Majida KHATTARI
Née au Maroc en 1966
Vit à
Paris
La question très large
du rôle du voile islamique a été réactualisée
en France à l'occasion d'une polémique (collèges de
banlieue) et indirectement par des événements politiques en Algérie.
Majida Khattari affirme vouloir dépasser ces controverses et tenter de
comprendre, à travers un travail sur les vêtements, la situation
ambiguë de la femme musulmane placée entre sacralisation et menace.
Khattari a, en effet, décliné ces vêtements sur plusieurs
modes, du tragique à la dérision, de l'interdit au désir ;
ses défilés visent "à mettre en évidence ce
quotidien dramatique".
Pour ses défilés à l'école
des Beaux-Arts de Paris (juin 1996) et à la Maison des Cultures du monde,
elle montre des costumes comme Sésame, ouvre-toi (1996). Le mannequin est
vêtu d'une robe de velours d'un orange flamboyant. Un tablier de fils
tendus sur le ventre et les jambes renforce
l'impression d'une toile d'araignée
gardienne de la virginité et de la chasteté. Le visage et les
cheveux du modèle sont entièrement recouverts d'un tchador noir.
D'après Fethi Benslama (Art press n°18, 1997 "Art et Mode"),
"c'est le spectre d'une tête de nuit sur un corps de braise qui
avance [ ... ] c'est en une robe tout le dérobement théologique de
la femme en Islam, en tant que corps voyant extrait à la vue, en tant que
sujet d'un regard sans visage." Les premières robes sont, en effet,
pour l'artiste, étouffement, lourdeur, gangues oppressantes et
protectrices où l'on peut régresser à l'abri, ou atours
sacralisés de la vierge sublime.
La protection et l'interdit se font
plus ambigus avec la robe "aux noeuds", qui recrée le mythe
gordien. Plus sa robe la découvre, par petites ouvertures ou par une
brusque révélation, et plus la femme devient dangereuse pour
l'homme mais aussi pour elle contre qui le costume se retourne. Ces
modifications et détournements perturbent la relation habituelle, familière,
établie entre le regard de l'homme, et la femme. Ils font émerger
l'inattendu et l'inquiétant.
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