Mesdames, Messieurs,
Je suis dautant plus heureuse de vous retrouver, quici même,
lan dernier, jexposais comment je concevais la fonction
conjointe dun Ministre de la culture et de la communication et
quel allait être mon programme daction. Je veux saisir loccasion
pour vous dire, aussi directement quil est de tradition dans les
débats de cette Université dEté : «
Voilà, un an après, ce que jai fait, ce qui est
sur le point de se conclure, et ce que jentends entreprendre. »
Sagissant de la réforme audiovisuelle, je vous avais
fait part dune triple intention : mettre en place des règles
simples permettant le développement concurrentiel des nouveaux
services ; garantir lautonomie des médias dinformation
vis-à-vis de tous les intérêts économiques
; redonner au service public les moyens de ses missions. De ce triple
point de vue, jai, aujourdhui, toutes les raisons daffirmer
que lannée a été bien employée. Pour
travailler, pour réfléchir, pour débattre et
permettre au Gouvernement darrêter sa décision.
Il aurait sans doute été plus simple daccepter
que la culture soit la chose de quelques parisiens, et les médias,
la seule affaire de grands groupes côtés en bourse. Je
persévère cependant dans lidée que la
culture comme la communication, sont le bien de tous. Ceci vaut tout
particulièrement pour laudiovisuel, première
pratique culturelle des Français et vecteur privilégié
de leur information. Vous en jugerez bientôt sur pièces
puisque, le Premier Ministre, sur une question qui engage lavenir
de notre démocratie, annoncera lui-même, prochainement,
ce que sera la réforme de laudiovisuel public. Ce sont
les prémisses de cette réforme que je voudrais évoquer
aujourdhui devant vous.
Ma conviction est dabord quun audiovisuel public
fort constitue, plus que jamais, un outil irremplaçable au
service de la vie citoyenne, du développement culturel et du
rayonnement international.
Lors de la conférence de Birmingham, le camp ultra-libéral,
par la voix de Rupert Murdoch, prétendit, un peu vite, que lavènement
du numérique marquait la fin de tout projet de régulation
des médias et que laudiovisuel public navait dautre
avenir que de laisser place aux lois du marché.
Dans une toute autre approche, des partisans sincères du
service public se demandent parfois si celui-ci ne sépuise
pas à poursuivre des ambitions trop diversifiées et sil
ne lui faudrait pas, pour reconquérir son identité, se
concentrer sur des missions éducatives ou régionales qui
le distingueraient radicalement des grandes chaînes
commerciales.
Mais telle nest pas la tendance à luvre
dans les principaux pays européens, si jen juge par la légitimité
intacte de la BBC, par la puissance industrielle des chaînes
publiques allemandes ou par lambitieuse réorganisation en
cours de la R.A.I.. Je nétais donc pas seule, en
conclusion des assises de Birmingham, pour affirmer : « Oui, laudiovisuel
public est une idée neuve en Europe ! Oui, le choix dun
service public fort simpose à la fois comme une exigence
de citoyenneté et comme un pari industriel davenir ! »
En effet, la multiplication des supports de communication comme la
spécialisation croissante des usages audiovisuels renforcent la
nécessité de grands réseaux nationaux constituant
une référence partagée par lensemble des
publics, et parmi eux, dantennes publiques dont lactivité
ne soit pas principalement soumise au critère de la rentabilité
commerciale.
Cette considération me rend particulièrement attentive
au développement des différents programmes de
Radio-France mais aussi à la situation des radios généralistes
privées. Je lai clairement indiqué lors de la
privatisation de RMC, et la loi audiovisuelle prendra bien en compte
ce quont dirremplaçables ces dernières pour
linformation pluraliste du public.
Dans le domaine de la télévision, cest
malencontreusement le premier diffuseur public qui a été
privatisé en 1986. Le maintien dune chaîne publique
assumant pleinement sa mission généraliste de
rassemblement des publics et voulant exercer, au plus haut niveau dexigence,
son rôle dinformation nationale et internationale,
constitue, plus que jamais, la pierre angulaire de notre paysage
audiovisuel. Cela rend impératif que France 2 sorte définitivement
de la crise didentité quelle traverse depuis
plusieurs années. Et je veux, à cet égard,
exprimer mes souhaits les plus chaleureux de succès à
ceux qui, depuis peu, ont été chargés de redonner
au Journal tout son dynamisme.
Un audiovisuel public fort et diversifié dans ses missions
constitue, par ailleurs, un facteur irremplaçable dentraînement
économique et culturel pour nos industries de programmes et
pour la richesse de la création audiovisuelle. Aucune chaîne
privée ne saurait se substituer au rôle joué par
la Sept-Arte à légard du documentaire de création
ou par La Cinquième en matière de programmes éducatifs.
Mais il est également décisif que le service public,
avec la force conjuguée de France 2 et de France 3, fasse uvre
de qualité et dinvention dans tous les grands genres de
programmes à vocation « populaire » : fictions bien sûr,
mais aussi jeux, sports ou divertissements.
Laudiovisuel public, enfin, par la richesse de ses programmes
et de ses savoirs-faire, dispose datouts remarquables pour
contribuer au développement de loffre thématique
et pour renforcer notre présence dans la compétition
internationale de linformation et des programmes. Cest également
lui qui est le mieux placé pour anticiper lenrichissement
des services et des formats que permettent le développement de
la radio numérique et la perspective de la télévision
hertzienne de terre.
Ces défis plaident, on le voit, pour un développement
offensif de laudiovisuel public et constituent autant de raisons
décarter définitivement toute privatisation de
France 2. Ils permettent également de mesurer les déficiences
actuelles dorganisation du service public. Cest pourquoi,
vous le savez, jai proposé que la télévision
publique regroupe ses forces en un véritable groupe industriel
et financier. Un tel groupe serait de nature à bannir toute
mauvaise rivalité au sein du service public, et à
renforcer la complémentarité éditoriale des chaînes.
Ce
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