Le 11 octobre  2008, à Colombey-les-Deux-Eglises, au pied de la Croix de Lorraine, a été inauguré le mémorial Charles De Gaulle.

Sur plus de 4 000 m2 d'exposition sont retracés la carrière militaire et politique du libérateur de la France et du fondateur de la Ve République, mais aussi des aspects plus intimes de sa vie personnelle.

Au-delà de la vie d'un homme, on entre au cur de l'histoire de France, le Mémorial offre ainsi un remarquable outil pour mieux comprendre le XXe siècle.

 

Le mémorial est f inancé par le département de la Haute-Marne et la Fondation Charles De Gaulle, avec le concours des Fonds Européens, de l'État (FNADT), de la Région Champagne-Ardenne, du Groupement d'intérêt public (GIP) Haute-Marne, pour un coût de
20 millions d'euros.

 

La croix de Lorraine © Jean Fusier - DRAC CA

 

Depuis 1973 : Tout le territoire de la commune protégé au titre des sites

 

La conception architecturale a été confiée au cabinet Millet et Chilou (Mémorial de Caen) et la scénographie au cabinet Le Conte-Noirot. Construit en partie dans la colline, le Mémorial de s'intègre dans les paysages de Colombey-les-Deux-Églises que le Général affectionnait. Des paysages aujourd'hui protégés au titre des sites.

Peu après la mort du général De Gaulle (le 9 novembre 1970) la question de la préservation de sa mémoire, par la protection du lieu où il aimait tant se ressourcer, s'est posée.

Les célèbres pages des Mémoires du Général, décrivant le paysage qu'il voyait de son bureau ; les nombreuses promenades qui l'amenaient dans les forêts avoisinant la Boisserie ont orienté la décision - plutôt exceptionnelle - en faveur d'une protection, non pas du bâtiment proprement dit, mais de l'ensemble du territoire de la commune de Colombey.

C'est ainsi que le 27 mars 1973, le territoire de la commune de Colombey-les-deux-églises a été classé au titre des sites.

Paysage vue de la Boisserie
© Jean Fusier - DRAC CA

La croix de Lorraine : emblème de la France libre

 

Edifiée en 1972, une grande croix de Lorraine domine le village de Colombey.
Il s'agit de l'emblème choisie par le Général, dès juin 1940, pour répondre à la croix gammée.

L'amiral Muselier, lorrain d'origine, insista auprès du général pour choisir ce symbole qui rappelait aussi les régions regagnées en 1918 et perdues en 1940. Il sera adopté par tous les Français libres et figura sur de nombreux insignes, notamment sur la croix de l'Ordre de la Libération créé à Brazzaville le 16 novembre 1940, sur la médaille de la Résistance.
La croix de Lorraine © Jean Fusier - DRAC CA

Entrée de la Boisserie © Jean Fusier - DRAC CA
La Boisserie façade sud © Jean Fusier - DRAC CA

« La Boisserie »

 

Une ancienne brasserie

La protection au titre des monuments historiques de la Boisserie viendra bien plus tard (inscription par arrêté du 6 septembre 2004).
C'est au printemps 1934 qu'Yvonne et Charles De Gaulle - alors en fonction à Paris au secrétariat général de la Défense nationale - décident de chercher une maison de campagne. Le choix se porte rapidement sur cette maison, pas trop éloignée de la capitale et proche aussi des lignes de défense de l'est et du nord-est.

Le bâtiment est une ancienne brasserie construite en 1843 et transformée en maison d'habitation en 1881 par l'architecte Henri Descaves, devenant, à partir de ce moment la « boisserie »

C'est à la Libération (surtout après le départ des affaires du 20 janvier 1946) que le général rendra la maison plus accueillante en y faisant réaliser un certain nombre de travaux . Ils étaient d'ailleurs indispensables car l'intérieur du bâtiment avait été entièrement saccagé.

La salle à manger de la Boisserie © Jean Fusier - DRAC CA

 

 

 

 



Le lieu de rédaction des "mémoires"

Le général fait construire, à l'angle du bâtiment, une tour hexagonale qui domine la vallée jusqu'aux contreforts de la vallée de l'Aube. Il installe son bureau au rez-de-chaussée. L'aménagement des pièces est refait (carrelage noir et blanc), ainsi que l'escalier en bois menant au premier étage.
Le porche d'entrée date aussi de ces travaux. Le chauffage central est installé en 1948. Le général commencera à écrire ses Mémoires en février 1946, dans la maison qu'il avait louée à Marly, de février à mai 1846. Le 30 mai il s'installe à La « Boisserie » qui redevient habitable.

La rédaction des Mémoires sera laissée un peu de côté au moment du lancement du Rassemblement du Peuple Français de 1947 à 1949.

"La traversée du désert"

Pendant les quatre années qui séparent son retrait du RPF (décembre 1955) et son retour au pouvoir en 1958, le général passera l'essentiel de son temps à Colombey, où il poursuit l'écriture des Mémoires de guerre.

Le premier tome paraît en octobre 1954 et le second en juin 1956 (sa fille Elisabeth de Boissieu assure la dactylographie). C'est à la fin du livre qu'il évoque Colombey dans des pages célèbres :  

"Vastes, frustes et tristes horizons ; bois, prés, cultures et friches mélancoliques ; relief d'anciennes montagnes très usées et résignées ; villages tranquilles et peu fortunés, dont rien, depuis des millénaires, n'a changé l'âme, ni la place. Ainsi, du mien. Situé haut sur le plateau, marqué l'une colline boisée, il passe les siècles au centre des terres que cultivent ses habitants. Ceux-ci, bien que je me garde de m'imposer au milieu d'eux, m'entourent d'une amitié discrète. Leurs familles, je les connais, je les estime et je les aime.

Le silence emplit ma maison. De la pièce d'angle où je passe la plupart des heures du jour, je découvre les lointains dans la direction du couchant. Au long de quinze kilomètres, aucune construction n'apparaît. Par-dessus la plaine et les bois, ma vue suit les longues pentes descendant vers la vallée de l'Aube, puis les hauteurs du versant opposé. D'un point élevé du jardin, j'embrasse les fonds sauvages où la forêt enveloppe le site, comme la mer bat le promontoire. Je vois la nuit couvrir le paysage. Ensuite, regardant les étoiles, je me pénètre de l'insignifiance des choses."

Salle à manger et entrée de La Boisserie
© Jean Fusier - DRAC CA
Bureau et bibliothèque de la Boisserie
©
Jean Fusier - DRAC CA

 

Le retour au pouvoir

Pendant les années de retour au pouvoir (1958-1969), la « Boisserie » restera toujours le lieu des week-end et des vacances du Général.
Il y accueillera, les 14 et 15 septembre 1958, pour 24 heures, le chancelier Adenauer, qui dormira dans la chambre située au-dessus du bureau. "Il me semble, en effet, qu'il convient de donner à la rencontre une marque exceptionnelle et que, pour l'explication historique, que vont avoir entre eux, au nom de leurs deux peuples, ce vieux Français et ce très vieil Allemand, le cadre d'une maison familiale a plus de signification que n'en aurait le décor d'un palais. Ma femme et moi faisons donc au chancelier les modestes honneurs de la Boisserie."

Mais ce sera l'unique dirigeant d'un pays étranger à franchir la grille de la « Boisserie », du vivant du Général. La maison s'orne petit à petit des nombreux cadeaux que De Gaulle reçoit à l'occasion de ses nombreux voyages.

La « Boisserie » sera aussi le lieu où le Général aime prendre un peu de recul pour prendre une décision importante ; les promenades dans les forêts proches sont aussi une de ses plus chères habitudes. La maison sera évidemment particulièrement bien gardée au moment des négociations d'Evian.

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