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Travaux et propriété du château de Sully, à Rosny-sur-Seine
le 23 avril 1998

Catherine TRAUTMANN, ministre de la Culture et de la Communication et Annette PEULVAST-BERGEAL, Députée-Maire de Mantes-la-Ville, visitent le château de Sully à Rosny-sur-Seine dans les Yvelines afin de rendre compte des travaux de conservation qui viennent d’y être conduits par l’Etat dans le cadre de la procédure de mise en demeure.

A cette occasion, Madame la Ministre et Madame la Députée-Maire annoncent les mesures mises en place pour la sauvegarde de ce monument majeur du patrimoine national, propriété de la société japonaise Nippon Sangyoo Kabushiki Kaisha. Le château de Sully a en effet subi ces dernières années de nombreuses dégradations dues à l’incurie de ses propriétaires et qu’est venu aggraver un récent incendie.

Le ministère de la Culture et de la Communication, mais aussi les collectivités territoriales et l’Association de sauvegarde du patrimoine de Rosny sont particulièrement attentifs à l’avenir du château de Sully comme à celui des autres châteaux acquis par cette même société dans ce département en particulier.

Direction du Patrimoine
Christine de ROUVILLE
Tel : 01 40 15 82 70


SOMMAIRE
LE CHATEAU DE SULLY A ROSNY-sur-SEINE (Yvelines)
LE MOBILIER DU CHATEAU DE SULLY
LA CONSERVATION DU CHATEAU DE SULLY :
L’action du Ministère de la Culture et de la Communication
L’action de la municipalité de Rosny-sur-Seine
L’action de l’Association pour la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine de Sully à Rosny-sur-Seine


LE CHATEAU DE SULLY A ROSNY-sur-SEINE (Yvelines) (menu)

Maximilien de Béthune, Duc de Sully, ministre de Henri IV, fit construire, à la fin du XVIème siècle, le château de Rosny au bord de la Seine, en aval de Mantes-la-Jolie, sur les bases d’un château médiéval. La demeure était alors composée d’un plan en quadrilatère avec quatre pavillons d’angle, la cour étant ainsi délimitée par un mur-écran. L’ensemble castral était ceint de fossés.

Resté propriété des Béthune-Sully jusqu’en 1718, le château est vendu au Comte de Sénozand qui se contente de remettre le parc au goût du jour.

Au milieu du XVIIIème siècle, son fils fait élever, au bord de la Seine, un élégant pavillon de bain attribué à Jacques-Ange Gabriel. La propriété passe par alliance à la famille de Talleyrand-Périgord en 1779. Elle lui est restituée après la Révolution. En 1817, la propriété est achetée par M. Mourraux, négociant, qui la revend, l’année suivante, au Duc et à la Duchesse de Berry. La mort du prince en 1820 ne change rien aux dispositions de son épouse qui fait de Rosny sa résidence favorite. C’est elle qui confie à son architecte, Joseph-Antoine Froelischer le soin d’agrandir la demeure. Celui-ci va compléter, en 1826, les ailes laissées inachevées à la mort de Sully, puis élèvera en 1826 devant la façade d’entrée un grand avant-corps d’un seul niveau couvert d’une terrasse. A la même époque, le jardin classique est transformé en parc à l’anglaise sur un projet du peintre Eugène Isabey. Après la révolution de 1830, le château est la propriété du banquier Stone, jusqu’en 1836. Le mobilier, dont 235 tableaux est, alors vendu aux enchères. Le château appartient ensuite, de 1840 à 1869, au Comte Lemarrois qui le sauve de la ruine mais sacrifie les ailes reconstruites 12 ans plus tôt et transfère l’oratoire qui s’y trouvait dans le pavillon du bain du parc. Il appartient par la suite aux Lebaudy (1869-1955) qui font dessiner les jardins par Achille Duchesne. Il passe de 1955 à 1985 aux mains de la famille Hertz (1955-1985) et enfin à une société japonaise.

Cette dernière a procédé à la mise en vente du mobilier dont plusieurs éléments ont dû être classés d’office pour faire face aux menaces d’exportation. Huit tentures ayant pour thème " l’histoire de Psyché " et " le sacrifice à la gloire d’Alexandre " ont pu être ainsi préemptées par l’Etat en 1994 (cf. fiche ci-après).

Le château a, par ailleurs, souffert d’une absence totale d’entretien et de surveillance qui a entraîné de nombreuses effractions suivies de vols et de déprédations. Cette situation a abouti à l’incendie du 24 janvier 1997. Le feu a pris au premier et deuxième étage du pavillon latéral nord. Il s’est rapidement propagé aux combles de ce pavillon puis s’est transmis à la charpente du corps de logis principal, détruisant en partie les aménagements intérieurs.

Le souci de préserver ce qui subsistait d’une des plus prestigieuses demeures d’Ile-de-France en assurant le rétablissement du clos et surtout du couvert au moyen d’une couverture provisoire a justifié la mise en place de la procédure de mise en demeure du propriétaire en vertu des dispositions de l'article 9- 1 de la loi du 31 décembre 1913. Des travaux de stricte conservation consistant principalement en une mise hors d'eau et hors d'air du monument ont alors été proposés au propriétaire. La totale défaillance de ce dernier a conduit à leur exécution d'office par et aux frais de l'Etat sous la maîtrise d'oeuvre de M. Bruno Chauffert- Yvart, chef du service départemental de l’architecture et du patrimoine.

Le Château de Sully a été classé par arrêté du 11 juillet 1941 : " Château y compris son parc et ses dépendances ".


LE MOBILIER DU CHATEAU DE ROSNY-SUR-SEINE (menu)

Le château de Rosny-sur-Seine, classé par arrêté du 11 juillet 1941, comportait jusqu'en 1993 quelques souvenirs du ministre de Henri IV, notamment une série de six tapisseries : la célèbre tenture de Psyché. Il abritait également divers meubles et objets parmi lesquels le mobilier du salon de la Duchesse de Berry qui résida en ce lieu de 1818 à 1830 et y fit réaliser d'importants travaux d'embellissement.

La société Nippon Sangyoo Kabushiki Kaisha, propriétaire du domaine de Rosny-sur-Seine a décidé, après avoir laissé à l'abandon le château, de vendre le mobilier dont certaines pièces avaient été classées par décret du 6 septembre 1990.

Une première vente a eu lieu le 18 octobre 1993. Le salon de la Duchesse de Berry, comprenant trente trois pièces, fut adjugé pour une somme de 750 000 Frs.

Lors de la seconde vente , le 14 mars 1994, l'Etat a exercé son droit de préemption afin de sauver de la dispersion huit tapisseries, les six pièces de la tenture de Psyché et deux tapisseries de l'histoire d'Alexandre en laine et soie du XVIIIème siècle.

La tenture de Psyché, aux armes de la famille de Sully, a été acquise pour le compte du Conseil Général du Loiret pour un montant de 910 000 Frs afin d'être présentée au musée départemental du château de Sully-sur-Loire.

Deux tapisseries de Bruxelles - le triomphe d'Alexandre et Aristide préparant un sacrifice aux dieux - faisant partie de la tenture des hommes illustres et provenant des ateliers Leyniers (1ère moitié du 18ème siècle), ont été préemptées pour le compte de la ville de Rosny-sur Seine (Association pour la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine de Sully à Rosny-sur-Seine) au prix de 453 763 Frs (frais compris). L'acquisition a pu être réalisée grâce à une subvention du Conseil Général des Yvelines de 170 000 Frs et une subvention du Ministère de la Culture de 100 000 Frs.

La préemption par l'Etat de ces tapisseries et leur acquisition par des collectivités publiques mettent un terme à la dispersion du mobilier du château de Rosny par ses derniers propriétaires.


L’ACTION DU MINISTERE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION (menu)

Le château de Sully à Rosny-sur-Seine a été acquis par la société "Nippon Sangyoo Kabushiki Kaisha" en 1984 en même temps que neuf autres domaines dont ceux de Louveciennes et Millemont dans le même département des Yvelines.

En 1992, les démarches entreprises auprès du propriétaire en vue d'assurer l'entretien courant et la restauration du château étant restées sans effet, la direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France enjoint la société japonaise de réaliser les travaux de réfection de la toiture du corps central du château. Celle-ci avait propose alors de financer cette intervention d'un montant de 1. 925. 000 F à hauteur de 70 %. Ce projet ne connaîtra aucune suite concrète.

La même année, le château n'étant pas gardienné, 12 vases Médicis ainsi que de la statue de Bacchus ont été volés. Cette dernière fut retrouvée deux ans plus tard.

La vente aux enchères publiques du mobilier devant intervenir en octobre 1993 contraint l'Etat à classer d'office un certain nombre d'entre eux pour faire face aux menaces d'exportation.

L'année suivante (1994), l'Etat doit exercer son droit de préemption pour éviter la sortie du territoire ou la dispersion de tapisseries provenant du château de Rosny. Six tentures représentant "l'Histoire de Psyché" sont ainsi acquises et placées au château de Sully-sur-Loire, ainsi que deux tapisseries intitulées respectivement "le Triomphe d'Alexandre" et le "Sacrifice à la Gloire d'Alexandre", préemptées pour le compte de la ville de Rosny.

En 1995 et 1996, le service départemental d'Architecture et du Patrimoine des Yvelines procède à plusieurs reprises à la condamnation des accès du château et du Pavillon des bains. Le montant global de ces travaux est de 104 350 francs TTC.

En janvier 1996, le service départemental d'Architecture et du Patrimoine constate l'enlèvement d'une des cinq toiles de l'atelier d'Hubert Robert ainsi que deux des écoinçons de la grande glace du salon.

Le 9 juin 1997, la Commission supérieure des monuments historiques émet un avis favorable à la mise en place de la procédure de mise en demeure (*) du propriétaire du château de Sully d’exécuter des travaux de stricte conservation afin de sauver de la ruine le monument gravement endommagé par l’incendie du 24 janvier 1997.

Face à la totale défaillance du propriétaire, la Ministre de la Culture et de la Communication a décidé l’exécution d’office (*) de ces travaux sous la maîtrise d’œuvre de Bruno Chauffert-Yvart, chef du service départemental de l’architecture et du patrimoine des Yvelines.

Le montant total des travaux qui viennent de s’achever s’élève à 872.835 Frs. Il a été entièrement pris en charge par le ministère de la Culture et de la Communication.

Ces travaux réalisés principalement sur le pavillon nord et le corps de logis endommagés par l’incendie ont consisté en interventions sur la mamçonnerie, la charpente, ainsi que la pose d’une couverture provisoire en tôle.

La mise en demeure et les travaux d’office

Ce système juridique original a été institué par une loi du 30 décembre 1966, intégrée par la suite à la loi du 31 décembre 1913. Défini par l’article 9-1, il s’applique au cas où la conservation d’un immeuble classé est gravement compromise par l’inexécution de travaux de réparation ou d’entretien. Cette procédure se déroule en deux temps. Dans un premier temps, le ministre chargé de la Culture, après avoir consulté pour avis la Commission supérieure des monuments historiques met en demeure le propriétaire de réaliser les travaux proposés en s’engageant à ce que l’Etat prenne à sa charge au moins la moitié du coût des travaux. Si le propriétaire persiste dans son refus de réaliser les travaux indispensables à la conservation de son immeuble, l’Etat (ministère de la Culture) réalise lui-même d’office les travaux prévus puis récupère auprès du propriétaire la moitié des dépenses engagées.


L’ACTION DE LA MUNICIPALITE DE ROSNY-SUR-SEINE (menu)

Dès le rachat du domaine, la municipalité de Rosny-sur-Seine a mis en relation les propriétaires avec les services du ministère de la Culture et de la Communication pour favoriser l’entretien du château.

Devant le manque d’intérêt patrimonial manifesté, la Commune a travaillé en rapport étroit avec les services d’Etat auprès de divers ministères, des services de la Région et du Département, notamment pour obtenir le classement du mobilier qui offrait un intérêt reconnu.

Face à la perspective d’une dégradation du bâti, favorable à terme à l’exploitation du parc en terrain à bâtir, la Commune a demandé et obtenu le classement du domaine en zone naturelle sensible.

La Commune a régulièrement tenu informée la population de l’action menée pour la sauvegarde du patrimoine, auprès des services publics, tout en respectant le statut de propriété privée.

La Commune a soutenu la création de l’association de sauvegarde du patrimoine de Sully à Rosny-sur-Seine en 1994.

Face aux déprédations, l’abandon prolongé du domaine, la Commune s’est portée partie civile.

La Commune, soutenue par Mme Peulvast, députée des Yvelines, a recherché des acquéreurs potentiels à présenter au propriétaire afin que le domaine soit réhabilité dans les meilleures conditions.


L’ACTION DE L’ASSOCIATION POUR LA SAUVEGARDE ET DE MISE EN VALEUR DU PATRIMOINE DE SULLY A ROSNY-SUR-SEINE (menu)

Créée pour permettre une action forte de l’Etat lors de la mise en vente du dernier trésor de Rosny que constituaient les diverses tapisseries et tentures, l’association a obtenu préemption d’Etat pour le rachat de deux tapisseries par Rosny et d’une tenture par le château de Sully-sur-Loire.

Cette action a eu des retombées importantes au plan national.

L’association a pourvu à l’entretien et l’assurance des tapisseries dont elle est détentrice.

Elle agit parallèlement à la commune, pour une information régulière au public. Elle constitue un second relais auprès des ministères et des instances ad hoc.

Au cours de l’assemblée générale de mars 1998, une motion a été adoptée à l’unanimité pour que le repreneur éventuel du domaine ait une capacité financière suffisante et un souci affirmé du patrimoine.

Elle crée ou participe à des actions culturelles en rapport avec le patrimoine.


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