit le premier garant. Les architectes doivent intervenir chaque fois que nos espaces de vie sont modifiés. La technicité est nécessaire dans la résolution des problèmes d'aménagement, la fonctionnalité est indispensable pour que la complexité ne devienne pas désordre, mais j'affirme que ces vertus d'utilité doivent être au service d'un projet. Je veux dire par là que nous devons tous ensemble affirmer la primauté de la qualité et de la conception face aux seules évidences de la quantité et de la production. Il faut plus que jamais faire nôtre la définition de l'architecture que donne Henri Gaudin : " Faire habiter les hommes " il ne suffit pas en effet de construire des logements. Il ne suffit pas de faire des voiries, il faut, comme l'écrivait Louis Kahn à propos du plan d'urbanisme de Philadelphie, " faire de la rue, une architecture ". Il ne suffit pas de codifier l'urbanisme, il faut faire habiter la ville. Vous représentez, à la croisée des interventions, ce gage de qualité et de sensibilité. En tant que Ministre, je puis garantir le respect de votre profession.

La Culture unit, met en relation ce qui existe et ce qui pourrait être, affirme le caractère sédimentaire de nos identités. En cela, l'architecture a sa pleine place à la Culture. Elle fait la ville se construire sur la ville et la mémoire provoquer le projet. Nous devons protéger sans toujours vouloir tout conserver ; nous devons créer en cherchant de plus en plus souvent à transformer. En cela, l'union institutionnelle de l'Architecture et du Patrimoine que j'ai voulue a tout son sens culturel.

Mon premier mot d'ordre sera :

I - L'Architecture pour tous

La sensibilisation des jeunes à l'architecture, notamment dans le cadre scolaire, est un enjeu capital. Parcourir la ville, connaître ses monuments, ses rues et ses espaces d'habitation, c'est apprendre à la fois la citoyenneté et l'histoire d'une création : l'architecture. Nos voisins européens permettent à leurs enfants de s'initier à la création. Cette attention portée à l'invention des formes fait des citoyens plus ouverts. Je suis en discussion avec mon collègue Claude Allègre pour généraliser les enseignements artistiques.

La Direction de l'Architecture travaille déjà avec l'Education nationale à l'introduction de l'architecture pendant une ou deux années scolaires, en liaison avec des étudiants en architecture et des C.A.U.E. Elle proposera en outre aux enseignants une gamme d'outils pédagogiques adaptés aux différents niveaux: manuels, livres, CD-ROM.

A la différence du Ministère de l'Equipement, le Ministère de la Culture est un diffuseur. Il lui faut donner à la création architecturale la place qui lui revient au sein des réseaux de diffusion " naturels " de la Culture. Une nouvelle politique muséographique permettra de constituer ou de renforcer des collections d'architecture, mais aussi de définir des lieux d'exposition. Plusieurs lieux s'intéressent désormais à l'architecture, comme le FRAC de la région Centre, celui de Picardie, les Centres d'art tels ceux de Lille, Villeurbanne ou Grenoble, et les Centres culturels de rencontre existants ou à l'étude : la Saline royale d'Arc-et-Senans sur le thème de la cité idéale; l'unité d'habitation de Le Corbusier à Firminy sur l'urbanisme et les métiers de la ville; le prieuré de Lavoûte-Chilhac sur le paysage, et la villa Noailles de Mallet-Stevens à Hyères sur l'architecture et le design.

La Direction de l'Architecture favorisera les échanges à l'intérieur de ce réseau et hors de ses frontières. Il faut féliciter ceux qui ont su défricher le terrain : l'Institut français d'Architecture, Arc en Rêve à Bordeaux, le Pavillon de l'Arsenal à Paris, les Maisons de l'Architecture, les CAUE et les Ecoles d'Architecture.

La réunion des directions du Patrimoine et de l'Architecture permet de projeter la création auPalais de Chaillot d'un centre national réconciliant mémoire et projet sous une même bannière et autour d'un Institut français d'Architecture transformé.

L'une de nos premières préoccupations est d'assurer la promotion de l'architecture et de la ville. J'ai aussi l'intention de lancer, dans la veine des Journées du Patrimoine, qui se conjuguent désormais à l'heure européenne, des Semaines Nationales des Villes et de l'Architecture et d'en faire, en collaboration avec les élus et les populations, une vraie fête et un moment privilégié pour voir l'architecture et les villes autrement, comprendre leur fonctionnement, leurs coulisses, leurs complexités.

J'attache une importance particulière à l'Edition. Si les éditions du Patrimoine sont les plus importantes du ministère, il n'en est pas de même pour l'architecture. Ainsi je mets aussi en place une politique d'aide à l'édition d'architecture sous forme de livres, d'audiovisuel ou de multimédia. J'ai le plaisir de vous annoncer une politique conjointe : une " Librairie de l'architecture et de la ville ", à l'initiative de la direction de l'Architecture et du Centre National du Livre. Avec la création de ce fonds spécial, c'est sur une véritable relance de l'édition d'architecture que nous misons.

Mais l'architecture est trop rare dans la presse, et à la télévision. L'architecture n'aurait-elle pas droit de cité ? Il serait trop simple de n'incriminer que les médias : architectes et citoyens doivent réapprendre à se parler et à s'écouter.

Le second axe sera :

II - Des architectes pour tous

L'architecture est d'intérêt public. Je suis, dans tous les domaines, contre l'idée en architecture comme ailleurs, d'une société à deux vitesses. Il n'est pas admissible que l'architecture soit réservée aux plus fortunés, aux mieux informés.

La question du seuil des 170 m² doit donc être réexaminée en concertation avec tous les partenaires concernés afin que soient analysés tous les effets de l'abolition et notamment les intérêts des usagers et des citoyens. Différentes solutions sont envisageables et notamment l'assistance architecturale.

D'une manière générale la loi de 1977 doit être revue.

Des architectes pour tous, tel est mon objectif qui passe par trois voies :

- La modernisation de la profession

- La reconquête des marchés

- Une meilleure définition de la commande publique

- La modernisation de la profession est indispensable

Il convient d'abord de confirmer cette profession réglementée quant à ses modes de représentation. L'Ordre des Architectes traverse depuis deux ans des zones de grande turbulence. Martin Malvy, ancien ministre, député maire de Figeac, va, à ma demande, et au nom du gouvernement mener une mission portant sur la définition du rôle et de l'organisation de l'Ordre. Il envisagera l'ensemble des solutions possibles d'organisation et j'attends avec intérêt ses conclusions. Mais je souhaite que soient réaffirmées, au moins, les missions de service public, correspondant au rôle d'une instance ordinale et que puissent, par ailleurs, se développer des fonds d'assistance et de service professionnels, dans le respect de la représentation syndicale. Je souhaite par ailleurs une gestion irréprochable et rigoureuse des institutions ordinales.

Moderniser la profession implique de mieux définir ses moyens propres et ses statuts d'exercice. Il faut notamment préserver la spécificité de l'architecture tout en permettant aux agences et sociétés de se renforcer. Les intérêts des architectes rencontrent ceux d'autres professions de la maîtrise d'oeuvre et vous devez davantage travailler ensemble. Cela exige une connaissance des métiers et des marchés. Nous avons mis en place deux observatoires, l'un concernant les débouchés des jeunes diplômés et l'autre relatif aux métiers de l'architecture. J'envisage en outre, en partenariat avec la Délégation Interprofessionnelle à l'emploi et à la formation, et en accord avec vos représentants de mettre en place un " Contrat d'Etudes Prospectives ".

Travailler ensemble cela signifie aussi - dans la stricte définition et reconnaissance des compétences de chacun - mailler les métiers de la maîtrise d'oeuvre : architectes, urbanistes, ingénieurs, paysagistes, architectes d'intérieur,... pour qu'ils apprennent à s'unir autour d'une pratique de la conception et du projet.

Les architectes français sont d'autre part moins présents auprès des collectivités territoriales que leurs collègues européens. Cela tient pour une part aux définitions d'emploi de la Fonction Publique Territoriale. Je travaille avec le Ministère de l'Intérieur pour que l'architecture soit présente dans un cadre d'emploi " d'Architectes et d'ingénieurs techniques des villes ".

J'envisage en outre d'aider les communes qui le souhaiteront à se doter d'une solide expertise en matière de qualité architecturale et urbaine en les aidant conventionnellement à recruter des architectes conseils qui, sur le modèle de ceux de l'Etat, seraient choisis sur des critères de compétence et d'indépendance. Cette action sera concertée avec les ministres de l'Intérieur et de l'Equipement et avec les grandes associations d'élus.

Mais il faut que vous alliez vers ces champs d'exercice où vos compétences sont indispensables : maîtrise d'ouvrage, programmation, médiation, recherche, expertise ...

Cette diversité d'actes va de pair avec une responsabilité mieux assumée. Vous avez vécu un épisode hasardeux concernant la réforme du permis de construire. Le projet est aujourd'hui abandonné. J'en retiendrai cependant trois éléments : vous êtes des " professionnels qualifiés " ; la mission de base de la loi MOP pourrait devenir le droit commun ; la profession pourrait avoir une responsabilité plus étendue.

- La conquête ou la reconquête de marchés doit être votre objectif

Toute construction individuelle, tout projet urbain modificateur de cadre de vie, toute infrastructure appellent une connaissance sensible et une approche projectuelle. Il n'est pas normal que les 2/3 des travaux de construction ou d'amélioration se fassent sans le concours des architectes.

Pour la construction de maisons individuelles, j'ai déjà évoqué l'abolition du seuil. Mais il faut que vous vous portiez sur ce marché essentiel. Essentiel pour l'économie mais aussi pour les citoyens pour qui c'est l'investissement d'une vie et la confrontation aux contraintes mal maîtrisées de l'espace, des moyens financiers et des modèles culturels.

Plus de 80 % des travaux de réhabilitation et d'amélioration se font sans intervention d'architecte. C'est là le secteur en plus forte expansion et nous savons qu'à l'avenir la très grande majorité des projets portera sur du bâti existant. Il faut donc être là présent. Lionel Jospin a annoncé la réhabilitation d'un million de logements dans les prochaines années, ce qui est indispensable pour accompagner la solution du problème des sans-abris. Un " label architecture " devrait être conféré pour cette oeuvre nécessaire, aux réhabilitations de qualité. C'est ce que j'ai demandé aux responsables de la construction, au ministère de l'Equipement, à ceux du logement social, à l'Union Nationale des HLM, et à l'ANAH. Ce " label architecture " marquera bientôt notre volonté commune d'une recherche de qualité, sans imaginer comme le dit Thierry Pacquot " que la réponse à l'enjeu sera parfaite, complète et définitive ".

Pour répondre vite aux besoins des secteurs en développement, il faut être continûment formé. C'est une nécessité pour nous tous. J'ai demandé que se tiennent dans les prochains mois les assises de la formation continue qui rassembleront toutes les organisations professionnelles pour ne rien négliger qui puisse rendre plus efficace l'offre de formations.

Une architecture sans frontières

Nous avons aujourd'hui des architectes parmi les plus reconnus au monde. De nombreux succès récents en Europe, en Asie en témoignent. Succès de nos grands architectes, succès également de jeunes talents, de nouvelles équipes. Une récente exposition de l'IFA : EXPORT en témoignait.

Et pourtant, le chiffre d'affaires à l'export de l'architecture française ne serait que de 2 %, dans un pays qui est le 3ème exportateur mondial pour le BTP... Pour répondre à ce défi, l'une des priorités que j'ai donnée à la nouvelle direction de l'architecture, est la mise en place d'une politique internationale spécifique, prenant en compte aussi bien la dimension économique que culturelle. La direction de l'Architecture construit les réseaux indispensables avec l'ensemble des ministères concernés et des partenaires professionnels. Dès 1998, vont être mis sur pied les instruments de travail nécessaires à l'exportation. Je pense notamment aux garanties de financement et aux avances remboursables, mises en place avec l'IFCIC.

Nous avons défini en commun une stratégie s'articulant autour de quatre axes majeurs :

- d'abord stimuler les échanges avec l'aide de nos ambassades, de l'Association Française d'Action Artistique et de l'IFA ;

- ensuite soutenir vigoureusement l'exportation du savoir-faire des architectes français en créant, une structure de promotion, France-Architecture-Export, avec nos partenaires du Conseil national de l'Ordre des Architectes et l'association des Architectes Français pour l'Exportation.

- Un comité de pilotage interministériel pour l'exportation de l'architecture réunit tous les grands partenaires publics et privés sur ces questions.

- Il faut mobiliser nos réseaux et nos partenaires autour de pays cibles prioritaires : ce travail est bien engagé sur l'Asie du Sud Est et l'Amérique latine. Il doit s'appuyer plus encore sur les domaines d'excellence de la production française : je pense aux équipements culturels, à l'impact à l'étranger du traitement remarquable en France du patrimoine.

Mais, je souhaite aussi construire un espace européen de l'architecture en ouvrant les programmes communautaires et en créant des coopérations nouvelles en Europe.

Enfin, 3ème ligne :

De l'objet à l'espace, une politique qualitative de la ville et des territoires

L'architecture ne peut se réduire à une fabrique d'objets solitaires. Je préférerais dire qu'ils sont solidaires. Le ministère de la culture exerce déjà une action forte en matière de développement urbain patrimonial par ses compétences concernant les monuments historiques, et les " espaces protégés ". Il convient qu'il prolonge cette action vers ce que j'appellerais par analogie des " espaces projetés ".

Les espaces protégés

La ville est l'expression savante d'une culture. Elle a trouvé sa réalisation aboutie dans les centres historiques, perçus par tous comme des lieux de référence identitaire, des espaces de sociabilité et de rencontre. La ville historique exprime un lieu, une durée et une non reproductibilité dans un univers travaillé par la délocalisation, l'immédiateté et le clonage. Elle est donc référentielle et peut nous apprendre, contrairement à ce qu'écrivait Baudelaire, pourquoi et comment sa forme change moins vite que le coeur d'un mortel.

Ce centre, il faut d'abord savoir le bien protéger. On le fera en préférant la continuité à la séparation. Le monument historique était jusqu'à aujourd'hui placé sous la responsabilité de la direction du patrimoine, tandis que ses abords dépendaient de la direction de l'architecture semblant aussi privilégier l'objet architectural et sa suprématie à la continuité et au contexte. La politique de la ville patrimoniale dépendra désormais d'une seule direction et réunira les monuments, leurs abords, les secteurs sauvegardés, l'Inventaire, l'archéologie et les zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP).

J'ai demandé qu'une attention particulière soit portée à la dimension sociale des quartiers anciens. Souvent, ils sont devenus des quartiers populaires et la protection patrimoniale y protège mieux la pierre que les hommes. Alexandre Mélissinos doit me remettre bientôt un bilan qui précisera la réalité de ces changements et permettra de proposer des mesures aptes à éviter la formation, par le centre, d'une ville à deux vitesses.

Nous ne devons rien négliger qui puisse nous rendre plus respectueux et davantage créateurs. Classer consiste à dire ce qui doit rester, et ce qui peut disparaître. Une culture est autant de construction que de destruction. Je veux mieux définir les enjeux et les conséquences des protections, notamment pour ce qui concerne le XXe siècle. Je veux également qu'une meilleure application des ZPPAUP permette de définir systématiquement des abords plus intelligents que le traditionnel rayon de 500m. Les ZPPAUP seront enrichies dans leurs modalités de mise en oeuvre pour devenir de véritables instruments d'une politique de développement urbain. Je compte en particulier sur les services départementaux de l'architecture pour infléchir progressivement cette gestion conservatoire des espaces protégés vers une politique dynamique de mise en valeur du cadre de vie.

Les espaces projetés

Au-delà des définitions ministérielles qui sectorisent la ville, une vue plus libre laisse percevoir l'étendue, l'unité et la complexité de sa réalité. L'élu, l'architecte, l'urbaniste, l'aménageur, la puissance publique sous toutes ses formes se devraient de mesurer ce qui a été fait à l'aune de ce qui reste à faire. Toutes les compétences, professionnelles ou ministérielles, seront nécessaires. Et il serait sans doute artificiel de vouloir agir en séparant l'histoire de la ville, son aménagement et ses dissensions sociales.

Il nous faut apprendre à habiter la ville en la qualifiant pour qu'elle prenne forme. Il y faut une part de maîtrise et une part de sécrétion. Mais je ne crois pas à la main invisible qui la ferait advenir sans la penser. Je veux ici exprimer prudemment notre responsabilité collective et surtout l'apport des architectes dans l'indispensable conception de projets urbains.

Si le Ministère de la Culture ne dispose pas, en dehors des espaces protégés, d'instruments régaliens pour maîtriser l'évolution des villes, il peut cependant aider à ce que se tisse la trame d'un urbanisme de proximité qui resserre le tissu urbain. L'espace public, les jardins, les concours, le rôle majeur des architectes dans la conception des projets urbains, silence et lumière ... Tout cela appelle un partenariat avec les villes qui devrait aboutir à la création d'un réseau de villes. Il se traduira par des conventions, spécifiques à l'architecture, qui permettront notamment d'apporter un soutien financier à la venue d'architectes conseils, de réaliser des lieux de formation, de sensibilisation mais aussi de débat, de mettre en œuvre des actions de promotions et de traitement architectural d'opérations exemplaires.

Voilà, Mesdames et Messieurs, quelques grands traits d'une politique, je compte sur la nouvelle direction que j'ai demandé à François Barré de construire.

Je voudrais pour terminer présenter trois décisions récentes exprimant mon engagement et ma volonté.

1 - D'abord, La réforme de l'enseignement de l'architecture

C'est un chantier important. Ministre en charge de l'Architecture, l'enseignement est ma préoccupation prioritaire. Les écoles après les difficultés rencontrées en 1996 et 1997 suite au transfert, voient leurs dotations progresser de 19 MF (14 %). Ces crédits leur permettront d'améliorer l'encadrement pédagogique des étudiants, créant ainsi de bonnes conditions pour l'entrée en vigueur de la réforme. Des postes d'enseignants seront créés, et les effectifs d'encadrement seront renforcés. Les conditions d'accueil des étudiants seront en outre améliorées grâce à une dotation supplémentaire de 5 MF au titre de la maintenance des locaux. Des moyens d'investissement immobilier nous permettront de tenir les engagements pris auprès des collectivités territoriales, dans le cadre du programme architecture 2000 pour rééquilibrer l'offre territoriale d'enseignement et poursuivre les réflexions sur la carte scolaire de l'Ile de France qui devront aboutir dans les cinq ans à des regroupements d'écoles, sans diminution de moyens.

La réforme historique qui prend effet maintenant, marque l'aboutissement d'une réflexion et d'une concertation commencée avec le Recteur Frémont en 1992.

Celui-ci avait pris acte de difficultés graves :

Le cursus des études en deux cycles de deux et trois ans empêchait la création de passerelles avec les autres filières de l'enseignement supérieur. Les étudiants architectes formés à Bac + 6 étaient considérés comme ayant un niveau de deuxième cycle (Bac + 4) ! et il était en outre dans cette filière isolée, très difficile d'aboutir à des formations spécialisées. Plus grave encore, la discipline architecturale n'était pas reconnue les écoles d'architecture ne pouvant délivrer seules ni DESS, ni DEA, ni bien sûr de doctorat.

Claude ALLEGRE et moi-même venons de signer les textes réglementaires fondant des études entièrement rénovées.

- Les études d'architecture seront restructurées dès l'année prochaine en trois cycles délivrant des diplômes reconnus ;

- Ce nouveau cursus permet la création de filières de formation diversifiées, à vocation professionnelle ou de recherche ; à Bac + 4, les étudiants pourront désormais choisir la voie de la maîtrise d'œuvre, ou cette même voie assortie d'une spécialité. Ils pourront en effet suivre un double troisième cycle, DPLG + DESS, ou alors suivre un DESS spécialisé pour se tourner vers la maîtrise d'ouvrage, l'économie de la construction etc ... avec une solide formation de deuxième cycle en architecture.

- Il améliorera l'ensemble du dispositif de formation en clarifiant les objectifs en achevant les formations par des enseignements approfondis de haut niveau, et en s'ouvrant à des débouchés plus nombreux.

- Pour mieux préparer les étudiants au monde professionnel, un stage d'un semestre sera désormais obligatoire en fin de cursus. A moyen terme, le diplôme final et l'accès à la licence d'exercice en introduisant notamment un stage plus long pourront être séparés.

- Enfin, les contenus de la formation ont été eux aussi restructurés, et recentrés sur le projet architectural et urbain.

La réforme sera complète à la rentrée de 98-99 après qu'auront été redéfinis les statut des enseignants et celui des écoles. Les enseignants devront notamment, comme à l'Université, mener en y prenant le temps nécessaire des activités de recherche. Les écoles seront contractualisées sur la base d'un projet d'établissement et disposeront d'une autonomie renforcée s'inscrivant dans le schéma national de formation et de recherche.

2 - Le nouvel IFA à Chaillot

J'entends donner une nouvelle orientation à ce qui était jusqu'à présent conçu comme le centre national du patrimoine monumental, et élargir son champ à l'architecture et au patrimoine urbain.

Aménagé dans l'aile Paris du palais de Chaillot, ce lieu unique et symbolique, dédié à l'architecture dans sa dimension nationale et internationale, offrira des espaces de démonstration, de documentation, de formation et d'accueil. Il s'ouvrira au grand public, aux chercheurs, aux professionnels et aux étudiants.

C'est à Jean-Louis Cohen que je confie la tâche de mener, sous l'autorité de François Barré, l'étude globale de faisabilité de ce projet, dans un double souci de cohérence scientifique et fonctionnelle et en y associant tous les partenaires concernés.

Ce nouvel Institut Français d'Architecture fédérera différentes composantes, dont certaines sont déjà implantées de longue date à Chaillot. Le Musée des Monuments français qui deviendra un musée de l'architecture, un Institut du projet urbain à côté de l'Ecole de Chaillot et une médiathèque de l'architecture.

Je souhaite que ce nouvel Institut Français d'Architecture ait une forte logique d'ensemble dans laquelle les différentes composantes, dotées chacune de missions spécifiques, partageront des services communs et s'inscriront solidairement au sein d'une entité juridique unique.

3 - Les concours et la qualité architecturale

Je porte un grand intérêt aux concours d'architectes comme forme de dévolution des marchés publics de maîtrise d'oeuvre. Quelques concours ont pu susciter quelquefois des polémiques dont les effets sont négatifs pour l'image de l'architecture. J'ai dit vendredi dernier à l'occasion des vingt ans de la Mission interministérielle pour la qualité des constructions publiques, ma confiance dans cette méthode de choix et les mesures nécessaires pour une amélioration du système.

Les concours sont une occasion exceptionnelle de mener le débat architectural avec les maîtres d'ouvrage. Les architectes, jurés dans les concours ont ainsi un rôle important de sensibilisation.

Je proposerai toutefois un certain nombre de modifications à la marge du système de concours, que j'ai demandé à François Barré et à Jean-Paul Alduy de bâtir dans la concertation.

Il m'apparaît que les concours ont besoin d'une instance de conciliation, la MIQCP ne pouvant jouer un rôle d'arbitre dans les concours alors même qu'elle en est le conseil. J'ai demandé à Thierry Le Roy, conseiller d'Etat, de concevoir une instance de médiation et d'arbitrage devant laquelle pourraient être portés, à titre gracieux, les conflits relatifs aux concours. Ce serait a priori une instance facultative à la demande des parties.

J'ai par ailleurs demandé à Jean-Paul Alduy de repenser les règles des concours en concertation avec nos partenaires :

* Les dossiers exigés des candidats pour leurs inscriptions aux concours devront être allégés.

* Il faut rendre les concours plus transparents par quelques mesures simples :

- Communication à chaque candidat avant son audition par le jury, des observations de la commission technique sur son projet

- Motivation précise écrite et communiquée par le jury des choix et de la décision finale. Ceci est essentiel.

- Exposition publique des résultats des concours par le maître d'ouvrage et pour les plus importants par l'IFA

Je terminerai sur le sujet délicat des concours en validant quelques orientations de la Mission interministérielle et de la direction de l'architecture et notamment la remise en œuvre des grands concours " ouverts " (donc anonymes et non rémunérés) qui permettaient l'émergence d'architectes talentueux, mais encore pas ou peu connus. Souvenons-nous de Piano et Rogers au Centre Pompidou, de Tschumi au Parc de la Villette... La MIQCP a préparé, après une longue concertation avec tous les acteurs concernés -et notamment la Commission Centrale des Marchés de l'Etat- deux modèles de concours ouverts à un ou deux tours qui garderont un caractère exceptionnel et expérimental mais permettront sur des questions essentielles d'ouvrir la commande à tous. Cette ouverture me permet en contrepartie de demander qu'il y ait moins de concours et que le seuil actuel, qui date de 1986, soit relevé au niveau de la directive européenne (200.000 écus, soit un million trois cent cinquante mille francs).

J'ai demandé à la MIQCP de continuer ses travaux sur la maîtrise d'oeuvre urbaine, les lieux d'habitat, l'espace public, mais aussi les infrastructures. Je serai peu crédible si je ne commençais pas pour exiger cette qualité du ministère de la Culture lui-même. J'ai demandé aux directeurs d'administration de se coordonner avec la direction de l'architecture et avec la MIQCP pour que la qualité architecturale soit confortée. Elle le sera d'autant plus qu'une " Agence d'Ingénierie Culturelle " va être créée fusionnant en une nouvelle structure l'Etablissement public du grand Louvre et la Mission interministérielle pour les grands travaux.

Je rappelle enfin qu'il ne faut pas oublier les grands maîtres d'ouvrage que sont les entreprises. Aussi ai-je souhaité la création d'un " club des entreprises pour l'architecture ". Je demanderai prochainement à un chef d'entreprise de bien vouloir me faire des propositions sur ce sujet qui puissent mobiliser ces acteurs potentiels de l'architecture. De même, j'ai demandé à François Barré de fédérer les volontés des ministères constructeurs pour accroître la demande qualitative d'architecture et de s'y engager résolument.

Réussir ceci, avec vous, pour l'architecture et la ville, requiert des moyens et une méthode. Les directions de l'architecture et du patrimoine disposeront en 1998 d'un budget en notable accroissement pour les enseignements et les travaux de restauration, pour la diffusion, l'exportation, la sensibilisation, la formation, la ville patrimoniale et les espaces projetés. Mais puisque j'aborde ce point de la ville d'aujourd'hui, il va de soi que je ne peux le faire qu'avec la volonté de jouer pleinement et en réelle concertation le jeu de l'interministérialité ; un protocole de coopération qui tracera les perspectives d'une action commune sera bientôt signé avec le Ministère de l'Equipement.

Telles sont les lignes de force de l'action que je veux conduire en faveur de l'architecture, domaine qui me tient particulièrement à cœur et que je sais en difficulté. Aucune piste nouvelle ne peut être méprisée, aucune concertation avec la profession, ses usagers, ses enseignants, étudiants ne doit être épargnée. Je sais que François Barré, ses services, les écoles, les services départementaux s'y emploient avec la passion et la ténacité qui caractérisent ceux qui oeuvrent pour l'architecture. Ces rendez-vous témoignent de cet état d'esprit et de votre volonté de réussir l'architecture de demain.

Ce désir d'architecture doit s'intensifier. Il sera le fruit de ces mesures étatiques fortes, ou d'autres à venir, que nous élaborerons ensemble, mais également le résultat des efforts de chacun, chacun d'entre vous, de son côté pouvant apporter sa pierre à l'édifice par son talent et son attitude pour contribuer à cet objectif. Objectif économique pour vous, professionnels, mais aussi pour moi, Ministre chargée de l'architecture, objectif qualitatif pour ce service public que de fait, vous assumez.

Il me semble que l'architecture prend toute sa place dans la Culture telle que la définit Malraux : " C'est la volonté de retrouver, d'hériter et d'accroître ce qui fut la noblesse du monde ".

Je vous souhaite de très fructueux et riches rendez-vous de l'architecture.


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