L'HOTEL DES MODES
Juin 1907/ Novembre 1921


Carton d'invitation à l'Hôtel des Modes
Goupil & Cie.



Cuivre de FLAMENG.

Nozière (pseudonyme d'Anatole France) relate l'installation en 1907 de l'Hôtel de son ami Manzi:
"Aujourd'hui Manzi a imaginé d'offrir un hôtel aux abonnés de sa revue, Les Modes. Un immeuble a été acheté, près de la Madeleine, dans la rue de la Ville-l'Evêque, aux souvenirs aristocratiques. Cette maison avait l'aspect lugubre d'une caserne. Sa façade a été ingénieusement transformée; il semble que ce soit une jolie demeure du XVIIIe. (...) Un vaste hall dans lequel se renouvelleront des expositions et où seront donnés des concerts ou des conférences, une suite de salons plus petits, de pièces pour la lecture, pour la correspondance, le thé ; voilà tout ce que la magnificence du directeur offre à ses abonnés. Mais que propose-t-il à leur admiration? Tout ce qui peut orner un intérieur ; des meubles, des tableaux, des statuettes, des gravures, des livres, des tapis, et aussi tout ce qui peut parer la femme : des bijoux, des chapeaux, des robes".
Nozière expose aussi la conception très personnelle qu'a Manzi de la mode :
"N'a-t-on pas parlé de créer un musée du costume moderne ? Manzi s'attriste en songeant aux toilettes et aux coiffures qui seront enfermées dans des vitrines et qui seront bientôt défraîchies, fanées. Ce sont les peintres et sculpteurs des siècles passés qui nous ont fait connaître avec précision et avec éclat les variations de la mode. Imitons cet exemple. C'est pourquoi Manzi a invité des artistes à reproduire les robes que des couturiers célèbres ont créées. Il a voulu qu'elles fussent portées par des mondaines et des actrices élégantes. A côté d'images connues comme celle que Cécile Sorel inspira à Flameng, auprès d'une femme délicieusement démodée que fixa Benjamin Constant, voici une exquise personne à la chevelure blonde que nous révéla Boldini."

Couverture de la Revue "Le Théâtre", no.12, Décembre 1898
35,5 x 28 cm.



L'Hôtel sert aussi de cadre à des concerts et des représentations théâtrales qu'annonce la revue Le Théâtre, organise des expositions (en 1914, Camille Pissaro, Eugène Viala, Toulouse-Lautrec), présente en 1910 et 1911 les oeuvres des membres de la Société Anglaise des Artistes graveurs Imprimeurs d'Estampes Originales en couleur, et accueille successivement les ventes de l'atelier Carpeaux et de Roger Marx. Michel Manzi meurt le 28 Avril 1915. Dans une ambiance de fin d'un monde se concluent les dernières ventes ; en 1918, celle des estampes par Degas, ainsi que des collections Manzi dispersées en 6 ventes étalées de Mars 1919 à Novembre 1921.