19ème Université d’Eté de la Communication
Hourtin

Mardi 25 août 1998


Mesdames, Messieurs,

Je suis d’autant plus heureuse de vous retrouver, qu’ici même, l’an dernier, j’exposais comment je concevais la fonction conjointe d’un Ministre de la culture et de la communication et quel allait être mon programme d’action. Je veux saisir l’occasion pour vous dire, aussi directement qu’il est de tradition dans les débats de cette Université d’Eté : « Voilà, un an après, ce que j’ai fait, ce qui est sur le point de se conclure, et ce que j’entends entreprendre. »

S’agissant de la réforme audiovisuelle, je vous avais fait part d’une triple intention : mettre en place des règles simples permettant le développement concurrentiel des nouveaux services ; garantir l’autonomie des médias d’information vis-à-vis de tous les intérêts économiques ; redonner au service public les moyens de ses missions. De ce triple point de vue, j’ai, aujourd’hui, toutes les raisons d’affirmer que l’année a été bien employée. Pour travailler, pour réfléchir, pour débattre et permettre au Gouvernement d’arrêter sa décision.

Il aurait sans doute été plus simple d’accepter que la culture soit la chose de quelques parisiens, et les médias, la seule affaire de grands groupes côtés en bourse. Je persévère cependant dans l’idée que la culture comme la communication, sont le bien de tous. Ceci vaut tout particulièrement pour l’audiovisuel, première pratique culturelle des Français et vecteur privilégié de leur information. Vous en jugerez bientôt sur pièces puisque, le Premier Ministre, sur une question qui engage l’avenir de notre démocratie, annoncera lui-même, prochainement, ce que sera la réforme de l’audiovisuel public. Ce sont les prémisses de cette réforme que je voudrais évoquer aujourd’hui devant vous.

Ma conviction est d’abord qu’un audiovisuel public fort constitue, plus que jamais, un outil irremplaçable au service de la vie citoyenne, du développement culturel et du rayonnement international.

Lors de la conférence de Birmingham, le camp ultra-libéral, par la voix de Rupert Murdoch, prétendit, un peu vite, que l’avènement du numérique marquait la fin de tout projet de régulation des médias et que l’audiovisuel public n’avait d’autre avenir que de laisser place aux lois du marché.

Dans une toute autre approche, des partisans sincères du service public se demandent parfois si celui-ci ne s’épuise pas à poursuivre des ambitions trop diversifiées et s’il ne lui faudrait pas, pour reconquérir son identité, se concentrer sur des missions éducatives ou régionales qui le distingueraient radicalement des grandes chaînes commerciales.

Mais telle n’est pas la tendance à l’œuvre dans les principaux pays européens, si j’en juge par la légitimité intacte de la BBC, par la puissance industrielle des chaînes publiques allemandes ou par l’ambitieuse réorganisation en cours de la R.A.I.. Je n’étais donc pas seule, en conclusion des assises de Birmingham, pour affirmer : « Oui, l’audiovisuel public est une idée neuve en Europe ! Oui, le choix d’un service public fort s’impose à la fois comme une exigence de citoyenneté et comme un pari industriel d’avenir ! »

En effet, la multiplication des supports de communication comme la spécialisation croissante des usages audiovisuels renforcent la nécessité de grands réseaux nationaux constituant une référence partagée par l’ensemble des publics, et parmi eux, d’antennes publiques dont l’activité ne soit pas principalement soumise au critère de la rentabilité commerciale.

Cette considération me rend particulièrement attentive au développement des différents programmes de Radio-France mais aussi à la situation des radios généralistes privées. Je l’ai clairement indiqué lors de la privatisation de RMC, et la loi audiovisuelle prendra bien en compte ce qu’ont d’irremplaçables ces dernières pour l’information pluraliste du public.

Dans le domaine de la télévision, c’est malencontreusement le premier diffuseur public qui a été privatisé en 1986. Le maintien d’une chaîne publique assumant pleinement sa mission généraliste de rassemblement des publics et voulant exercer, au plus haut niveau d’exigence, son rôle d’information nationale et internationale, constitue, plus que jamais, la pierre angulaire de notre paysage audiovisuel. Cela rend impératif que France 2 sorte définitivement de la crise d’identité qu’elle traverse depuis plusieurs années. Et je veux, à cet égard, exprimer mes souhaits les plus chaleureux de succès à ceux qui, depuis peu, ont été chargés de redonner au Journal tout son dynamisme.

Un audiovisuel public fort et diversifié dans ses missions constitue, par ailleurs, un facteur irremplaçable d’entraînement économique et culturel pour nos industries de programmes et pour la richesse de la création audiovisuelle. Aucune chaîne privée ne saurait se substituer au rôle joué par la Sept-Arte à l’égard du documentaire de création ou par La Cinquième en matière de programmes éducatifs. Mais il est également décisif que le service public, avec la force conjuguée de France 2 et de France 3, fasse œuvre de qualité et d’invention dans tous les grands genres de programmes à vocation « populaire » : fictions bien sûr, mais aussi jeux, sports ou divertissements.

L’audiovisuel public, enfin, par la richesse de ses programmes et de ses savoirs-faire, dispose d’atouts remarquables pour contribuer au développement de l’offre thématique et pour renforcer notre présence dans la compétition internationale de l’information et des programmes. C’est également lui qui est le mieux placé pour anticiper l’enrichissement des services et des formats que permettent le développement de la radio numérique et la perspective de la télévision hertzienne de terre.

Ces défis plaident, on le voit, pour un développement offensif de l’audiovisuel public et constituent autant de raisons d’écarter définitivement toute privatisation de France 2. Ils permettent également de mesurer les déficiences actuelles d’organisation du service public. C’est pourquoi, vous le savez, j’ai proposé que la télévision publique regroupe ses forces en un véritable groupe industriel et financier. Un tel groupe serait de nature à bannir toute mauvaise rivalité au sein du service public, et à renforcer la complémentarité éditoriale des chaînes. Ce